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	<title>Armen.net &#187; Interviews</title>
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	<description>La Bretagne un monde à découvrir</description>
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		<title>Interview : Galice et interceltisme</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Mar 2010 06:00:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Voyage]]></category>
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		<description><![CDATA[A l’occasion des quarante ans du festival interceltique et de la tenue d’un colloque international sur ce thème, à l’automne prochain, en Bretagne, ArMen publiera tout au long de l’année une série d’articles et d’interviews sur les relations interceltiques. Première invitée : Olga Novo, une universitaire galicienne qui enseigne à l’université de Bretagne sud. Elle nous ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>A l’occasion des quarante ans du festival interceltique et de la tenue d’un colloque international sur ce thème, à l’automne prochain, en Bretagne, <em>ArMen</em> publiera tout au long de l’année une série d’articles et d’interviews sur les relations interceltiques. Première invitée : Olga Novo, une universitaire galicienne qui enseigne à l’université de Bretagne sud. Elle nous livre un point de vue galicien sur un thème qu’on a parfois trop tendance à restreindre à la Bretagne.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Vu de Galice, la notion d’interceltisme correspond t-elle à une réalité vécue, à une volonté d’échanger, de s’inspirer et d’approfondir les liens avec les autres pays celtiques ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour les Galiciens, l’imaginaire celte a été, depuis le xix<sup>e</sup> siècle, un référent culturel très important. Le courant romantique a mené l’historiographie galicienne à présenter les Celtes comme le substrat ethnique le plus important de la Galice. Ce mythe celte est donc fondateur de la pensée nationaliste galicienne du xx<sup>e</sup> siècle et, comme tel, a été popularisé. Il y a eu un grand intérêt de la part des intellectuels à établir des échanges avec les pays celtiques, notamment avec la Bretagne et l’Irlande. Des échanges ont eu lieu, en effet, entre des archéologues et des écrivains bretons et galiciens, mais la coupure de la guerre civile espagnole, en 1936 et les quarante années de dictature qui ont suivi n’ont pas permis d’approfondir ces rapports. Les années 1970 ont vu l’arrivée de la démocratie et le renouveau des échanges, cette fois-ci par voie essentiellement musicale. Mais, dans la conscience populaire, la notion de celticité a survécu comme une profonde identité qui nous lie toujours à l’infini des rivages atlantiques.</p>
<div id="attachment_2635" class="wp-caption aligncenter" style="width: 495px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/olga1.jpg"><img class="size-full wp-image-2635 colorbox-2630" title="olga" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/olga1.jpg" alt="" width="485" height="324" /></a><p class="wp-caption-text">Sur l’écran, la poétesse et universitaire galicienne Olga Novo participe à une création sonore et en images, sur le peintre, l’homme politique et l’écrivain galicien Castelao ainsi que la vie quotidienne en Bretagne et en Galice dans les années 1930.</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Galice entretient-elle des liens étroits avec l’Écosse, l’Irlande ou le pays de Galles, par exemple ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les années 1920 et 1930, les intellectuels galiciens portaient un profond intérêt au mouvement irlandais, qui agissait comme un miroir de la lutte de libération nationale, mais les échanges réels au niveau politique n’ont pas été importants. Par ailleurs, dans la littérature galicienne, les mythes arthuriens et le rêve ancestral de communauté atlantique sont restés très présents jusqu’à nos jours. Quelques jumelages entre des villes galiciennes et bretonnes se sont mis en place, mais c’est avec le renouveau musical folk, à partir des années 1970, qu’une nouvelle spirale a donné une énergie inédite à ces échanges. La présence des Galiciens dans des grands festivals interceltiques, comme celui de Lorient, ou l’organisation en Galice d’autres festivals comme celui d’Ortigueira le montrent. En tout cas, la nature de la plupart des échanges n’est pas institutionnelle, mais le fruit d’une volonté de collaboration entre des individus qui vont toujours plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quels sont, selon vous, les obstacles principaux à ces relations ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les différents pouvoirs, micro et macrostructuraux, ont toujours essayé d’empêcher que les utopies ne trouvent leur place dans ce monde. Mais ce seront, comme toujours, des individus, habités par un intérêt profond d’ouverture, par le besoin de résistance de nos cultures et par le simple fait de rêver la beauté de tout ce qui nous est commun, qui feront ce travail avec l’intelligence de la passion. Même si, comme le dit le poète galicien Claudio Rodríguez Fer, “on lutte avec à peine plus que la mémoire pour restaurer les humides foyers de lin funéraire et le patrimoine flottant des funèbres goélettes de sel”.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le débat sur la celtitude de la Galice a animé le monde celtique pendant de longues années. Qu’en est-il aujourd’hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme je le disais, l’idée romantique des racines celtes du peuple galicien a eu un succès qui ne s’est jamais effacé de la mémoire collective, en attribuant même les monuments mégalithiques à ces ancêtres dans la nébuleuse d’un passé fondateur de notre identité comme peuple. Le débat autour de la celticité de la Galice se posait aussi par rapport à la langue galicienne, qui est d’origine romane et non celtique, même si, dans son substrat, on trouve des mots de racine celtique. Je pense que, de manière générale, la Galice trouve sa place dans le monde celtique par la voie culturelle et les parallèles anthropologiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Les recherches historiques et archéologiques récentes ont-elles fait évoluer ce débat ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’historiographie galicienne, on est passé de l’exaltation celtomane à la négation presque totale de la celtitude interprétée comme un mythe. Mais un récent courant de l’historiographie galicienne, né au début des années 1990, est en train de réviser les données et de réécrire notre protohistoire avec davantage d’équilibre scientifique et en la comparant aux peuples indo-européens et particulièrement, aux Celtes. Des historiens comme García Quintela, Rosa Brañas Abad ou Pena Graña nous offrent des hypothèses de travail et des nombreuses études sur la religiosité, les institutions politiques et les sociétés de l’ancienne Galice qui nous rapprochent des autres peuples celtes, rassemblés dans une grande communauté culturelle qui aurait aussi été marquée par d’importantes différences internes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel regard portez-vous sur l’évolution culturelle et politique de la Bretagne si vous la comparez à la situation galicienne ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Même si les préjugés sur la langue galicienne persistent encore et que la situation sociolinguistique révèle une perte importante de locuteurs, la culture galicienne est une culture vivante, très riche, et dans certains domaines, à l’avant-garde de la pensée artistique. La langue galicienne est naturellement un véhicule d’expression de notre culture. L’adn d’une culture se trouve dans sa langue, c’est pourquoi la perte de celle-ci entraîne la perte de la conscience de soi, de la particularité culturelle et des repères profonds. La première grammaire de l’espagnol, d’Antonio de Nebrija, publiée en 1492 au moment de la conquête d’Amérique, indique que “la langue a toujours été la compagne de l’empire”. Les empires, à travers des formules politiques qui se réinventent toujours pour bien asseoir leur pouvoir, ont réussi à imposer leurs langues, en Bretagne et en Galice, en passant par le mépris ou l’interdiction plus ou moins explicite de nos langues propres. La relative autonomie politique de la Galice permet, en théorie, de travailler dans le sens d’une normalisation des usages de l’idiome. Mais comme toujours, ce sont les efforts multiples des individus progressistes qui font vivre et revivre cette culture en habitant leurs rêves. En Bretagne, le processus de perte de la langue a été accéléré tout au long du xx<sup>e</sup> siècle par un centralisme féroce, et ce processus a entraîné la haine de soi et la terrible perte de la conscience du simple droit d’exister. J’aimerai conclure avec les mots d’un poète celtophile galicien du xix<sup>e</sup> siècle, Eduardo Pondal, qui a écrit dans le poème devenu l’hymne de la Galice cette exhortation à son pays : “Esperta do teu sono” – “Réveille-toi de ton sommeil”.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><strong><a href="../wp-content/uploads/2010/03/175-RUB_52-76.jpg"><img class="colorbox-2630"  title="175-RUB_52-76" src="../wp-content/uploads/2010/03/175-RUB_52-76-240x300.jpg" alt="" width="144" height="180" /></a></strong></p>
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		<title>Des villes bretonnes durables</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Feb 2010 11:03:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
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		<description><![CDATA[Depuis quelques années, on assiste à un véritable engouement pour l’écoconstruction. Chantiers participatifs, salons du développement durable, écofoires… L’écologie s’impose peu à peu dans l’habitat. François Martin, architecte et urbaniste, milite, à travers l’association Riac Breizh (Réseau d’information et d’action climat en Bretagne), pour un mode d’urbanisation “durable” adapté à notre territoire, notre histoire et ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Depuis quelques années, on assiste à un véritable engouement pour l’écoconstruction. Chantiers participatifs, salons du développement durable, écofoires… L’écologie s’impose peu à peu dans l’habitat. François Martin, architecte et urbaniste, milite, à travers l’association Riac Breizh (Réseau d’information et d’action climat en Bretagne), pour un mode d’urbanisation “durable” adapté à notre territoire, notre histoire et notre culture</strong>.<strong> </strong>Par Aurélie Thépaut.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_2271" class="wp-caption alignright" style="width: 222px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/maisonfrancois-martin.jpg"><img class="size-full wp-image-2271 colorbox-2270" title="maisonfrancois martin" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/maisonfrancois-martin.jpg" alt="" width="212" height="159" /></a><p class="wp-caption-text">En 2000, François Martin a construit lui-même sa maison écologique dans un lotissement de Quimper.</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez réalisé une étude sur l’architecture et l’urbanisme en Bretagne, qui fera probablement l’objet d’une publication. Pouvez-vous nous retracer les évolutions majeures en matière d’habitat en Bretagne depuis le siècle dernier ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-weight: normal;">On est parti d’une Bretagne “ancestrale”, où les modes de vies sont restés tardivement régis par une économie rurale, caractérisée par une architecture dite “traditionnelle” ; ces constructions ont soit disparu, soit ont été rénovées ou le seront. À la fin du xix<sup>e</sup> siècle et au début du xx<sup>e</sup> siècle, des familles industrielles, comme la famille Peugeot, s’installent sur la côte, développant des cités balnéaires comme Morgat et y important une architecture combinant régionalisme et néoclassicisme. Il s’agit du modèle “néobreton”, suivant une expression très pittoresque qui se banalisera par une diffusion massive à partir des années 1950 et 1960. En même temps que la révolution industrielle pénètre l’économie locale, les valeurs de l’administration française pénètrent le territoire via la construction d’équipements publics (écoles, mairies, gares), mais aussi des logements. Ces valeurs, empruntes d’hygiénisme et d’académisme, se traduisent dans l’architecture par des expressions très ordonnées (ordonnancement des façades, symétries des ouvertures…). On retrouve des maisons ainsi dessinées sur l’ensemble du territoire breton, avec une porte d’entrée au milieu, une fenêtre de chaque côté et trois ouvertures à l’étage, parfaitement alignées sur celles du rez-de-chaussée, avec une toiture à deux pentes. Dans les années 1950, on voit apparaître, sous l’égide de l’État, un style “mru” (ministère de la Reconstruction et de l’urbanisme) qui répond au besoin urgent de logements, qu’ils soient collectifs ou individuels. C’est une période de construction massive, avec peu de moyens. On trouve beaucoup de ces maisons très sobrement dessinées et construites dans des villes comme Brest. Elles véhiculent les valeurs fonctionnalistes sur lesquelles s’appuyait le mru pour reconstruire la France.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les années 1960-1970 font place à un style hlm, comme par exemple Kermoysan, à Quimper. La particularité de la Bretagne réside dans le fait que la majorité de l’habitat est individuel, le parc collectif étant concentré dans les villes industrielles comme Rennes. Mais on assiste plutôt à un étalement horizontal, avec bien sûr, l’utilisation de la voiture qui se généralise. Puis les années 1980-1990 sont marquées par une crise sociétale forte, à la fois économique, sociale et environnementale, se traduisant par une angoisse par rapport à l’avenir et par la recherche de sécurité via la production consciente ou inconsciente de modèles issus du passé. Quatre modèles dominent : le modèle “néorural”, qui évoque la ferme des grands-parents (mythe passéiste) ; le modèle “néo-étasunien”, qui évoque le mythe de la réussite américaine ; le modèle “néomoderne”, qui évoque “l’esprit nouveau” inspiré par Le Corbusier ; enfin, l’émergence de plus en plus affinée des maisons “écolo”, avec une volonté de retour à la nature.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles sont aujourd’hui les caractéristiques de la Bretagne en matière d’urbanisation ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On a une variété de maisons qui fabrique une juxtaposition d’habitats, mais tout cela ne fabrique pas de la ville. Le rôle de cette dernière est de réunir et non de séparer. Voilà donc le rôle de l’architecte-urbaniste : construire des quartiers, c’est-à-dire des lieux où l’on partage des valeurs sociales, en y incluant des valeurs environnementales. C’est ce qu’on appelle des “écoquartiers”.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quels sont les éléments architecturaux (matériaux, formes…) que vous imaginez pour demain en Bretagne, si l’on tient compte de l’aspect à la fois environnemental et culturel ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le sens de ma recherche est de comprendre le bâti en comprenant l’histoire. On se rend compte ainsi qu’après les périodes que nous avons traversées et que je tente d’identifier par leur expression architecturale et urbaine, on entre dans une ère nouvelle, dont les valeurs ne pourront être celles du passé. En effet, les problématiques du développement durable vont nous obliger à imaginer le territoire et l’acte de construire différemment. On ne sera plus en recherche d’un quelconque pastiche rassurant que l’on retrouve dans les différentes expressions “néo-ceci” ou “néo-cela” que j’ai observées, mais dans la nécessaire invention d’un habitat (au sens large du terme) qui soit compatible avec l’épuisement des ressources (foncière, énergie, matériaux de construction, eau…) et avec la nécessité de vivre ensemble. Il faut inventer une architecture et un urbanisme qui répondent à nos problèmes et besoins d’habitants de la Bretagne au xxi<sup>e</sup> siècle. On ne pourra construire “durable” que si l’on construit avec une conscience bretonne (au sens où le journaliste Morvan Lebesque l’a décrit, en 1970, dans son ouvrage <em>Comment peut-on être breton ?</em>). Et pour être durable, l’architecture devra être un droit pour tous, et non pas un privilège réservé aux plus fortunés. D’où la conclusion de mes conférences : la culture est le quatrième pilier du développement durable, celui que l’on tend à oublier au bénéfice de discours techniques ou économiques plus rassurants.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Existe-t-il, en France et en Europe, des exemples d’écoconstructions qui prennent aussi en compte cet aspect social et culturel ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les écoconstructions que l’on voit dans les revues, celles que l’on cite dans les conférences sont généralement situées dans des pays qui ont eu avant nous cette prise de conscience et qui avant nous, ont fait évoluer leur façon d’urbaniser et de construire. Il nous faut aller en Allemagne, au Danemark, en Suède ou ailleurs voir ce que nous aurions pu réaliser également si nous n’avions pas attendu de ne plus avoir le choix… Ici, on a d’abord vu autour de nous des actes individuels, résultant de prises de conscience individuelles, dans des registres généralement très militants, mais de ce fait très isolés, trop isolés. Ensuite, sont apparus, depuis quelques années, des “éco-lotissements”, qui ne sont que la mutation du lotissement classique, pour y construire des maisons dites “écologiques”. On commence juste à prendre conscience que la “ville durable” recouvre d’autres notions et implique des choix politiques plus profonds et plus affirmés. Cette notion pénètre désormais les schémas de cohérence territoriale (Scot) et les plans locaux d’urbanisme (plu), sans lesquels cette mutation ne pourra se faire de façon efficiente et maîtrisée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles sont les principales difficultés auxquelles nous devrons faire face dans les prochaines années, au vu de la pression foncière sur le territoire ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’Insee prévoit une hausse de 14 % de la population bretonne en 2030, soit quatre cents à cinq cents mille habitants en plus, qui vont s’installer principalement dans les agglomérations et sur le littoral, sachant que cette population sera constituée en bonne partie de gens qui viennent acheter une maison en Bretagne après avoir fait carrière ailleurs. Ils véhiculent donc une économie de type résidentielle, ce qui engendre une triple fracture : sociale, économique et environnementale. Cela pose un problème d’équilibre du territoire, avec un parc immobilier hétéroclite. La question que l’on se pose est donc : comment ajouter un parc immobilier supplémentaire lié à cette croissance démographique ? Faut-il continuer à créer des maisons individuelles ? Ma réponse est qu’il faut sortir du raisonnement à l’échelle individuelle et se projeter dans l’avenir en créant des quartiers plutôt que des lotissements. Il faut créer une ville plus dense, porteuse de sociabilité et trouver des formes urbaines où la mitoyenneté devient viable.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles sont les conséquences des lois Grenelle en Bretagne ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les lois Grenelle révèlent une prise de conscience globale. Sur le terrain, je suis surpris de la facilité avec laquelle je peux aujourd’hui échanger mes idées, alors qu’il y a encore dix ans on ne m’écoutait pas. La société a compris qu’on ne pouvait plus continuer à faire ce qu’on faisait. Mais elle a besoin d’images pour pouvoir rêver et pour comprendre que la ville durable est porteuse de valeurs positives. Le problème est qu’on a perdu beaucoup de savoir-faire. En effet, les techniques constructives utilisées et commercialisées à grande échelle depuis la guerre ont eu pour conséquence de dévaloriser de nombreux savoir-faire qu’il faut aujourd’hui redécouvrir, voire réinventer, que ce soit dans les différents métiers de la construction, de la conception (architecturale, urbaine…) ou bien entendu, dans l’acte politique (les élus ayant besoin de services compétents pour bien appréhender, maîtriser et évaluer les conséquences des décisions qu’ils vont être amenés à prendre). Certains élus sont déjà pionniers dans ce domaine, comme à Silfiac même si cela reste un lotissement – la démarche est bonne, mais ce n’est pas suffisant – ou encore à Plozévet, où un projet d’écoquartier est engagé. Il faut donc patienter encore un peu avant de voir de vraies réalisations en Bretagne. Tel est l’enjeu des années à venir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Interview </em>réalisée par Aurélie Thépaut publié dans le numéro 174 d'ArMen.</strong></p>
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		<title>André Ollivro : algues vertes et colère noire</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Nov 2009 16:24:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Depuis des années, la prolifération des algues vertes constitue un problème récurrent dans plusieurs baies bretonnes. La mort d’un cheval durant l’été 2009 a permis une prise de conscience de la dangerosité de ce phénomène, que ne cesse de dénoncer André Ollivro, porte-parole de l’association Halte aux marées vertes et auteur d’un ouvrage sur la ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Depuis des années, la prolifération des algues vertes constitue un problème récurrent dans plusieurs baies bretonnes. La mort d’un cheval durant l’été 2009 a permis une prise de conscience de la dangerosité de ce phénomène, que ne cesse de dénoncer André Ollivro, porte-parole de l’association Halte aux marées vertes et auteur d’un ouvrage sur la question, qui vient de paraître aux Éditions du Temps, à Nantes</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/11/algues-vertes1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1678 colorbox-1673" title="algues vertes" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/11/algues-vertes1.jpg" alt="algues vertes" width="331" height="220" /></a></p>
<p><strong>AM : Pourquoi vous êtes-vous intéressé au problème des algues vertes ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="font-weight: normal;">AO : Je suis briochin d’origine et ce sont les plages de mon enfance qui sont touchées. Dans les années 1960, pour passer mes vacances, j’ai construit un cabanon sur la falaise dominant la plage de la Granville, en baie d’Hillion. Les premières “marées vertes” sont apparues vers 1968 et cela n’a jamais cessé depuis, le phénomène augmentant d’année en année. J’avais honte lorsque j’invitais des copains venant d’autres régions, qui n’osaient pas aller se baigner dans cette salade… De plus, la situation s’est aggravée. Les dépôts massifs d’algues vertes empêchent la mer de jouer son rôle abrasif ; la plage d’autrefois a disparu sous les sédiments qui atteignent plusieurs mètres par endroits. Une prairie herbue est d’ailleurs en train de pousser. Il y a une dizaine d’années, avec d’autres riverains, nous en avons eu assez et nous avons fondé l’association Halte aux marées vertes. Comme personne ne semblait vouloir la présidence, j’ai accepté de tenir ce rôle. Parce que j’ai été autrefois leader syndical et élu local, je me sentais peut-être plus à l’aise pour être porte-parole.</span></strong></p>
<p><strong>AM : Quelles ont été vos actions ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">AO : Nous avons estimé qu’il fallait d’abord faire une analyse de la situation. Nous avons rencontré des spécialistes et les membres des administrations concernées. Depuis les années 1970, on sait que le phénomène des algues vertes est dû aux pratiques de l’agriculture intensive et à l’épandage de lisier, qui provoquent une augmentation des taux de nitrate dans les cours d’eau, puis dans la mer. Les causes étaient connues et pourtant, nous nous sommes aussi aperçus que les lois n’étaient pas appliquées. Je me suis alors formé à la faculté de droit, où j’ai compris que nous devions attaquer par le biais du tribunal administratif. Nous nous sommes concentrés sur le préfet, qui est le représentant de l’État dans le secteur. Nous avons gagné en première instance en 2007, mais l’État a fait appel. Nous avons en effet demandé des dommages et intérêts conséquents, afin d’éviter un règlement à l’amiable. Notre but n’est pas de faire de l’argent, mais que l’État reconnaisse sa responsabilité dans la situation. Ce qu’il vient de faire en partie cet été…</p>
<p><strong>AM : Justement, des ministres sont venus l’été dernier en Bretagne, semblant découvrir le problème… Or, il dure quand même depuis des décennies.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">AO : Le quarteron de ministres qui est venu cet été illustre le fait qu’il y a une réelle prise de conscience, au plus haut niveau, de ce problème. C’est une avancée. En aparté, nombre de hauts fonctionnaires nous confient d’ailleurs qu’il faut continuer, parce que cela les aide. Ils affirment désormais que cela coûtera moins cher de reconvertir les installations agricoles que de payer les frais de dépollution. Après, c’est un choix politique qui demande du courage…</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est nouveau également, c’est la reconnaissance de la nocivité des algues vertes en décomposition. On le sait pourtant depuis longtemps. Au début des années 1970, alors que je travaillais chez Gaz de France, j’ai demandé des analyses pour des essais de méthanisation. On m’a dit de faire très attention, car cela dégageait du méthane, mais aussi deux gaz nocifs, l’hydrogène sulfuré et le diméthyle de sulfure… À l’époque, j’avais prévenu les élus, mais on ne m’avait guère écouté. La mort de deux chiens sur la plage d’Hillion, en juillet 2008, a commencé à alerter. Celle d’un cheval à Saint-Michel-en-Grève, pendant l’été 2009, a suscité l’installation de quelques panneaux… Au moins, les gens sont informés des risques, mais on se demande jusqu’où il faut aller pour qu’il y ait une réaction à la hauteur. La mort d’un éléphant ? Avec l’association, nous avons collecté plusieurs témoignages, notamment d’employés au ramassage des algues, qui parlent de brûlures de la peau, de problèmes respiratoires ou de cécité temporaire…</p>
<p><strong>AM : D’où vient le danger ?</strong></p>
<p>AO : Il ne faut surtout pas marcher sur les paquets d’algues. En effet, une croûte a pu se former et emprisonner les gaz de décomposition. Si on la crève, on peut recevoir une forte dose d’hydrogène sulfuré et en mourir.</p>
<p><strong>AM : Comment expliquer la lenteur de la prise de conscience ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">AO: Il y a eu longtemps une véritable <em>omerta</em>… Ainsi, on nous a souvent demandé de ne pas faire trop de bruit dans la presse pour ne pas nuire à l’agriculture, à l’économie et au tourisme local. Il est vrai qu’on connaît tous des gens qui travaillent dans ces secteurs, alors beaucoup se taisent. Avec ce genre d’attitude, rien ne bouge. C’est “petits meurtres en famille” : on tue en silence, entre nous. Je crois qu’au contraire, il faut révéler la vérité, créer du débat, faire bouger les lignes… Il faut également que cesse la démission des pouvoirs publics face à certains lobbies agricoles et agroalimentaires.</p>
<p><strong>AM : Quelles solutions préconisez-vous ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">AO : Il y a plusieurs choses à faire comme, par exemple, multiplier les “digestats”, des installations qui permettent de produire du méthane et du compost, afin d’avoir des épandages moins dangereux. Il faudra aussi changer les pratiques agricoles : je rêve pour cela d’un véritable “code paysan”, comme au temps des Bonnets rouges ! On peut citer aussi toutes les mesures que préconise André Pochon depuis des années, comme favoriser le trèfle qui retient les nitrates dans le sol, à la différence du maïs. J’observe que les agriculteurs bio et ceux qui pratiquent l’agriculture durable ont l’air bien plus heureux, qu’ils sont autonomes et fiers de ce qu’ils font. Ils sont surtout moins endettés… Il faudrait multiplier les contrôles, installer des “radars à nitrates” dans les rivières et que la norme de cinquante milligrammes de nitrates par litre d’eau soit respectée. De nombreux scientifiques estiment d’ailleurs que la limite devrait être abaissée à 10 mg/l (1). Pour cela, il faut également arrêter d’accorder des autorisations d’extension à tout va.</p>
<p><strong>AM : Les agriculteurs disent pourtant qu’ils font des efforts…</strong></p>
<p>AO : Les résultats sont là : les stocks d’algues augmentent de 40 à 50 % par an depuis 2007. On peut donc estimer que ces efforts ne sont pas suffisants.</p>
<p><strong>AM : Peut-on faire confiance à l’État ? D’autant que le conseil régional demande depuis des années que la politique de reconquête de l’eau lui soit transférée…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">AO : L’État semble avoir pris conscience du problème. Le fait que la secrétaire d’État à l’écologie, Chantal Jouanno, soit d’origine bretonne, peut également faire avancer les choses. Mais, en effet, la Région apparaît désormais comme l’échelon le plus pertinent pour mettre en place un schéma directeur global. La Bretagne est une péninsule, avec une hydrographie complexe, il faut donc une autorité d’expertise et de décision commune. Il faut un pouvoir régional capable de coordonner les politiques dans chaque secteur concerné et qui applique les directives européennes.</p>
<p><strong>AM : Y a-t-il un espoir ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">AO : Bien sûr ! Selon le Conseil scientifique de l’environnement en Bretagne et différentes études, si l’on revient à des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, il faudra entre cinq et quinze ans avant un retour à la normale. Je pense qu’aujourd’hui, la prise de conscience est suffisante pour obtenir ce changement rapidement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>(1) Alain Menesguen, directeur de recherche à Ifremer, déclarait en septembre 2009 : “La lutte contre les phosphates n’a été qu’un placebo coûteux et inutile, seuls les nitrates d’origine agricole sont en cause. Les fuites d’azote des bassins versants bretons sont de trois à cinq fois supérieures à la normale : 33 mg/l d’eau en moyenne. Je suis formel, pour que cette mesure soit efficace et suivie d’effets sensibles sur les marées vertes, les teneurs en nitrates doivent être ramenées en dessous de 10 mg/l. Le Guillec, dans le Léon, rejette à la mer 97 kilos d’azote par hectare et par an. À rapprocher de la Seine, 11 kilos, et du Mississipi, 6 kilos…”</strong></p>
<address style="text-align: justify;"></address>
<address style="text-align: justify;">
<p style="text-align: left;"><strong>Mini Bio</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Natif de Saint-Brieuc, André Ollivro a intégré à 16 ans l’école de Gaz de France, entreprise dans laquelle il a fait sa carrière, notamment en tant qu’analyste et en tant que consultant international sur les réseaux de gaz. Il a été longtemps adjoint aux affaires sociales à Saint-Ouen-L’Aumône, en région parisienne. Désormais à la retraite, il fait partie de l’association Halte aux marées vertes, dont il a pris la présidence en 2006. Il s’est également investi dans le combat contre la future centrale électrique de Ploufragan. Dans <em>le Scandale des algues vertes,</em> il livre un témoignage édifiant sur ce combat. Il revient ainsi aux “racines du mal”, selon lui, à savoir l’industrialisation de l’agriculture après-guerre et le monopole d’un seul syndicat sur le monde agricole. Il revient sur plus de deux décennies de luttes, avec parfois des épisodes cocasses, comme ce déversement d’algues vertes à Paris plage, afin que Parisiens et gouvernants puissent se rendre compte des problèmes olfactifs provoqués par cette pollution. Son livre est aussi un message d’espoir, celui d’une agriculture plus raisonnée, plus respectueuse de la nature et des hommes, dans une Bretagne plus harmonieuse.</p>
<p><strong><span style="font-style: normal;">A lire aussi, </span>Le Scandale des algues vertes, </strong>André<strong> </strong>Ollivro, Éditons du Temps, 192 p, 17 €.</p>
</address>
<address style="text-align: justify;"><span style="font-style: normal;"><strong>Erwan Chartier-Le Floc'h</strong></span></address>
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		<title>La Bretagne, une nation invisible ?</title>
		<link>http://www.armen.net/2009/09/chroniques/litterature/la-bretagne-une-nation-invisible/</link>
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		<pubDate>Wed, 02 Sep 2009 12:32:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sharif Gemie, l’auteur de Brittany, the invisible nation (1) a récemment participé à un séminaire du réseau universitaire Ermine, animé par le sociologue Ronan Le Coadic et qui travaille sur les questions de minorités nationales. ArMen l’a rencontré à cette occasion pour évoquer ses recherches sur l’identité bretonne]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Sharif Gemie, l’auteur de <em>Brittany, the invisible nation</em> (1) a récemment participé à un séminaire du réseau universitaire Ermine, animé par le sociologue Ronan Le Coadic et qui travaille sur les questions de minorités nationales. ArMen l’a rencontré à cette occasion pour évoquer ses recherches sur l’identité bretonne.</p>
<div style="text-align:center;"><object style="width: 420px; height: 263px;" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="100" height="100" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="menu" value="false" /><param name="src" value="http://static.issuu.com/webembed/viewers/style1/v1/IssuuViewer.swf?mode=embed&amp;layout=http%3A%2F%2Fskin.issuu.com%2Fv%2Flight%2Flayout.xml&amp;showFlipBtn=true&amp;pageNumber=2&amp;documentId=090903102843-26ad95b7412c44c0a0587804c9aebc80&amp;docName=interviewshariffgemie&amp;username=yrivallain&amp;loadingInfoText=La%20Bretagne%2C%20une%20nation%20invisible%20%3F&amp;et=1251973966922&amp;er=4" /><param name="flashvars" value="mode=embed&amp;layout=http%3A%2F%2Fskin.issuu.com%2Fv%2Flight%2Flayout.xml&amp;showFlipBtn=true&amp;pageNumber=2&amp;documentId=090903102843-26ad95b7412c44c0a0587804c9aebc80&amp;docName=interviewshariffgemie&amp;username=yrivallain&amp;loadingInfoText=La%20Bretagne%2C%20une%20nation%20invisible%20%3F&amp;et=1251973966922&amp;er=4" /><embed style="width: 420px; height: 263px;" type="application/x-shockwave-flash" width="100" height="100" src="http://static.issuu.com/webembed/viewers/style1/v1/IssuuViewer.swf?mode=embed&amp;layout=http%3A%2F%2Fskin.issuu.com%2Fv%2Flight%2Flayout.xml&amp;showFlipBtn=true&amp;pageNumber=2&amp;documentId=090903102843-26ad95b7412c44c0a0587804c9aebc80&amp;docName=interviewshariffgemie&amp;username=yrivallain&amp;loadingInfoText=La%20Bretagne%2C%20une%20nation%20invisible%20%3F&amp;et=1251973966922&amp;er=4" flashvars="mode=embed&amp;layout=http%3A%2F%2Fskin.issuu.com%2Fv%2Flight%2Flayout.xml&amp;showFlipBtn=true&amp;pageNumber=2&amp;documentId=090903102843-26ad95b7412c44c0a0587804c9aebc80&amp;docName=interviewshariffgemie&amp;username=yrivallain&amp;loadingInfoText=La%20Bretagne%2C%20une%20nation%20invisible%20%3F&amp;et=1251973966922&amp;er=4" menu="false" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
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		<title>La baisse des cours du pétrole et les agrocarburants</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Jul 2009 09:32:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chargé de mission à la Fédération régionale des Cuma, à Rennes, Sylvain Judeaux a suivi le développement de la fabrication d'huile végétale pure (HVP) dans la région. Il livre ici ses principales conclusions. Pouvez-vous dresser un état des lieux de la fabrication d’HVP dans la région ? En dehors de quelques équipements individuels dont nous ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_807" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/10-POUPEAU-SYLVAIN-JUDEAUX.jpg"><img class="size-medium wp-image-807 colorbox-643" title="10-POUPEAU-SYLVAIN-JUDEAUX" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/10-POUPEAU-SYLVAIN-JUDEAUX-300x225.jpg" alt="10-POUPEAU-SYLVAIN-JUDEAUX" width="300" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">Sylvain Judeaux. Photo : © Jean-Martial Poupeau</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chargé de mission à la Fédération régionale des Cuma, à Rennes, Sylvain Judeaux a suivi le développement de la fabrication d'huile végétale pure (HVP) dans la région. Il livre ici ses principales conclusions. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pouvez-vous dresser un état des lieux de la fabrication d’HVP dans la région ?</strong><br />
En dehors de quelques équipements individuels dont nous n’avons pas connaissance, la dimension collec­tive est presque systématique pour produire de l’HVP en raison des inves­tissements élevés : équipements de stockage des graines, presse à huile, matériels de décantation et filtration, cuve de stockage de l’huile… On recense à ce jour neuf unités collec­tives de fabrication d’ HVP et autant de Cuma impliquées. Au total, elles réunissent environ cent cinquante agriculteurs et pressent mille tonnes de graines, du colza essentiellement, qui donnent environ 350 000 litres d’huile et 650 tonnes de tourteaux appelés “fermiers”. La plupart de ces projets ont vu le jour vers 2005-2006. Ils ont coïncidé avec la flambée des cours du pétrole, qui a poussé cer­tains producteurs à vouloir remplacer le gazole par de l’huile produite sur la ferme, en autoconsommation. Ces producteurs, pour la plupart éleveurs, ont aussi cherché à valoriser les tourteaux issus du pressage des grai­nes dans une logique de meilleure traçabilité et de substitution au soja importé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles sont les utilisations les plus fréquentes de l’huile et des tour­teaux ?</strong><br />
L’utilisation des tourteaux “fermiers” convient très bien à l’engraissement des bovins ainsi qu’à la production de lait, sous réserve d’en limiter l’incorporation dans les rations, car ils sont plus gras que les tourteaux importés. En ce qui concerne l’huile, certains l’utilisent dans des chau­dières, mais cela exige une certaine technicité. L’utilisation la plus fré­quente de l’huile est de servir de car­burant, comme la réglementation le permet, dans les moteurs des engins agricoles. Après décantation et filtra­tion de l’huile, celle-ci est mélangée au gazole dans les moteurs des trac­teurs, généralement à 30 % voire 50 %. À ce niveau, il n’y a aucun effet négatif sur les performances des tracteurs et l’état des moteurs, comme le prouvent de nombreuses expérimentations, menées notam­ment en Allemagne. Les premiers moteurs inventés par Rudolf Diesel fonctionnaient avec de l’huile de lin ou d’arachide et Peugeot dans les années 1920 testait déjà l’utilisation de l’huile végétale dans ses moteurs. Quelques agriculteurs, très minoritai­res, ont choisi d’aller plus loin dans cette logique de remplacement du gazole en équipant leurs tracteurs de kits de bicarburation. Ces dispositifs, qui permettent de faire marcher le moteur avec presque 100 % d’huile, consistent à doubler le circuit d’ali­mentation : un pour le gazole au démarrage et un pour l’HVP. Lorsque l’huile, beaucoup plus visqueuse que le gazole, a été suffisamment réchauf­fée, elle est injectée dans le moteur à la place du gazole. Mais le prix de cet équipement, qui varie générale­ment entre 1000 et 2000 euros, est un frein à son utilisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>À l’heure de la baisse du prix du gazole, l’intérêt pour l’HVP se main-tient-il toujours ?</strong><br />
On constate effectivement que l’en­thousiasme du départ est quelque peu retombé. Avec un prix de revient compris entre 0,4 et 0,6 euro par litre, l’HVP n’est guère compétitive quand aujourd’hui, le gazole coûte environ 0,50 euro le litre. La plu­part des CUMA n’enregistrent d’ailleurs plus de nouveaux adhérents, mais elles parviennent quand même à maintenir les volumes pressés : peu d’agriculteurs se sont découragés, car pour la plupart, le plus important dans les HVP, ce n’est pas l’huile mais les tourteaux !</p>
<p style="text-align: justify;">Interview réalisée par Jean-Martial Poupeau. © ArMen 2009.</p>
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		<title>Interview de Réné Couanau, maire de Saint-Malo</title>
		<link>http://www.armen.net/2009/07/dossiers/interview-de-rene-couanau-maire-de-saint-malo/</link>
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		<pubDate>Wed, 08 Jul 2009 09:15:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment définir le caractère malouin ? Contrairement à ce qui est parfois affirmé, je ne pense pas qu’il diffère beaucoup du caractère breton, même si nous avons une dimension maritime peut-être plus développée qu’ailleurs. Nous sommes des gens entreprenants, ouverts sur le large tout en étant fiers d’habiter un pays possédant une forte identité et ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_629" class="wp-caption alignright" style="width: 234px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/PHOTO-MAIRE-Gerard-cazade.jpg"><img class="size-medium wp-image-629 colorbox-427" title="PHOTO MAIRE-Gerard cazade" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/PHOTO-MAIRE-Gerard-cazade-224x300.jpg" alt="PHOTO MAIRE-Gerard cazade" width="224" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">René Couanau. Photo : © Gérard Cazade</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment définir le   caractère malouin ? </strong><br />
Contrairement à ce qui   est parfois affirmé, je ne pense pas qu’il diffère beaucoup du caractère   breton, même si nous avons une dimension maritime peut-être plus développée   qu’ailleurs. Nous sommes des gens entreprenants, ouverts sur le large tout en   étant fiers d’habiter un pays possédant une forte identité et un riche passé.   Nous sommes un peu têtus et nous aimons prendre des initiatives… Ce qui est   très breton.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quels rapports entre   Saint-Malo et la Bretagne ? </strong><br />
À Saint-Malo, on se   sent pleinement breton et nous participons complète­ment à l’élan régional.   J’en veux pour preuve que le pays de Saint-Malo s’est complètement investi   dans le finance­ment de la future ligne à grande vitesse bretonne. Nous   allons également être très présents dans le Grenelle de la mer, qui est un   enjeu important pour la Bretagne. Depuis une quinzaine d’an­nées, ces liens   se renforcent du fait du désenclavement de Saint-Malo. La ville s’est ouverte   grâce à la voie express vers Rennes et à l’amélioration de la route vers la   Normandie. L’aéroport s’est développé et il va bientôt être géré avec celui   de Rennes. L’électrification de la ligne Saint-Malo-Rennes a permis l’arrivée   du TGV et l’amélioration des TER. Enfin, alors qu’on nous disait que le tunnel sous la Manche   allait faire dis­paraître les ferries, nous avons décidé le creusement de   l’avant-port, afin d’amé­liorer les voies maritimes qui se sont elles aussi   développées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quels sont les atouts   de Saint-Malo en matière économique ? </strong><br />
Nous sommes la porte   nord de la Bretagne pour les relations vers la Normandie, les îles   anglos-normandes, la Grande-Bretagne et l’Europe du Nord en général. Nous   sommes un territoire possédant un solide tissu de petites et moyennes   entreprises. Nous avons aussi quelques grandes entreprises, comme le groupe   Rouiller, qui vient de décider d’installer son siège mondial à Saint-Malo.   Une “relocalisation” qui s’ex­plique par les racines malouines du groupe,   mais aussi par l’image attractive de la Bretagne.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint-Malo est   attractive, pourtant elle a perdu des habitants au dernier recen­sement.<br />
</strong> En effet, et c’est un   phénomène que l’on constate dans d’autres villes côtières, du fait de la   pression foncière. Beaucoup de gens s’installent désormais en péri­phérie.   Nous travaillons donc à l’échelle du pays pour mieux organiser ce déve­loppement   périphérique. En matière de transport, nous étudions ainsi la mise en place   d’un réseau commun avec le pays de Dinan.  <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez également   lancé des pro­grammes d’urbanisme ambitieux.</strong><br />
Dans le cadre du plan   de rénovation urbaine, près de deux cents logements du quartier de la   découverte vont être reconstruits. Afin de conserver une cer­taine mixité   sociale, sept cents logements sociaux vont être livrés dans les trois ans à   Saint-Malo. Par ailleurs, nous avons  décidé de développer le   quartier de la nouvelle gare. Des logements et des commerces ont été   construits. L’objectif est d’en faire un quatrième centre-ville aux côtés de   Paramé, de Saint-Servan et de la ville close. Il possédera un premier élément   structurant avec la nouvelle médiathèque. Non loin de là, au fond du bassin   Duguay-Trouin et face à la ville close, nous allons édifier un grand musée   d’ethnologie maritime, consacré à l’histoire et aux traditions de la Rance et   du littoral malouin. Nous réfléchis­sons enfin à la création d’un nouveau   transport en site propre, qui relierait rapidement les parkings   périphériques, la gare, la médiathèque, ce nouveau musée et la ville close.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment voyez-vous   l’avenir de Saint-Malo ? </strong><br />
Notre avenir est breton   et nous avons de grands sujets à approfondir avec la région, notamment sur la   manière de développer la façade maritime tout en préservant ses richesses,   sur la façon de dynamiser les réseaux entre les vil­les bretonnes et entre   les ports de la péninsule. Avec d’autres élus, nous par­tageons l’idée que   l’axe Saint-Malo-Rennes qui se prolonge vers Nantes va contribuer à   développer la Bretagne dans les prochaines décennies.</p>
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		<title>Décrypter le discours anticommunitariste</title>
		<link>http://www.armen.net/2009/05/interviews/decrypter-le-discours-anticommunitariste/</link>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 13:20:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[communautarisme]]></category>
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		<description><![CDATA[Régulièrement, la menace du “communautarisme” est brandie pour discréditer les défenseurs des identités régionales ou des cultures immigrées auxquels est opposé l’universalisme à la française. Mais que cache ce discours réellement ? Militant contre l’homophobie, et pour la cause des Noirs, l’universitaire Louis-Georges Tin décrypte cette rhétorique. ArMen. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la question ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/05/louis-georges-Tin.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-826 colorbox-666" title="louis-georges-Tin" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/05/louis-georges-Tin.jpg" alt="louis-georges-Tin" width="223" height="336" /></a>Régulièrement, la menace du “communautarisme” est brandie pour discréditer les défenseurs des identités régionales ou des cultures immigrées auxquels est opposé l’universalisme à la française. Mais que cache ce discours réellement ? Militant contre l’homophobie, et pour la cause des Noirs, l’universitaire Louis-Georges Tin décrypte cette rhétorique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ArMen. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la question du communautarisme ?</strong><br />
Parce que j’y ai été confronté souvent, en tant que Noir et en tant qu’homosexuel. Par exemple, on reproche aujourd’hui aux Noirs de France de se rassembler, car ce serait, dit-on, du communautarisme. Mais il convient de rappeler que déjà, à l’époque de l’esclavage, on interdisait aux “nègres” de se rassembler, de pratiquer leurs cultes, leurs danses, leurs chants, bref leur culture. Evidemment, la situation d’aujourd’hui n’a rien à voir, mais il est troublant de retrouver des injonctions similaires dans des contextes pourtant si différents… Dans le discours anticommunautariste, n’y a-t-il pas des relents de racisme ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ArMen. Quelles sont les origines du discours anti­communautariste ?</strong><br />
Ce discours se développe à partir de 1989, lorsque la droite et la gauche française se retrouvent dans un unanimisme improbable pour célébrer le bicentenaire de la Révolution. On célèbre à cette occasion la “république”, mot qui détrône progressivement le terme “démocratie”. Or, cela n’est pas sans conséquence, car la démocratie, c’est la participation du peuple à l’État, alors que la république, c’est plutôt l’ordre que l’État impose au peuple. Les deux doivent fonctionner de pair, mais privilégier la notion de république pousse à favoriser certaines tendances autoritaires. On dit “rétablir l’ordre républicain dans les banlieues”, on ne dit pas “rétablir l’ordre démocratique dans les banlieues”… L’année 1989 correspond également à la chute du mur de Berlin, un changement politique majeur. Avec la disparition du système soviétique, la France se veut désormais la seule alternative au modèle américain, une thèse qui a rassemblé la droite nationaliste et la gauche antiaméricaine. Les élites françaises défendent alors l’idée que la France incarne l’universalisme, face à la menace d’Orient (l’Islam) et la menace d’Occident (le multiculturalisme américain). Elles se vivent désormais en France comme dans une citadelle assiégée, et cela s’est traduit par une série de débats très tendus sur des questions comme le voile à l’école ou les quotas, débats qui apparaissent justement en 1989.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ArMen. Quelle est la fonction de ce discours ?</strong><br />
L’emploi du terme “communautarisme” permet de stigmatiser de nombreux groupes sociaux : les juifs, les homosexuels, les Noirs, les musulmans, les Bretons, etc. C’est donc un argument très pratique, d’une part parce qu’il permet d’exclure les groupes déjà discriminés, d’autre part parce qu’il permet de le faire tout en conservant une apparence d’honorabilité : “ne suis-je pas plus républicain que vous ?”  Or, la rhétorique anticommunautaire n’est pas contre les communautés, elle est contre certaines communautés. Celles qui sont déjà les plus discriminées. En revanche, je n’ai jamais entendu personne reprocher leur communautarisme aux habitants du xvie arrondissement de Paris, qui possèdent pourtant leurs traditions, leurs mœurs particulières, leurs pratiques … Les élites françaises, aussi, constituent une communauté. Mais celles-là, étrangement, ne sont pas critiquées en tant que telles. Donc le discours anticommunautariste est une rhétorique deux vitesses. À l’évidence, ce qui gène dans la communauté homosexuelle, ce n’est pas qu’elle soit une communauté, mais qu’elle soit homosexuelle… Au fond, cette rhétorique sophistiquée dissimule des discours de haine sociale et d’exclusion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ArMen. Les élites françaises se présentent pourtant comme universalistes et ouvertes ?</strong><br />
L’universalisme est un mot creux, un concept dans lequel on peut mettre tout et n’importe quoi. Ainsi, l’Église catholique s’est voulue universelle depuis ses origines (catholicos signifie “universel”, en grec), avec une foi qui se prétendait ouverte, mais qui n’a pas empêché qu’au nom de cet universalisme on impose cette religion par la force des canons dans le “Nouveau Monde”, par exemple. De même, le marxisme se voulait une idée généreuse et universaliste, ce qui n’a pas empêché des dérives totalitaires. On a imposé bien des pouvoirs au nom de l’universel… Or, rien n’est jamais vraiment universel, ce n’est qu’une figure de style, une hyperbole. Il ne faut pas être dupe. Se dire universaliste, c’est avant tout se donner des airs d’importance. D’ailleurs, la propension à se réclamer de l’universel augmente à mesure que l’on s’élève dans l’échelle sociale. Croyez-vous que le problème des Français moyens soit la crise de l’universel ? Pas du tout. Ils s’inquiètent du chômage, de la vie chère, de la santé ou de l’éducation de leurs enfants. L’universalisme, c’est le souci des élites françaises. Pour autant, faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain et récuser tout universalisme ? Pas forcément, à condition de dire ce qu’on y met. Que voulons-nous étendre universellement : les libertés publiques ou l’ordre établi ?<br />
<strong><br />
ArMen. La France n’a-t-elle pas un problème avec le multiculturalisme ?</strong><br />
Depuis la fin des années 1980, il y a eu partout dans le monde une réflexion sur le multiculturalisme, pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Amérique du Sud, en Afrique, en Inde… Des pays comme l’Afrique du Sud ou la Colombie se sont donné des constitutions qui reconnaissent leur diversité. Mais pas en France, où le multiculturalisme a été vu comme une menace. Les élites françaises ont alors érigé des boucliers politiques contre ce concept, car dans leur esprit, “l’universel, c’est nous, le multiculturalisme, c’est les autres !” Le refus de ratifier la charte européenne des langues régionales en est un exemple. En France, on a tendance à refuser la diversité linguistique, mais dans les instances internationales, on la valorise au contraire, car là, il s’agit de lutter contre l’impérialisme de l’anglais. Quelle hypocrisie ! Tout récemment, la commission dirigée par Simone Weil a refusé d’intégrer la notion de diversité dans la constitution – alors qu’on l’a bien fait pour la parité. Dans le même ordre d’idées, on a fustigé sans discerne­ment la “discrimination positive”. Or, le terme anglais exact est “affirmative action”, qui a été très mal traduit en français, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Il n’y a d’ailleurs pas, d’un côté, un modèle français et de l’autre un modèle anglo-saxon, mais une multitude de cas de figure, avec une reconnaissance de la diversité d’autant plus affirmée que le pays est démocratique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ArMen. Ce discours français n’a-t-il pas aujourd’hui atteint ses limites ?</strong><br />
Face aux réalités, comme les crises des banlieues, le discours universaliste s’effrite. Certains intellectuels français commencent à comprendre que l’on peut, nuit et jour, exhorter les jeunes de banlieues à l’universalisme, cela ne risque guère de résoudre leurs problèmes au quotidien. En réalité, les politiques publiques doivent être adaptées aux communautés. On a fait la parité pour les femmes, les zep pour les territoires défavorisés, des quotas pour les personnes handicapées, des emplois-jeunes pour les jeunes travailleurs, etc., autant de mesures qui s’appliquent en fonction des groupes considérés… On commence à se rendre compte qu’il faut agir pour chacun suivant ses besoins. Il est temps de reconnaître la diversité de la société française.</p>
<p style="text-align: justify;">Propos recueillis par Erwan Chartier-Le Floc'h</p>
<address style="text-align: justify;">Né en 1974 à la Martinique, Louis-Georges Tin est ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé et docteur ès lettres. Il est actuellement maître de conférences à l’IUFM d’Orléans. Fondateur de la journée mondiale contre l’homophobie en 2005, il est également le porte-parole du Conseil représentatif des Noirs de France, le Cran. Ses engagements ont été couronnés par plusieurs prix internationaux à Moscou, à Berlin, à Stockholm. À l’automne 2008, il était l’invité du groupe Ermine (Équipe de recherches sur les minorités nationales et les ethnicités), coordonné par Ronan Le Coadic. Ouvert à tous les chercheurs, ce groupe se réunit régulièrement pour des conférences dont les comptes-rendus ont donné lieu à deux publications, Identités et société, de Plougastel à Okinawa (PUR, 2007) et Bretons, Indiens, Kabyles… des minorités nationales ? (PUR, 2009). Le programme des conférences est consultable sur le site www.bretagne-recherche.net</address>
<address style="text-align: justify;"> </address>
<address style="text-align: justify;">© ArMen 2009<br />
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