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><channel><title>Armen.net &#187; Enquêtes</title> <atom:link href="http://www.armen.net/enquetes/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" /><link>http://www.armen.net</link> <description>La Bretagne un monde à découvrir</description> <lastBuildDate>Thu, 09 Sep 2010 15:08:47 +0000</lastBuildDate> <language>en</language> <sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod> <sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency> <generator>http://wordpress.org/?v=3.0.1</generator> <item><title>Le dragon et l&#8217;hermine</title><link>http://www.armen.net/2010/03/enquetes/le-dragon-et-lhermine/</link> <comments>http://www.armen.net/2010/03/enquetes/le-dragon-et-lhermine/#comments</comments> <pubDate>Tue, 30 Mar 2010 13:19:27 +0000</pubDate> <dc:creator>yann</dc:creator> <category><![CDATA[Enquêtes]]></category> <category><![CDATA[Histoire]]></category> <category><![CDATA[Voyage]]></category> <category><![CDATA[breizh cymru]]></category> <category><![CDATA[bretagne et pays de Galles]]></category> <category><![CDATA[britanny and wales]]></category> <category><![CDATA[llydaw]]></category> <category><![CDATA[pays de Galles]]></category><guid
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href="http://www.armen.net/2010/03/aktus-web/bretagne-pays-de-galles-des-collectivites-jumelles/" title="Bretagne, pays de Galles, des collectivités jumelles">Bretagne, pays de Galles, des collectivités jumelles</a></span> - <span
class="eg-series-post-date date">27 mars 2010</span></li><li
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href="http://www.armen.net/2010/03/aktus-web/du-rubgy-au-charbon/" title="Du rubgy au charbon">Du rubgy au charbon</a></span> - <span
class="eg-series-post-date date">27 mars 2010</span></li><li
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href="http://www.armen.net/2010/03/dossiers/histoire/galles-et-bretagne-a-travers-les-ages/" title="Galles et Bretagne  à travers les âges">Galles et Bretagne  à travers les âges</a></span> - <span
class="eg-series-post-date date">27 mars 2010</span></li><li
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class="eg-series-post-title">Le dragon et l'hermine</span> <span
class="eg-series-post-this">(Cet article)</span> - <span
class="eg-series-post-date date">30 mars 2010</span></li></ol></div></div></p><p
style="text-align: justify;"><strong>Avec l’Allemagne et l’Irlande, le pays de Galles est un des pays avec lequel la Bretagne entretient le plus grand nombre de jumelages. Alors qu’à l’échelle européenne, les jumelages connaissent un certain essoufflement, ceux qui relient la Bretagne à ce pays tirent leur dynamisme de la volonté partagée de célébrer un héritage culturel et linguistique commun.</strong></p><div
id="attachment_2564" class="wp-caption alignright" style="width: 268px"><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/175-ENQ-BPG25.jpg"><img
class="size-full wp-image-2564    colorbox-2560" style="margin: 20px;" title="175-ENQ-BPG25" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/175-ENQ-BPG25.jpg" alt="" width="258" height="173" /></a><p
class="wp-caption-text">Représentations de “Ur wech e oa Telo / Il était une fois Telo”, pièce de théâtre multilingue créée par le comité de jumelage de Plogonnec pour fêter les trente ans du jumelage avec Llandysul. Mis en scène par Thomas Cloarec, le texte a été écrit en breton et en français par Yann-Ber Rivalin.</p></div><p
style="text-align: justify;">Asssis en rangs sur des bottes de paille, cols relevés pour se protéger d’un froid bien vif pour une nuit d’été, des centaines de spectateurs applaudissent la dernière représentation d’<em>Il était une fois Telo</em>, une pièce de théâtre en extérieur, donnée trois soirées de suite en août 2009, près de la chapelle de saint Telo, à Plogonnec. Pendant la représentation, nombreux sont ceux qui ont été intrigués par une voix qui semblait venir des premiers rangs, traduisant en direct l’ensemble du texte dans une langue inconnue de la plupart. Du gallois ! C’est en effet pour permettre aux membres gallois du comité de jumelage entre Plogonnec et Llandysul de suivre la pièce que Jacqueline Gibson, présidente de Breizh-Cymru, et son mari gallois, ont été chargés de la “doubler” en temps réel. Pourquoi tant d’égards ? Tout simplement parce que ce spectacle, sur lequel trois cents personnes ont travaillé, dont une petite dizaine de professionnels, et qui a rassemblé dix mille spectateurs, avait pour vocation première de célébrer les vingt ans du jumelage entre ce bourg breton de trois mille habitants et son cousin gallois. Jamais de mémoire de jumelage, on aura connu pareil investissement humain pour célébrer les liens entre deux communes. Soixante-trois Gallois avaient fait le déplacement pour assister à cette création mise en scène par Thomas Cloarec et soutenue par le conseil régional. “Notre but n’était pas d’en mettre plein la vue, explique Jean-Yves Kervarec, président du comité, mais de mettre en valeur un héritage commun, de créer du lien et de toucher des gens extérieurs au jumelage.” Fondé sur les liens historiques et culturels qui relient les deux pays – la pièce évoquait la vie de Telo, moine gallois émigré en Armorique – et dépassant largement le cadre des activités traditionnellement associées au jumelage, cet événement a révélé la profondeur des liens tissés entre les deux communes, mais aussi la nature particulière des jumelages entre la Bretagne et le pays de Galles. Plus qu’ailleurs, on y parle d’héritage commun, d’identité partagée et de langue. À tel point qu’on est parfois tenté de parler de cousinage davantage que de jumelage.</p><p
style="text-align: justify;"><p
style="text-align: justify;"><strong>Un long processus</strong></p><p
style="text-align: justify;">Nés au lendemain de la guerre pour favoriser le rapprochement des anciens belligérants et promouvoir les idéaux européens, les premiers jumelages ont d’abord concerné la France et l’Allemagne. En Bretagne, l’Irlande lui a emboîté le pas, grâce à l’élan puissant donné par Polig Monjarret tout au long des années 1970 et 1980. Le pays de Galles a suivi le mouvement, surtout à partir des années 1980. Contrairement à l’île d’Émeraude, il n’y a pas eu un <em>bazh-valan</em>, chargé de trouver des communes de part et d’autre. La plupart des jumelages sont en effet nés de volontés locales, tantôt portées par des municipalités, comme celle de Nantes, qui signe le premier rapprochement avec Cardiff en 1964, tantôt par des comités associatifs, comme ceux de Guérande-Dolgellau ou Plomelin-Crymych, au tournant des années 1970 et 1980. Il est aussi arrivé que des communes galloises se mettent en quête de partenaires, comme ce fut le cas de Llandysul qui choisit Plogonnec après avoir initialement cherché à se lier à sa voisine, Locronan. Aujourd’hui, on recense quarante-six jumelages entre les deux pays celtiques, dont onze en Loire-Atlantique, ce qui représente près de la moitié des jumelages signés avec le pays de Galles dans l’Hexagone.</p><p
style="text-align: justify;">À l’instar de Nantes, Saint-Brieuc a été pionnière dans les jumelages avec le pays de Galles en signant sa charte de jumelage avec Aberystwyth dès 1970. C’est la municipalité, notamment à travers un enseignant adjoint au maire, qui a souhaité ce rapprochement. Elle s’est appuyée sur les liens manifestes entre les deux villes, particulièrement à travers Brioc, Brieg ou Brieuc, l’un des sept saints fondateurs de la Bretagne qui a donné son nom à la cité costarmoricaine et serait originaire du comté de Cardigan, non loin d’Aberystwyth. La proximité de la mer, leur vocation administrative ont aussi joué en faveur du jumelage. “Les affinités celtes ont également compté, car nous avions une bretonnante dans l’équipe, explique Jean Guezennec, vice-président du comité. Ainsi, alors que Saint-Brieuc est située en pays gallo, dès 1970, l’accord signé avec le pays de Galles est pourtant rédigé en breton, gallois, français et anglais. Par la suite et dans la plupart des cas, les chartes de jumelage seront d’ailleurs quadrilingues. Dès l’origine, le jumelage de Saint-Brieuc a pu s’appuyer sur une municipalité très dynamique en matière d’échanges internationaux.</p><p
style="text-align: justify;">La plupart des rapprochements ne sont pourtant pas le fait des grandes villes et dans bien des cas, si les municipalités ont soutenu les projets, ils sont venus de comités associatifs locaux. C’est par exemple le cas de Guérande, une commune dont les premiers échanges épistolaires avec une ville galloise remontent à 1975. “Le congrès celtique international avait eu lieu à Nantes en 1974, présidé par Per Denez, explique Jakez Gaucher, principal initiateur de ce jumelage avec Per Loquet. Des conférences ont aussi été données sur les pays celtiques. On sentait un réel intérêt pour les liens interceltiques chez des gens comme Bernard Le Nail ou encore Jean-Pierre Vincent. Le nom donné au comité de jumelage, créé en 1975 avec le soutien du conseil municipal, est assez révélateur de l’esprit de ses fondateurs : “Comité interceltique de jumelage Guérande-Dolgellau”. Dans un article publié dès sa création, Jakez Gaucher explique avoir choisi une ville galloise “parce que c’est une cité celte, comme Guérande et qu’elle a en commun un héritage et une culture traditionnels vivants”. Plus loin il explique que “l’accueil des Galloises et des Gallois, surtout si vous vous présentez à eux comme Bretons, donc comme un cousin, est plus que chaleureux, il est amical et fraternel”. Dans un compte-rendu du premier voyage, il explique que le but des comités est aussi de développer la connaissance des langues bretonnes et galloises, ainsi que la culture celtique et que cet objectif a été approuvé par la grande majorité des Gallois rassemblés pour le jumelage à Dolgellau. Si dans la majorité des jumelages avec le pays de Galles, on rencontre dès leur création des Bretonnes et Bretons déterminés à mettre en avant la langue et la culture bretonne, cette dimension n’a semble-t-il jamais été un frein pour ceux qui ne portaient pas cette identité. “Il y a pu avoir ici et là quelques frustrations et il a fallu de la pédagogie pour convaincre les enseignants ou les participants que le pays de Galles n’était pas l’Angleterre et que les “Français” était en réalité des “Bretons”, se souvient Jakez Gaucher. Il faut dire que pour les Gallois comme les Bretons, tout restait à découvrir. Ici, personne ne savait vraiment où était le pays de Galles. Les Guérandais ont cependant tout de suite vu des similitudes linguistiques avec leur toponymie.” Dans la plupart des cas, les comités de jumelage ont permis aux uns et aux autres d’exprimer ou de cultiver leur sensibilité sans imposer leur vision. Le regard des Gallois a d’ailleurs facilité les choses. Outre la présence de personnalités attachées à la culture bretonne, comme Jean-Yves Kervarec et Yann-Ber Rivalin à Plogonnec, Yann Jestin à Lesneven, Guy Le Lay à Plomelin ou encore Jean-Jacques Monnier à Lannion, la participation des associations bretonnes, notamment des cercles celtiques, comme à Guérande ou à Saint-Brieuc, a aussi renforcé le caractère culturel des échanges. À Plomelin, c’est aussi l’idée de servir la langue bretonne qui a inspiré l’idée du jumelage. Alors que le maire de l’époque, Roparz Omnes penchait pour une commune de Cornouailles, des personnalités locales comme Guy Le Lay, président du jumelage jusqu’à la création de sa distillerie ou Yann Guillamot, enseignant à Diwan, se tournent vers Gweltaz Ar Fur, qui entretient des liens avec le pays de Galles. “Nous voulions une équipe qui parlait gallois, se souvient Guy Le Lay, pas question de se jumeler avec une ville frontalière ou une station balnéaire. Nous avons penché pour Crymych, car ils parlaient gallois et avaient une école où on pouvait aller jusqu’au bac dans cette langue.” Une fois lancés, les jumelages évoluent en fonction des personnalités qui s’y impliquent. “Dès le départ, on a eu toutes sortes de gens, se souvient Guy Le Lay. Certains venaient là pour le voyage, d’autre le casse-croûte, certains allaient dans un échange avec “les Anglais” pour retrouver une ambiance qu’ils avaient connue étudiants en Angleterre, par exemple. Mais, dès que les Gallois sont venus en 1984, avec deux cars, on s’est rendu compte que le noyau dur était très impliqué dans la culture galloise. C’est exactement ce qu’on cherchait, on voulait montrer qu’il n’y avait pas que la France et l’Angleterre.”<a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/175-ENQ-BPG_6-15.jpg"><img
class="alignright size-full wp-image-2565 colorbox-2560" style="margin: 20px;" title="175-ENQ-BPG_6-15" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/175-ENQ-BPG_6-15.jpg" alt="" width="315" height="238" /></a></p><p
style="text-align: justify;">Adjoint aux finances à Lesneven en 1980, Yann Jestin, un locuteur breton convaincu, a lui aussi suggéré que le premier jumelage de sa commune se fasse avec une ville galloise. “Après quelques recherches, nous nous sommes fixés sur Carmarthen et nous avons monté un comité de jumelage. Il y avait dedans des gens de tous horizons, des responsables associatifs, des profs d’anglais, beaucoup ne connaissaient pas le pays de Galles. Cela aurait été l’Angleterre, pour eux, c’était pareil. J’ai dû expliquer les différences et le maire en a conclu qu’on allait retrouver de la famille !” Yann Jestin souligne qu’à Carmarthen, Peter Griffith tenait lui aussi à ce jumelage à cause des deux langues sœurs. Ce sont d’ailleurs souvent les Gallois eux-mêmes qui se sont chargés d’expliquer l’importance de leur langue et de leur identité propre aux Bretons. Notamment lorsqu’à l’issue d’un des tout premiers séjours des Gallois de Carmarthen, le sénateur breton local prononça un discours et souhaita bon voyage “aux Anglais” !</p><p
style="text-align: justify;"><p
style="text-align: justify;"><strong>Une multitude d’initiatives</strong></p><p
style="text-align: justify;">Comme ailleurs, les jumelages avec le pays de Galles ont d’abord pris la forme d’échanges annuels entre familles, au cours desquelles de nombreuses visites et réceptions sont organisées. Au fil des ans, plusieurs milliers de personnes ont ainsi rempli les cars affrétés par les différents comités. Un flux intéressant et encouragé sur le plan tarifaire par la Brittany Ferries. Cette dernière a d’ailleurs joué un rôle déterminant dans le mouvement de jumelage des villes bretonnes avec les pays celtiques. L’autre activité phare des jumelages concerne bien sûr les échanges de scolaires, qui ont bien fonctionné dans certains cas, mais se sont avérés plus difficiles à faire perdurer ailleurs, comme par exemple à Saint-Brieuc. Aujourd’hui, les lois imposant aux familles britanniques des enquêtes de moralité avant de pouvoir recevoir des mineurs compliquent considérablement ces relations. Il faut désormais organiser des hébergements collectifs, ce qui est un peu contraire à l’esprit initial des jumelages. Côté gallois, les adultes sont eux aussi de plus en plus demandeurs d’échanges avec séjour en gîtes. Les échanges de scolaires et d’adultes ne sont cependant qu’une des facettes de la vie des jumelages. Dans le cas du pays de Galles, on est frappé par la diversité et l’ampleur des actions menées. Dans certains cas, le sport a servi de véritable ciment au jumelage, comme à Plomelin, qui s’est adossé au Mondial pupilles local, une compétition de football, pour pérenniser les échanges de jeunes. Dans le Léon, on peut citer les très nombreux échanges de chœurs et de chorales qui, selon Yann Jestin, ont contribué à l’élévation du niveau global des Bretons dans ce domaine et sont en partie à l’origine de l’engouement actuel. L’adjoint au maire de Lesneven a aussi pu organiser des rencontres entre agriculteurs gallois et bretons. “Ces derniers ont été frappés par la conscience culturelle des paysans gallois, qui parlaient leur langue, jouaient de la harpe et faisaient tous partie de chorales. Ils ont compris que leurs cousins prenaient le temps de faire autre chose que de l’agriculture, ce qui était rarement le cas ici.” Aidé par les moyens confortables mis à disposition par la municipalité, notamment un emploi dédié, et favorisé par une vie associative très riche, le comité de Saint-Brieuc soutient et coordonne lui aussi une quantité impressionnante d’activités.</p><p
style="text-align: justify;"><div
id="attachment_2566" class="wp-caption alignright" style="width: 268px"><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/175-ENQ-BPG2.jpg"><img
class="size-full wp-image-2566 colorbox-2560" title="175-ENQ-BPG2" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/175-ENQ-BPG2.jpg" alt="" width="258" height="396" /></a><p
class="wp-caption-text"> EN HAUT, rencontre d’élèves bretons et gallois de Lannion et de Caerfilly.En bas, Rita Williams, universitaire galloise, spécialiste du breton et ancienne professeur à Rennes, a donné une conférence à Lesneven, en mai 2004 lors du centenaire de l’adoption de l’hymne gallois par les Bretons.</p></div><p
style="text-align: justify;">On peut citer le sport, avec des échanges de clubs de randonnées, de golf, de rugby ou encore de tennis, une marche annuelle consacrée aux jumelages du pays de Saint-Brieuc ou encore une course à la voile, mais aussi la culture, avec l’envoi de plusieurs dizaines de groupes de musiciens au pays de Galles depuis la création du jumelage ou encore le déplacement prochain d’adeptes du <em>gouren,</em> la lutte bretonne. Des expositions de peintres et artistes gallois sont montées tous les deux ans et une exposition sur les châles gallois est aujourd’hui en projet. Autre initiative remarquable, les échanges organisés entre groupes de handicapés physiques et mentaux dans le cadre du jumelage. Depuis une dizaine d’années, une quarantaine d’entre eux se rend en effet au pays de Galles au mois d’août. Ils sont hébergés à la cité universitaire. Sur place, ils rencontrent des Gallois pris en charge à la journée avec qui ils participent à de nombreuses activités. “Cela se passe très naturellement, précise Michel Boulaire, le président du comité qui rassemble tous les jumelages de la ville. Ils communiquent très bien entre eux, par gestes, sourires, lient des amitiés qui durent depuis plusieurs années.” Des liens ont aussi été tissés entre les directions des hôpitaux, bien que Jean Guezennec reconnaisse que les relations professionnelles sont souvent plus difficiles à établir. Des possibilités existent pourtant. Les Gallois du jumelage avec Lesneven ont été reçus par la coopérative Sav-Heol et ont ainsi appris qu’ils pouvaient acheter des tomates bretonnes chez eux, dans les supermarchés Tesco ! À Lannion, où est né le jumelage avec Caerfilly, en 1991, par la volonté d’élus, des voyages d’études pour étudier le système d’enseignement gallois, auxquels l’inspecteur d’académie a même participé, ont été organisés. En retour, des instituteurs gallois sont également venus étudier le fonctionnement de l’enseignement dans le pays de Lannion.</p><p
style="text-align: justify;"><strong> </strong></p><p
style="text-align: justify;"><strong>Des temps forts</strong></p><p
style="text-align: justify;">Si Plogonnec a placé la barre très haute avec sa pièce de théâtre, d’autres villes organisent aussi des manifestations ambitieuses pour sensibiliser la population aux liens avec le pays de Galles. C’est le cas de Lannion qui, depuis 1998, consacre une semaine entière à la Gwyl Dewi, ou sant Dewi, la fête nationale galloise (1<sup>er</sup> mars). À chaque édition, des concerts, des expositions, des conférences sur la langue et la culture galloises et des films sont proposés au public trégorrois. Il peut aussi assister à la projection de matchs de rugby sur grand écran, comme France-Galles, en février dernier. Guy Le Lay, qui organisait lui aussi un déplacement de Plomelin à Cardiff pour vivre ce moment au Millenium stadium, note d’ailleurs fièrement que les comités de jumelage bretons soutiennent systématiquement l’équipe du pays de Galles lorsqu’elle fait face aux rugbymen français. “Nous aimerions lancer une sant Dewi par département”, explique Marie-France Jaffredo, qui préside le comité de jumelage Lannion-Caerfilly. À Lesneven, c’est autour des hymnes bretons et gallois que se concentrent les énergies pour donner de l’ampleur à ces relations. En 2004, la commune a célébré en grande pompe le centenaire de l’adoption d’une adaptation de l’hymne gallois par les Bretons, lors du congrès de l’Union régionaliste bretonne, à Lesneven. Un débat avec plusieurs invités, dont la Galloise Rita Williams, avait été organisé pour l’occasion et un concert de chorales donné dans l’église communale. Cette année, du 22 au 30 mai, le comité de jumelage s’apprête à relier la fête nationale bretonne, la Saint-Erwan à une “fête du Bro gozh”, qui culminera, le week-end du 28 mai, avec un concert de Nolwenn Korbell, une journée consacrée à l’hymne, mêlant jeux traditionnels, chorales, un fest-deiz et une messe en breton au Folgoët, le dimanche matin. De jeunes bretonnants livreront leur réinterprétation contemporaine de l’hymne breton, qui sera également repris par tous à l’issue du concert des chorales, le samedi soir. Les animateurs des jumelages précisent d’ailleurs qu’ils n’ont pas attendu la finale de la coupe de France Guingamp-Rennes pour se réapproprier le <em>Bro gozh ma zadoù</em>, qu’ils chantent souvent au départ des cars bretons ou gallois dans l’un ou l’autre des pays.</p><p
style="text-align: justify;"><strong> </strong></p><p
style="text-align: justify;"><strong>Des échanges solidaires</strong></p><p
style="text-align: justify;">Au début des années 1980, dans toute la Bretagne, y compris en Loire-Atlantique, où plusieurs jumelages se sont créés dans le sillage de Guérande-Dolgellau, notamment entre Missillac et Gofilon et entre Le Pouliguen et Llanilltud Fawr, on suit avec attention le conflit qui oppose les mineurs gallois et le gouvernement de Margaret Thatcher, qui a décidé de fermer les dernières mines de charbon et se montre inflexible face aux grévistes. Ces fermetures ont des conséquences sociales dramatiques. Jean-Paul Touzalin, du comité de jumelage du Pouliguen et Jakez Gaucher, ainsi que les autres comités locaux organisent alors une collecte locale de jouets, d’argent et de vêtements qui sont acheminés à Bridgend à Noël 1984.“Un jumelage, ce n’est pas uniquement la fête et la joie”, explique Jakez Gaucher en évoquant les trois mois de campagne qui ont permis de récolter quinze mille francs dans le pays blanc et autour de Saint-Nazaire. La Brittany Ferries prendra d’ailleurs en charge le passage de deux voitures et d’une remorque pleine. Au pays de Galles, on remercie pudiquement ces Bretons qui n’ont pas hésité à demander de l’argent à leurs concitoyens, pourtant eux aussi marqués par des graves problèmes économiques dans le bassin de Saint-Nazaire.</p><p
style="text-align: justify;">S’ils ne sont pas épargnés par les problèmes rencontrés par les jumelages avec d’autres pays, comme les difficultés à renouveler les équipes, les périodes creuses, pendant lesquelles les contacts s’étiolent de part et d’autre, bien des comités bretons liés au pays de Galles affichent une santé remarquable. À Plomelin, Lannion, Ploubezre, Orvault, Loctudy ou encore à Saint-Brieuc, les participants se renouvellent régulièrement, toutes les classes d’âge sont représentées et les idées ambitieuses ne manquent pas. Évoquant Guérande, Jakez Gaucher estime que “l’esprit militant du début est quelque peu retombé et qu’on a un peu perdu les idéaux de solidarité interceltique très présents à l’origine, y compris du côté gallois. Le monde s’est élargi, les besoins ont évolué.” Pour Anne-Laure Vallori, “Dans l’ensemble, en Europe de l’Ouest, la plupart des jumelages ont besoin de se réinventer, ils connaissent un certain essoufflement. Dans le cas des jumelages Bretagne-pays de Galles, on constate cependant une remarquable vitalité. Ils sont plutôt en avance pour trouver des solutions nouvelles, en partie grâce à une réelle proximité culturelle et un intérêt profond des Bretons pour le pays de Galles. On note d’ailleurs que les jumelages les plus innovants sont aussi les plus soutenus par les financements européens. Il est normal que certains jumelages soient temporairement en sommeil, selon les personnes impliquées, les difficultés rencontrées, mais dans le cas du pays de Galles, la très grande majorité des jumelages sont réellement actifs.”</p><p
style="text-align: justify;">Depuis quelques années, leur énergie est stimulée par le soutien financier que leur apportent l’Europe et la région. Cette dernière cherche aussi à les rassembler le plus régulièrement possible et leur fournit des outils, principalement sur Internet, pour les inciter à échanger et à mener des initiatives communes, par exemple pour mieux remplir les cars ou encore proposer des activités inter-jumelages. La région peut aussi intervenir financièrement pour le lancement des jumelages et des manifestations exceptionnelles comme <em>Il était une fois Telo</em>. De même, le conseil régional accompagne les efforts menés pour relancer les activités de l’association Bretagne-pays de Galles, présidée par Jacqueline Gibson, une Bretonne installée à Tréguier et qui a longtemps vécu au pays de Galles. Cette association, inspirée de la fédération Bretagne-Irlande, est née dans le sillage d’une visite à l’Eistedffod de 1987, sur l’initiative de personnalités comme Yann Jestin, Jacques-Yves Le Touze ou encore Michel Chauvin. Très dynamiques et bien plus puissants que la fédération – un comité de jumelage comme celui de Lannion compte cent cinquante membres –, les comités de jumelage n’ont cependant pas ressenti le besoin de faire appel à cette association qui est longtemps restée en sommeil. Encouragée par la région à fédérer les jumelages et sous la présidence de Jacqueline Gibson, qui assure de nombreuses traductions et tente de médiatiser davantage le pays de Galles en Bretagne, elle connaît un certain renouveau. Aujourd’hui, pour répondre aux problèmes évoqués, certains comités, comme celui de Plogonnec, sont déterminés à la redynamiser pour mener des actions communes. Parmi les pistes évoquées, le nouveau secrétaire de Bretagne-pays de Galles, Jean-Yves Kermarec, évoque par exemple la possibilité pour un groupe qui se rend en Bretagne de rendre visite, en chemin, à une autre commune jumelée appartenant à la fédération. On imagine aussi des journées de découvertes clés en main proposées par certains comités aux autres membres de Bretagne-pays de Galles.</p><p
style="text-align: justify;"><strong> </strong></p><p
style="text-align: justify;"><strong>Des retombées profondes</strong></p><p
style="text-align: justify;">En quarante ans, des milliers de Bretons et de Gallois ont tissé des liens durables dans des domaines multiples à travers les jumelages. À raison d’une cinquantaine de participants par jumelage à chaque voyage annuel, sans compter les cercles, chorales, randonneurs, golfeurs, etc., on devine qu’au cours des trois dernières décennies, les jumelages ont eu un bénéfice comparable pour les adultes à celui du programme Erasmus pour la mobilité des étudiants européens. De fait, les pionniers reconnaissent qu’en trente ans, leur perception du pays de Galles a été transformée. À Lannion, Marie-France Jaffredo et Jean-Jacques Monnier affirment aussi que “le jumelage a permis à beaucoup de participants de se découvrir bretons. Ils ont eu à cœur de mieux connaître la Bretagne afin de montrer aux Gallois ce qu’ils étaient. Les Gallois les ont en quelque sorte aidés à se révéler.” Avec aussi, des retombées directes : “Après avoir emmené de nombreux habitants de Lesneven au pays de Galles, il a été beaucoup plus facile de faire accepter la signalisation bilingue”, indique par exemple Yann Jestin. Guy Le Lay évoque aussi des proches du comité de jumelage qui, au départ, sont venus pour la langue anglaise et la culture associée et qui, au fil des ans, ont pris conscience de leur propre culture. “Aujourd’hui, leurs enfants se sentent Bretons et sont plus ouverts sur les autres cultures.” Il y a bien sûr la langue et la culture, mais aussi le sentiment de fraternité qu’évoquent beaucoup de participants, pour qui il est désormais impossible de venir incognito au pays de Galles, tant les liens tissés sont devenus étroits. À Crymych, on trouvera difficilement un jeune de vingt ou trente ans qui n’a pas de souvenirs de tournois de football à Plomelin. À Saint-Brieuc, on revendique fièrement un mariage contracté grâce au jumelage avec Aberystwyth ! La plupart des Bretons interrogés ont avoué avoir été frappés par la beauté des paysages, l’esprit d’accueil et la gentillesse de leurs correspondants gallois. De même, si les Gallois s’intéressent beaucoup à la langue et à la culture, ils sont tout aussi nombreux à apprécier avant tout la dimension gastronomique et festive des jumelages. À Crymych, on n’est pas prêt d’oublier les soirées à la distillerie des Menhirs… Si des Bretons apprennent le gallois à Landerneau ou à Tréguier, si des cours de breton sont donnés au pays de Galles, si la venue d’une délégation de ce pays au festival interceltique devient un événement médiatique et si la région s’investit autant dans son partenariat, c’est aussi grâce aux liens tissés localement par les Bretonnes et Bretons qui se sont volontairement tournés vers le pays de Galles depuis trois décennies.</p><p
style="text-align: justify;">Souvent occultés par les rassemblements musicaux, les jumelages méritent sans doute d’être reconnus comme une des expressions les plus profondes de l’interceltisme. À leur manière, ils ont contribué au rapprochement de peuples divisés par l’Histoire, valorisé des héritages communs et ouvert l’esprit de plusieurs générations à la diversité et à l’échange. Constater que les relations entre la Bretagne et le pays de Galles n’ont jamais été aussi étroites et que chaque année, des liens sont aussi tissés avec de nouvelles régions du monde ne peut que renforcer le sentiment que les jumelages font partie des belles utopies du siècle dernier, à entretenir sans modération.</p><p
style="text-align: justify;"><p
style="text-align: justify;"><strong>Lire aussi les autres articles de notre enquête :</strong></p><p
style="text-align: justify;">Un accord Bretagne-pays de Galles</p><p
style="text-align: justify;">Du Rugby au charbon</p><p
style="text-align: justify;">Bretagne et pays de Galles à travers les âges.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.armen.net/2010/03/enquetes/le-dragon-et-lhermine/feed/</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>Muscadet, les raisins du succès</title><link>http://www.armen.net/2009/12/enquetes/muscadet-les-raisins-du-succes/</link> <comments>http://www.armen.net/2009/12/enquetes/muscadet-les-raisins-du-succes/#comments</comments> <pubDate>Mon, 28 Dec 2009 15:08:36 +0000</pubDate> <dc:creator>yann</dc:creator> <category><![CDATA[Aktus web]]></category> <category><![CDATA[Economie]]></category> <category><![CDATA[Enquêtes]]></category> <category><![CDATA[Environnement]]></category> <category><![CDATA[Gastronomie]]></category> <category><![CDATA[muscadet]]></category> <category><![CDATA[vignoble nantais]]></category> <category><![CDATA[vins bretons]]></category><guid
isPermaLink="false">http://www.armen.net/?p=1955</guid> <description><![CDATA[En trois décennies, le muscadet, le vin emblématique du pays nantais et pour certains, de la Bretagne, a beaucoup changé. La moindre qualité d’une partie de la production lui a longtemps fait du tort. Au fil des ans, il est pourtant devenu une appellation reconnue grâce à de grands vignerons récompensés pour leur engagement en ]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p
style="text-align: justify;"><strong>En trois décennies, le muscadet, le vin emblématique du pays nantais et pour certains, de la Bretagne, a beaucoup changé. La moindre qualité d’une partie de la production lui a longtemps fait du tort. Au fil des ans, il est pourtant devenu une appellation reconnue grâce à de grands vignerons récompensés pour leur engagement en faveur de l’environnement, de la qualité de la vigne et du travail au chai.</strong></p><p
style="text-align: justify;"><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/muscadet2.jpg"><img
class="alignleft size-full wp-image-1958 colorbox-1955" title="muscadet2" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/muscadet2.jpg" alt="muscadet2" width="290" height="181" /></a>Emmanuel Torlasco, le dynamique directeur d’Interloire depuis 2008, s’amuse des préjugés sur le muscadet. Il aime faire goûter des muscadets de garde à l’aveugle aux plus sceptiques des chefs d’entreprises ou des membres de clubs de dégustation quant aux vertus du cépage phare de la région nantaise : le melon de Bourgogne (1). Il exulte lorsqu’ils lâchent : “C’est un Bourgogne !” Ou encore : “Si c’est cela le muscadet, j’en veux !”. Mais Emmanuel Torlasco précise que s’il obtient aujourd’hui ce résultat, en 1980, il aurait été bien en peine de trouver de telles bouteilles.</p><p
style="text-align: justify;"><strong>Un grand terroir</strong></p><p
style="text-align: justify;">Le Muscadet n’a pourtant rien à envier aux plus grands terroirs de l’Hexagone. Cette appellation de onze mille cinq cents hectares, la plus importante de France, s’étend des confins du lac de Grandlieu à ceux de la Loire angevine, des portes de Nantes à celles de la Vendée. Située dans le Massif armoricain, elle possède une diversité de terroirs qui ont amené à délimiter quatre appellations distinctes : une appellation générique Muscadet, créée en 1937, qui peut être utilisée sur l’ensemble du territoire et concerne actuellement trois mille hectares de vignes. L’appellation Muscadet Sèvre et Maine, créée en 1936, est la plus vaste et occupe huit mille deux cents hectares sur les coteaux qui surplombent la Sèvre. Elle est assise sur des roches métamorphiques (gneiss, schistes, micaschistes), cristallines (granite) et même volcaniques (amphibolite, serpentinite). Les vins sont souvent charpentés, avec une bonne aptitude de garde. Avec deux cents hectares de vignes, l’appellation Muscadet Coteaux de la Loire, créée la même année, est la plus petite des appellations. Ses coteaux schisteux ou granitiques dominent le fleuve sur les deux rives et ses vins sont plus corsés et charpentés, avec des arômes de pierre à fusil. Enfin, l’appellation Muscadet Côtes de Grandlieu, créée plus récemment, en 1994, concerne trois cents hectares de sols composés de sables et galets. Ses vins sont souples et floraux. Le Muscadet est aussi le vignoble français où l’influence marine se fait la plus forte : ensoleillement réduit, pluviométrie importante. Cela sied au melon de Bourgogne, qui donne des vins vifs, nerveux et parfois iodés.</p><p><strong>Une réputation malmenée</strong></p><p
style="text-align: justify;">La Bretagne, et particulièrement la haute Bretagne, a eu un vignoble dès le Moyen Âge, notamment sur les domaines ecclésiastiques, pour produire du vin de messe. C’est au xviie siècle que l’on commence à planter des pommiers et que l’administration colbertiste ordonne l’arrachage des vignes bretonnes. Le vignoble nantais semble avoir existé dès le ive siècle. Saint Martin, qui fonda le monastère de Vertou en 575, contribua à le développer au sud de Nantes. Les Vikings y portèrent un coup d’arrêt sérieux. Alain Barbetorte les chassa au xe siècle et permit ainsi la reprise de la culture de la vigne. Au Moyen Âge, les vins sont blancs et surtout rouges, issus de cabernet franc et de berligou. Au xvie siècle, le vignoble nantais, poussé par la demande des pays d’Europe du Nord, se tourne vers les vins blancs. Apparaissent alors la Folle blanche (cépage du Gros-plant), très appréciée pour la distillation et le melon de Bourgogne. L’hiver très froid de 1709 détruit moins le melon que les autres cépages, ce qui incite à le replanter. Au xviiie siècle, les Nantais délaissent quelque peu le vignoble, occupés au plus lucratif commerce triangulaire. En 1884, juste avant la crise du phylloxera, un parasite de la vigne venu d’Amérique du Nord, le vignoble nantais occupait trente mille hectares. On l’a replanté avec des hybrides américains résistants, mais qui ont orienté la production vers des vins de masse. Parallèlement, dès 1900, la technique du greffage de cépages européens sur des pieds américains a permis au melon de Bourgogne de regagner du terrain, l’avènement des appellations aboutissant au retrait des hybrides dans les années 1970. À la fin des années 1980, le contexte est favorable : la demande est forte et 45 % de la production est exportée vers le Royaume-Uni (lire le premier numéro d’ArMen). Par conséquent, on plante. À la vigne comme à la cave, c’est le bond en avant technologique. La concentration s’impose : on passe ainsi de mille six cent cinquante exploitations spécialisées en 1975 à six cents aujourd’hui, la taille moyenne de chacune dépassant les vingt hectares. Mais la croissance du marché, ainsi que les progrès techniques, ne sont pas forcément synonymes de qualité, bien au contraire. Le consommateur réagit à cette détérioration, à commencer par les Nantais. Et le mal est fait. La moitié des membres d’un panel constitué pour cet article (2) a déclaré ne pas boire de muscadet, dont 29 % pour des raisons de santé : douleurs à l’estomac, maux de tête, de cœur, coliques, traitements incompatibles. Ils étaient 18 % à considérer le muscadet comme un “vin de comptoir”. Rejet du vin d’antan ou de celui d’aujourd’hui ? Dans les années 1990, la crise de surproduction et son plan d’arrachage en corollaire ont réajusté la production à la consommation. Avec l’urbanisation et la tendance à boire moins, mais mieux, les vignerons travaillent désormais sur la qualité.</p><p><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/muscadet3.jpg"><img
class="alignleft size-full wp-image-1959 colorbox-1955" title="muscadet3" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/muscadet3.jpg" alt="muscadet3" width="290" height="181" /></a></p><p><strong>Des vignes sous haute surveillance</strong></p><p
style="text-align: justify;">Jean-Louis Brosseau, à la veille de prendre sa retraite, est conseiller viticole à la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique depuis 1972. “Les herbicides sont apparus dans le vignoble il y a trente ans, en partie parce que les viticulteurs se sont aperçus que les vignes gelaient moins facilement et que les blessures étaient moins nombreuses, explique-t-il. Cela a duré au moins jusqu’en 2000. Ensuite, il a fallu reconnaître la dégradation de la qualité de l’eau et chercher des solutions. Pour ralentir l’écoulement des eaux, piéger les polluants, presque tous les exploitants ont alors enherbé les tournières (3), il y a une dizaine d’années.” Les herbicides résiduaires ont ainsi été fortement réduits au profit des herbicides foliaires, qui ne restent pas dans le sol. Enfin, depuis 2004, le programme Vign’Sol permet d’expérimenter l’abandon des herbicides sur quatre terroirs différents pour observer les évolutions. Quant aux pesticides, dix stations météo sont aujourd’hui réparties dans l’aire d’appellation. “Cent soixante-quinze viticulteurs font partie du réseau Ariane, créé à la fin des années 1990, poursuit Jean-Louis Brosseau. Comme les conseillers viticoles, ils transmettent leurs observations et reçoivent des informations hebdomadaires. D’un traitement préventif systématique, on est passé à un traitement en cas de risques. En quarante ans, le nombre de traitements a ainsi été divisé par deux.”</p><p
style="text-align: justify;">Côté vendanges, en 1985, la Chambre d’agriculture a mis en place un réseau de surveillance de la qualité des raisins. Les contrôles de maturité sont diffusés gratuitement à tous les vignerons qui le souhaitent. C’est sur cette base que l’Institut national des appellations d’origine (Inao) propose au préfet le ban des vendanges (4). Cette date est en effet capitale. “Plus le raisin est mûr, moins il est acide, plus le vin a d’arômes”, explique Anne Athimon. Avec sa sœur et son gendre, elle dirige le domaine familial et multiséculaire des Génaudières, qui surplombe la Loire, au Cellier. Côté mécanisation, les deux premières machines à vendanger sont apparues dans le vignoble nantais en 1979. Quatre ans plus tard, on en comptait cinquante-trois. Aujourd’hui, 90 % des vignes sont vendangées mécaniquement. Jean-Louis Brosseau avoue ne pas pouvoir différencier deux vins issus de la même parcelle, vendangé à la main ou mécaniquement. “Un très bon vigneron qui fait de la vendange mécanique fera mieux qu’un mauvais vigneron en vendange manuelle. La machine à vendanger doit avancer lentement, le raisin doit être pressé tout de suite.”</p><p><strong>Retour à la qualité</strong></p><p
style="text-align: justify;">Le rendement, qui dépend étroitement de la conduite de la vigne, est un élément déterminant pour la qualité du vin. Quand on fait “pisser la vigne”, le raisin est peu concentré et le vin obtenu n’a pas beaucoup de matière. Pour contrôler le rendement, certains viticulteurs taillent désormais plus court et reviennent, après une période de désherbage tous azimuts, à un enherbement maîtrisé de leurs vignes (labour, désherbage thermique). Ils pratiquent ce que l’on appelle les “vendanges en vert” qui permettent, en diminuant le nombre de grappes par cep, de concentrer les arômes. Bien que les rendements autorisés aillent de 55 à 65 hectolitres par hectares, ces viticulteurs se limitent de 40 à 45 hectolitres par hectare. Dans le verre, cela se traduit d’emblée par une couleur plus soutenue. Joseph Landron, à la tête du domaine familial de La Louvèterie, qui couvre trente-six hectares à La Haye-Fouassière, berceau du muscadet, considère que la course au rendement pour produire des vins de consommation courante n’est plus d’actualité : “Chercher à produire 70 hectolitres par hectares, c’est plomber le vignoble. Les producteurs de vin de masse n’ont plus leur place en France : on sera toujours trop cher.” La qualité se niche, elle aussi, dans les détails. Par exemple, grâce à l’effeuillage, le vigneron cherche à aérer davantage la grappe, ce qui donne une expression aromatique plus intense.</p><p
style="text-align: justify;">Les progrès réalisés dans le vignoble nantais sont également liés à l’élévation du niveau d’études. “Les vignerons connaissent leur sous-sol comme leurs parents ou grands-parents ne l’ont jamais connu et cela ne coûte pas cher, affirme le directeur d’Interloire. Ils sont davantage capables de caractériser leurs vins”. Le résultat se voit dès l’étiquette ou la contre-étiquette : on voit fleurir les cuvées “géologiques” (granite, amphibolite, serpentinite, schiste), autrement dit des vins issus de parcelles sélectionnées. Le muscadet se découvre des terroirs et les valorise. Pierre-Marie Luneau, associé à son père, Pierre Luneau, à la tête d’un domaine de cinquante hectares au Landreau, ne voit pas que des inconvénients au parcellaire très morcelé de l’exploitation : “Nous avons différents terroirs et expositions, donc différentes cuvées.” À La Louvèterie, Joseph Landron explique que “les vins s’apprécient par comparaison et par différence.” Si son Fief du Breil donne des vins typés (minéraux, fruités et fumés), toujours bons, quels que soient les millésimes, c’est parce qu’il y a un vrai terroir : “Des parcelles en pente, exposées plein sud, sur orthogneiss et quartz, une fraîcheur qui, par temps de brouillard, monte de la Sèvre nantaise toute proche. Il n’y a fondamentalement pas de mauvais millésimes sur un bon terroir.”</p><p
style="text-align: justify;">La qualité à la vigne peut aussi se mesurer à travers l’engagement des viticulteurs dans des démarches certifiées : si Guy Bossard, du domaine de l’Ecu, au Landreau, qui pratique l’agriculture biologique depuis 1975 et la biodynamie depuis 1996, fait figure de pionnier et de maître incontesté, ils sont aujourd’hui neuf à l’avoir rejoint. Joseph Landron en fait partie : “Le point de départ, c’était en 1987, lorsque j’ai vu des jeunes vignes de moins de dix ans stressées par la chimie, se souvient-il. Après dix à douze passages de tracteur, l’interrang n’est plus utilisable par la vigne qui ne se développe plus en surface. En bio, j’augmente la profondeur du sol utile à la plante. J’ai quand même mis cinq à sept ans pour retrouver un sol intéressant. Le résultat, ce sont des vins plus minéraux qui magnifient le sous-sol.”</p><p
style="text-align: justify;">Par ailleurs, même si cela reste dans le cadre de l’agriculture conventionnelle, quarante exploitants sont engagés dans la démarche Terra Vitis, qui prône une viticulture raisonnée. “Les bios ne progressent plus, analyse Jean-Louis Brosseau, même si beaucoup voudraient revenir à des labours et abandonner les herbicides qui coûtent cher, car le prix de la bouteille de muscadet est trop bas.” Serge Batard, en conversion en bio, passait une heure pour désherber un hectare de vigne ; il en passe aujourd’hui huit pour les labourer. S’y ajoutent des rendements dérisoires en 2008, notamment à cause du gel de printemps, qui leur ont fait perdre de précieux marchés. D’autres, comme Joseph Landron, estiment que le bio intéresse les jeunes viticulteurs. “Après la guerre, la génération de mes parents a été productiviste, elle avait peur de manquer. Le vin se vendait bien. Aujourd’hui, j’ai des copains prêts à aller en bio, mais qui n’ont pas franchi le pas pour l’instant, par peur de perdre leur récolte.”</p><p
style="text-align: justify;">Certains exploitants du pays nantais ont déjà poussé très loin leur démarche et s’intéressent au milieu dans lequel s’insère la vigne. Au Landreau, Guy Bossard évoque fièrement le relevé floristique effectué par Pierre Dupont, un botaniste qui a dénombré pas moins de cent quatre-vingt-quatre espèces de plantes différentes, dans et à proximité immédiate de ses vignes. Joseph Landron suit la même logique. “Il faut réimplanter des prairies et des haies pour limiter les effets du vent, favoriser la faune auxiliaire. Des bandes fleuries, à gibier, sont de bonnes mesures compensant l’absence d’herbe dans les rangs. Il faudrait intégrer un ratio dans l’exploitation : 3 %, par exemple, de la surface non plantée en vigne.”</p><p><strong>La vinification</strong></p><p
style="text-align: justify;">Agriculteur en premier lieu, le vigneron est aussi vinificateur. De la maîtrise des techniques et des additifs dépendra la qualité de ses vins. À tout seigneur tout honneur, il faut d’abord évoquer la technique de vinification sur lie, particulière au muscadet : “Au milieu du siècle dernier, un vigneron avait exceptionnellement gardé une barrique pour le mariage de sa fille jusqu’au printemps. Et l’on s’est aperçu que c’était meilleur”, explique Jean-Louis Brosseau. Depuis, la vinification sur lie, c’est-à-dire la conservation des dépôts (potasse, acide tartrique, levures, etc.) pendant l’élevage, a été réglementée. Pour recevoir la mention “sur lie”, un vin ne doit être embouteillé qu’entre le 1er mars et le 30 novembre qui suit la vendange, soit six à quatorze mois plus tard. Pour améliorer encore la technique, des vignerons pratiquent des “bâtonnages” afin de remonter les lies en surface et redonner du gras au vin.</p><p
style="text-align: justify;">Autre facteur de qualité, le rôle primordial joué par la maîtrise des températures de fermentation autour de 20 °C a été démontré par la société d’intérêt collectif agricole et de recherche expérimentale (Sicarex), créée dans le vignoble nantais en 1979. “Cela a changé le muscadet, explique Jean-Louis Brosseau. Il est devenu moins acide, car vendangé plus mûr, et plus aromatique, même si les arômes sont discrets.”</p><p
style="text-align: justify;">Et le soufre ? C’est lui qui, en excès, donne des maux de tête. Il se décèle à l’odeur et au picotement dans la gorge. En fait, le vigneron ne peut quasiment pas s’en passer pour lutter contre l’oxydation, de la fermentation à la mise en bouteille. “Dans le passé, le soufre était mis à la louche (150 mg/l de soufre au total, soit 60 mg de soufre libre), aujourd’hui, on le met à la petite cuillère (80-90 mg/l de soufre total, soit 30 mg de soufre libre)”, explique Jean-Louis Brosseau. Cela est devenu possible grâce aux progrès de l’hygiène, au développement des caves souterraines plus fraîches et à la maîtrise des conditions de filtration.</p><p
style="text-align: justify;">Les levures essentielles à la fermentation jouent aussi un grand rôle sur le plan aromatique. Pour mieux maîtriser la fermentation, les vignerons ont d’abord utilisé des levures indigènes séchées, lyophilisées, puis sont passés, il y a une vingtaine d’années, à des levures commerciales souvent aromatisées. “Aujourd’hui, on revient à des levures qui permettent la dégradation des sucres sans modifier les arômes”, estime Jean-Louis Brosseau. L’auteur de cet article a cependant récemment pu mesurer le chemin qui reste à faire en constatant qu’un muscadet millésimé que lui a fièrement proposé de déguster un vigneron était levuré à l’excès (6). Les arômes sont parfois plus discrets, mais encore perceptibles. Les vins n’utilisant que les levures indigènes ont des arômes moins floraux, plus fruités et plus discrets en intensité.</p><p
style="text-align: justify;">Certains vignerons cherchent désormais à intervenir le moins possible, “pour respecter le raisin et son origine”, explique Serge Batard, vigneron à Saint-Léger-des-Vignes, en Côtes de Grandlieu. Il pousse cette logique à son maximum : “Une parcelle, une cuve, une mise en bouteille. Par exemple, le Domaine Les Granges provient uniquement de la parcelle Les Granges ; il est vinifié dans une seule cuve, la numéro 5 et mis en bouteille en une fois”. Dans ce cas, les autres cuvées domaniales reflètent moins un terroir particulier que le niveau moyen de l’exploitation : on vinifie séparément les parcelles et on assemble à la fin de façon à obtenir un niveau qualitatif relativement constant d’une année sur l’autre.</p><p
style="text-align: justify;">Enfin, pour travailler la qualité, s’il n’existe pas à proprement parler de vinification biologique (le vin bio est en fait un vin issu de raisins produits en agriculture biologique), il y a bel et bien une charte de vinification de la fédération nationale interprofessionnelle des vins d’agriculture biologique, qui vise à “éliminer tous les additifs œnologiques qui ne sont pas issus de l’agriculture biologique ou qui ne sont pas certifiés non-ogm”, explique Joseph Landron.</p><p><strong>Des vignerons devenus chercheurs</strong></p><p
style="text-align: justify;">Dans le caveau joliment aménagé en pierre de pays du domaine de l’Ecu, au Landreau, on déguste bien sûr en compagnie d’Annie Bossard qui défend haut, fort et avec justesse les couleurs du vin de son mari, mais on trouve aussi en consultation les meilleurs ouvrages, guides et revues sur le vin, une collection de bouteilles de vignerons bios et bien d’autres choses encore. Serge Batard a, quant à lui, été caviste pendant six ans avant de reprendre l’exploitation familiale : “Cela m’a permis de connaître d’autres vignerons et d’autres manières”. Dans la jeune génération, cela paraît incontournable : Pierre-Marie Luneau, 29 ans, a fait un bts de viticulture à Bordeaux avant de s’associer à son père. Il a fait ses classes dans de grandes maisons dans le Médoc, le Sancerre, le Languedoc et en Australie. Il en est revenu avec des idées qui n’ont visiblement pas heurté son père, notamment la répartition des tâches à la vigne comme à la cave.</p><p
style="text-align: justify;">Certains vignerons sont toujours prompts à expérimenter. Ainsi, Serge Batard est-il précurseur lorsqu’en 1985, plutôt que d’assembler des parcelles de tous âges, il se lance dans l’élevage de l’un de ses clos de vieilles vignes et qu’il utilise des barriques de chêne neuf plutôt que des foudres usagers ou des cuves enterrées. À partir de 2005, il se lance dans l’élevage de la même parcelle, mais en cuve enterrée et sur neuf mois. Sur le terrain de l’élevage long, d’autres l’ont cependant précédé. Le domaine Luneau-Papin (dès 1976) ou André-Michel Brégeon, à Gorges, réalisent des élevages encore plus longs qui vont jusqu’à deux, trois, voire cinq ans. Certains vignerons ont aussi adopté, après la fermentation alcoolique, une seconde fermentation appelée malolactique, jusque-là jamais pratiquée en vignoble nantais et qui assouplit le vin, lui fait perdre de l’acidité. Cette technique est toujours couplée à un élevage long. Elle donne du gras et un côté “beurré” au muscadet. D’autres essayent de se passer de soufre, tel Joseph Landron avec sa cuvée “Melonix” : “Il s’agit d’évaluer les risques qu’on encourt, sans l’emploi de soufre, à la vinification”. La qualité est enfin une philosophie. Anne Athimon parle d’éthique quand elle évoque l’enherbement commencé il y a deux ans, l’adoption de méthodes biologiques pour la première fois cette année, après une démarche de lutte raisonnée.</p><p><strong>Des efforts vendangés ?</strong></p><p
style="text-align: justify;">Les clients resteraient-ils insensibles aux efforts considérables déployés par les vignerons du muscadet ? Toujours selon notre enquête, les Nantais sont aujourd’hui 47 % à déclarer que le muscadet constitue une bonne appellation, contre 18 % à dire que c’est un vin de comptoir et 29 % à le considérer comme une appellation où se côtoient des vins très bons ou très médiocres. Ils sont 60 % à en consommer une à cinq bouteilles par an, 14 % six à dix bouteilles, 23 % onze à vingt-cinq et 3 % plus de vingt-cinq.</p><p
style="text-align: justify;">Pour que leurs efforts soient reconnus, dès 1999, certains vignerons se sont engagés dans une démarche de qualité. Il s’agit de promouvoir des muscadets d’excellence (crus communaux) sur des terroirs différenciés (granite de Clisson, Gorgeois, rubis de la Sanguèze, schiste de Goulaine) grâce à un cahier des charges rigoureux : rendements limités à 42 hl / ha, minimum de vingt mois d’élevage sur lie, prix minimum de sept ou huit euros, etc. Au final, on obtient des muscadets qui ont une couleur dorée, du gras, de la puissance, des arômes nets de fruits confits, d’acacia, de miel, de beurre ; des muscadets à boire cinq, dix, voire cinquante ans plus tard ! Cette démarche trouve un écho, selon Emmanuel Torlasco, auprès d’une clientèle qui “atomise sa consommation et ses achats”. La demande de la restauration nantaise anticipe d’ailleurs, selon lui, la demande des particuliers. Mais pour officialiser les crus communaux, c’est-à-dire obtenir le droit de le mentionner sur l’étiquette, il reste à passer entre les fourches caudines de l’Inao : éprouver différentes années climatiques, faire reconnaître des pratiques similaires. Jean-Louis Brosseau et Emmanuel Torlasco espèrent voir la démarche aboutir pour 2015. Les précurseurs et la quarantaine de viticulteurs produisant déjà des crus communaux trouvent le temps bien long et déplorent le paradoxe d’un muscadet qui, au-delà de quatorze mois d’élevage sur lie, n’a pas le droit à la mention “sur lie”, alors qu’il s’agit d’un “super sur lie”. De là à penser que certains producteurs moins talentueux souhaitent que la procédure s’éternise et qu’on s’en tienne au muscadet classique…</p><p
style="text-align: justify;">Les muscadets issus de la démarche communale représentent aujourd’hui 6 à 8 % de la production. Le grand public les connaît encore peu, comme l’illustre notre enquête : seuls 26 % déclarent boire des muscadets de garde (millésimes de plus de trois ans). Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde en 2000, avoue avoir peu de demandes spontanées de muscadets dans son “Bistrot du sommelier”. Et pourtant, Robert Pujol, œnologue nantais proposant des stages et des cours, explique “qu’à chaque fois que l’on emmène quelqu’un dans le vignoble goûter des muscadets accompagnés de toasts ou réductions qui s’accordent bien avec la cuvée, la personne repart séduite. La difficulté est de transposer ces expériences individuelles à une image plus valorisante de l’ensemble de l’appellation.” Encore un peu de patience… !</p><p><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/hermine.jpg"><img
class="alignleft size-full wp-image-1966 colorbox-1955" title="hermine" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/hermine.jpg" alt="hermine" width="329" height="272" /></a></p><p><strong>Un vignoble breton avant d’être ligérien</strong></p><p
style="text-align: justify;">Lorsque l’interprofession des vins de Loire, Interloire, a décidé de faire figurer dans ses documents de communication le vignoble nantais en Val-de-Loire, nombre d’associations culturelles et politiques bretonnes, ainsi que des particuliers, dont certains vignerons, ont tenu à rappeler l’identité bretonne du vignoble du muscadet. Comme le souligne Emmanuel Torlasco, “les vins bretons n’ont pas d’existence sur le plan réglementaire”, le melon de Bourgogne ne vient pas de Bretagne et si le vignoble comporte aussi quelques communes angevines ou vendéennes. C’est l’argument commercial qui a été décisif dans la volonté de rattacher le vignoble nantais à son prestigieux voisin du Val-de-Loire, davantage que celle d’évincer la Bretagne. Et tant pis si le Val-de-Loire s’arrête bien en amont, à Chalonnes (Maine-et-Loire) comme l’a confirmé l’Unesco dans son classement. C’est aussi la suite logique de la fusion de l’ancien comité interprofessionnel des vins de Nantes avec son voisin Interloire en 2008, qui visait aussi une mutualisation des moyens et des actions.</p><p
style="text-align: justify;">Pourtant, géologiquement, le muscadet est bien dans le massif armoricain : le sous-sol n’est plus calcaire comme en amont, mais granitique, schisteux, sableux. Il y a aussi une barrière des cépages et donc des vins : melon de Bourgogne et Folle blanche exclusivement en vignoble nantais et donc surtout du vin blanc ; cabernets et pinot noir pour les vins rouges, sauvignon et chenin pour les vins blancs en Val-de-Loire. La proximité de l’océan nous rattache bien sûr à la Bretagne davantage qu’à la Loire. Elle explique la quasi-absence de vins moelleux contrairement au Val-de-Loire, le climat n’étant pas optimal pour récolter des raisins surmûris (trop tempéré et pluviométrie trop élevée). L’océan, c’est aussi l’accord traditionnel avec les fruits de mer et le poisson. Et enfin, comme le montre notre enquête, les Nantais sont attachés à leur vin… comme à leur Bretagne.</p><p
style="text-align: justify;">C’est aussi le cas de nombreux professionnels. On peut citer des vignerons très engagés comme Alan Coraud, par ailleurs maire de la Remaudière, dont les vins affichent clairement leur identité sur l’étiquette. Plusieurs vignerons sont par ailleurs membres de l’association Produit en Bretagne, dont les frères Drouet, à la Chapelle-Heulin, Alexis Sauvion ou encore les vignerons de la Noëlle à Ancenis. Il faut aussi évoquer l’hermine d’or qui orne les collerettes de Muscadets haut de gamme depuis… les années 1960 ! Joseph Landron explique que cette distinction - hautement symbolique - “a été créée par le groupement Louis Métaireau et ses vignerons d’art, dont faisaient partie mon père et quelques autres vignerons pour identifier les vins fins avec un potentiel de garde, à une époque où la segmentation n’existait pas”. Selon lui, l’hermine d’or était à l’époque utilisée sur d’autres produits bretons de qualité et fut donc naturellement associée aux muscadets. Pour en bénéficier, il fallait obtenir plus de 15/20 lors d’une dégustation à l’aveugle. C’est selon lui l’émergence d’une région Pays-de-la-Loire (renforcée par création du conseil régional en 1972) qui explique que l’hermine d’or n’a pas acquis un caractère officiel et ne se soit pas généralisée. “Elle reste cependant une marque collective de référence utilisée par l’association de l’hermine d’or qui regroupe cinq vignerons, précise Jospeh Landron. L’agrément se fait toujours en dégustation à l’aveugle : les vins retenus sont amples et de garde, souvent le reflet d’un terroir bien identifié.” Aujourd’hui encore, l’association entre le Muscadet et la Bretagne, à travers l’hermine d’or, permet souvent de repérer de bons muscadets, dont ceux du domaine de l’Ecu, de Luneau-Papin, du Patis des Vignes (Christophe Hallereau), des Gautronières (Alain Forget) ou encore le domaine des Dorices des frères Bouillault. Le muscadet breton est donc plus vivant que jamais. Pour le marquis Robert de Goulaine : “Il est à la Bretagne ce que la Côte d’Azur est à la France : la porte du soleil”.</p><p
style="text-align: justify;"><strong>Frédéric Ville</strong></p><p
style="text-align: justify;"><p
style="text-align: justify;"><strong>Retrouver cette enquête, complétée par des encadrés et de nombreux autres articles dans le numéro 173 d'ArMen, disponible en ligne :<div
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class="list details"><h4 class="name"><a
href="http://www.armen.net/boutique/armen-n173/">ArMen N173 </a></h4><p><ul><li>De la pêche au comptoir, les coop maritimes</li><li> Landévennec, quinze siècles d&#8217;aventure spirituelle</li><li> Serge Picard, un portraitiste qui questionne</li><li> Muscadet, les fruits du succès</li><li>Mouez Breiz et les premiers disques bretons</li><li>Maurice Chabas, peintre de la lumière</li></ul></p><p
class="price">€10.00</p><p></p><form
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isPermaLink="false">http://www.armen.net/?p=834</guid> <description><![CDATA[Si dans le monde, la production de biodiesel peut faire appel à une grande variété de graines oléagineuses (colza, tourne­sol, soja, palmier à huile…), tel n’est pas le cas en Bretagne où, à l’exception de quelques terroirs favorables au tournesol (Loire-Atlantique, sud Morbihan et sud Ille-et-Vilaine), on uti­lise essentiellement du colza, dont la culture est ]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p
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class="wp-caption-text">La fleur de colza.</p></div><p>Si dans le monde, la production de biodiesel peut faire appel à une grande variété de graines oléagineuses (colza, tourne­sol, soja, palmier à huile…), tel n’est pas le cas en Bretagne où, à l’exception de quelques terroirs favorables au tournesol (Loire-Atlantique, sud Morbihan et sud Ille-et-Vilaine), on uti­lise essentiellement du colza, dont la culture est bien adaptée au climat et aux sols. Pratiquement inconnu jusque dans les années 1980, cet oléagineux, dont le jaune étincelant illumine les paysages lors de la floraison en avril-mai, a fait une percée significative depuis trois ans : 41 000 hectares de colza ont été semés en 2008, contre 30 000 en 2005. “Les perspectives de développement des biocarburants, et le souci croissant de l’autonomie énergétique sur les exploitations ont incité davan­tage d’agriculteurs de la région à miser sur cette culture, dont l’intérêt est aussi d’allonger et de diversifier les rotations”, expli­que Jean Raimbault, du Centre technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains (Cetiom), à Rennes. Bénéficiant d’un double débouché (huile alimentaire et carburant), les graines de colza intéressent beaucoup les coopératives et négociants régionaux qui cherchent à garantir leur approvisionnement par</p><p
style="text-align: justify;">la mise en place de contrats auprès des agriculteurs. La mise en route de l’usine de Montoir va en toute logique fortement stimuler l’utilisation de colza régional. Si cette culture n’est pas à proprement parler écologique (elle se fait presque toujours en agriculture convention­nelle avec engrais et pesticides), elle présente néanmoins quelques atouts environnementaux solides. D’aucuns la qualifient de “pompe à nitrates”. Implanté à la fin de l’été, le colza profite des températures douces et de l’humidité de l’automne pour se développer, “piégeant” dans ses raci­nes et son feuillage l’azote présent dans le sol, réduisant d’autant les risques de pollutions par les nitrates. Même si cette production est réputée technique et assez gourmande en temps de travail et qu’il n’est pas souhaitable d’un point de vue agronomique de la faire revenir sur une même par­celle avant quatre, voire cinq ans, elle est néanmoins appe­lée à se développer davantage dans la région, notamment, selon Jean Raimbault, “en raison de l’agrandissement des exploitations d’élevage qui va continuer à libérer des surfa­ces pour les cultures de vente, dont le colza”.</p><p
style="text-align: justify;">Jean-Martial Poupeau. © Jean-Martial Poupeau. ArMen 2009.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.armen.net/2009/07/enquetes/le-colza-une-plante-indispensable-2/feed/</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>La baisse des cours du pétrole et les agrocarburants</title><link>http://www.armen.net/2009/07/enquetes/la-baisse-des-cours-ne-remet-pas-en-cause-l%e2%80%99interet-de-l%e2%80%99huile-vegetale-pure/</link> <comments>http://www.armen.net/2009/07/enquetes/la-baisse-des-cours-ne-remet-pas-en-cause-l%e2%80%99interet-de-l%e2%80%99huile-vegetale-pure/#comments</comments> <pubDate>Tue, 21 Jul 2009 09:32:58 +0000</pubDate> <dc:creator>yann</dc:creator> <category><![CDATA[Enquêtes]]></category> <category><![CDATA[Interviews]]></category> <category><![CDATA[agriculture]]></category> <category><![CDATA[agrocarburants]]></category> <category><![CDATA[Bretagne]]></category> <category><![CDATA[cumas]]></category> <category><![CDATA[fédération régionale des cumas]]></category> <category><![CDATA[Sylvain Judeaux]]></category><guid
isPermaLink="false">http://www.armen.net/?p=643</guid> <description><![CDATA[Chargé de mission à la Fédération régionale des Cuma, à Rennes, Sylvain Judeaux a suivi le développement de la fabrication d'huile végétale pure (HVP) dans la région. Il livre ici ses principales conclusions. Pouvez-vous dresser un état des lieux de la fabrication d’HVP dans la région ? En dehors de quelques équipements individuels dont nous ]]></description> <content:encoded><![CDATA[<div
id="attachment_807" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a
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class="size-medium wp-image-807 colorbox-643" title="10-POUPEAU-SYLVAIN-JUDEAUX" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/10-POUPEAU-SYLVAIN-JUDEAUX-300x225.jpg" alt="10-POUPEAU-SYLVAIN-JUDEAUX" width="300" height="225" /></a><p
class="wp-caption-text">Sylvain Judeaux. Photo : © Jean-Martial Poupeau</p></div><p
style="text-align: justify;"><strong>Chargé de mission à la Fédération régionale des Cuma, à Rennes, Sylvain Judeaux a suivi le développement de la fabrication d'huile végétale pure (HVP) dans la région. Il livre ici ses principales conclusions. </strong></p><p
style="text-align: justify;"><strong>Pouvez-vous dresser un état des lieux de la fabrication d’HVP dans la région ?</strong><br
/> En dehors de quelques équipements individuels dont nous n’avons pas connaissance, la dimension collec­tive est presque systématique pour produire de l’HVP en raison des inves­tissements élevés : équipements de stockage des graines, presse à huile, matériels de décantation et filtration, cuve de stockage de l’huile… On recense à ce jour neuf unités collec­tives de fabrication d’ HVP et autant de Cuma impliquées. Au total, elles réunissent environ cent cinquante agriculteurs et pressent mille tonnes de graines, du colza essentiellement, qui donnent environ 350 000 litres d’huile et 650 tonnes de tourteaux appelés “fermiers”. La plupart de ces projets ont vu le jour vers 2005-2006. Ils ont coïncidé avec la flambée des cours du pétrole, qui a poussé cer­tains producteurs à vouloir remplacer le gazole par de l’huile produite sur la ferme, en autoconsommation. Ces producteurs, pour la plupart éleveurs, ont aussi cherché à valoriser les tourteaux issus du pressage des grai­nes dans une logique de meilleure traçabilité et de substitution au soja importé.</p><p
style="text-align: justify;"><strong>Quelles sont les utilisations les plus fréquentes de l’huile et des tour­teaux ?</strong><br
/> L’utilisation des tourteaux “fermiers” convient très bien à l’engraissement des bovins ainsi qu’à la production de lait, sous réserve d’en limiter l’incorporation dans les rations, car ils sont plus gras que les tourteaux importés. En ce qui concerne l’huile, certains l’utilisent dans des chau­dières, mais cela exige une certaine technicité. L’utilisation la plus fré­quente de l’huile est de servir de car­burant, comme la réglementation le permet, dans les moteurs des engins agricoles. Après décantation et filtra­tion de l’huile, celle-ci est mélangée au gazole dans les moteurs des trac­teurs, généralement à 30 % voire 50 %. À ce niveau, il n’y a aucun effet négatif sur les performances des tracteurs et l’état des moteurs, comme le prouvent de nombreuses expérimentations, menées notam­ment en Allemagne. Les premiers moteurs inventés par Rudolf Diesel fonctionnaient avec de l’huile de lin ou d’arachide et Peugeot dans les années 1920 testait déjà l’utilisation de l’huile végétale dans ses moteurs. Quelques agriculteurs, très minoritai­res, ont choisi d’aller plus loin dans cette logique de remplacement du gazole en équipant leurs tracteurs de kits de bicarburation. Ces dispositifs, qui permettent de faire marcher le moteur avec presque 100 % d’huile, consistent à doubler le circuit d’ali­mentation : un pour le gazole au démarrage et un pour l’HVP. Lorsque l’huile, beaucoup plus visqueuse que le gazole, a été suffisamment réchauf­fée, elle est injectée dans le moteur à la place du gazole. Mais le prix de cet équipement, qui varie générale­ment entre 1000 et 2000 euros, est un frein à son utilisation.</p><p
style="text-align: justify;"><strong>À l’heure de la baisse du prix du gazole, l’intérêt pour l’HVP se main-tient-il toujours ?</strong><br
/> On constate effectivement que l’en­thousiasme du départ est quelque peu retombé. Avec un prix de revient compris entre 0,4 et 0,6 euro par litre, l’HVP n’est guère compétitive quand aujourd’hui, le gazole coûte environ 0,50 euro le litre. La plu­part des CUMA n’enregistrent d’ailleurs plus de nouveaux adhérents, mais elles parviennent quand même à maintenir les volumes pressés : peu d’agriculteurs se sont découragés, car pour la plupart, le plus important dans les HVP, ce n’est pas l’huile mais les tourteaux !</p><p
style="text-align: justify;">Interview réalisée par Jean-Martial Poupeau. © ArMen 2009.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.armen.net/2009/07/enquetes/la-baisse-des-cours-ne-remet-pas-en-cause-l%e2%80%99interet-de-l%e2%80%99huile-vegetale-pure/feed/</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>Agrocarburants : un atout pour la Bretagne ?</title><link>http://www.armen.net/2009/07/enquetes/agrocarburants-un-atout-pour-la-bretagne/</link> <comments>http://www.armen.net/2009/07/enquetes/agrocarburants-un-atout-pour-la-bretagne/#comments</comments> <pubDate>Mon, 20 Jul 2009 17:03:16 +0000</pubDate> <dc:creator>yann</dc:creator> <category><![CDATA[Enquêtes]]></category> <category><![CDATA[Environnement]]></category> <category><![CDATA[agrocarburants]]></category> <category><![CDATA[bretagne écologie]]></category> <category><![CDATA[colza]]></category> <category><![CDATA[cours du pétrole]]></category> <category><![CDATA[huile végétale]]></category><guid
isPermaLink="false">http://www.armen.net/?p=633</guid> <description><![CDATA[De nombreux projets de production d’agrocarburants ont vu le jour ces dernières années en Bretagne. Portés par la volonté de réduire notre dépendance au pétrole, mais aussi de créer des emplois et de donner plus d’autonomie au secteur agricole, ils se veulent aussi plus respectueux de l’environnement. La disparition inéluctable des ressources pétrolières, annoncée pour ]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p
style="text-align: justify;"><script type="text/javascript"></script> <strong>De nombreux projets de production d’agrocarburants ont vu le jour ces dernières années en Bretagne. Portés par la volonté de réduire notre dépendance au pétrole, mais aussi de créer des emplois et de donner plus d’autonomie au secteur agricole, ils se veulent aussi plus respectueux de l’environnement.</strong></p><p
style="text-align: justify;"><div
id="attachment_708" class="wp-caption alignnone" style="width: 453px"><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/2B-Diester-Quimper-Co-3.jpg"><img
class="size-full wp-image-708 colorbox-633" title="2B-Diester Quimper Co 3" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/2B-Diester-Quimper-Co-3.jpg" alt="Bus au Diester de la Ville de Quimper. ©Lionel Flageur/Quimper Communauté." width="443" height="294" /></a><p
class="wp-caption-text">Bus roulant au Diester de la ville de Quimper. ©Lionel Flageul/Quimper Communauté.</p></div><p
style="text-align: justify;">La disparition inéluctable des ressources pétrolières, annoncée pour le milieu du siècle, ainsi que la flambée des cours du pétrole et la volonté de lutter contre l’effet de serre ont contribué ces cinq dernières années à un essor consi­dérable de la production française de carburants d’origine agricole, les agrocarburants, encore appelés bio­carburants. En septembre 2004, le gouvernement Raffarin a donné son aval à un plan visant à tripler leur production en trois ans, à travers la création de quatre nouvelles usines. En mars 2007, l’Union européenne a décidé de porter à 10 % la part d’incorporation des agrocarburants dans les carburants fossiles d’ici à 2020. La France, qui s’est voulue plus ambitieuse, a fixé cet objectif à 2015 (5,75 % en 2008 et 7 % en 2010). Enfin, en décembre 2008, l’adoption du paquet “énergie-cli­mat” par l’ensemble des pays de l’Union européenne, dont la France, a confirmé l’impulsion donnée aux énergies renouvelables et donc indirectement, aux agrocarburants. Ces derniers, qui sont produits à partir de plantes, sont considérés comme des énergies renouvela­ bles. Contrairement au pétrole, ils sont a priori neutres vis-à-vis du réchauffement climatique, car lors de leur cycle végétatif, les plantes séquestrent le gaz carbonique de l’atmosphère dans leurs tissus, puis le restituent lorsque l’on brûle les carburants qu’elles ont permis de produire. Selon les conclusions de l’étude “EcoBilan” commandée en 2002 par l’Ademe (1) au cabinet PricewaterhouseCoopers, l’utilisa­tion des agrocarburants contribue à diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 75 à 85 % selon les filières par rapport à l’utilisa­tion d’essence et de gazole. Même si on lui a reproché depuis son caractère partisan – le “lobby céréa­lier” s’en est servi comme caution scientifique pour vanter les mérites des agrocarburants industriels –, cette étude a néanmoins impulsé la construction de nombreuses usines de biocarburants.</p><div
id="attachment_709" class="wp-caption alignright" style="width: 323px"><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/4-DIESTER-IMG_8310_recadré.jpg"><img
class="size-full wp-image-709 colorbox-633" title="4-DIESTER-IMG_8310_recadré" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/4-DIESTER-IMG_8310_recadré.jpg" alt="4-DIESTER-IMG_8310_recadré" width="313" height="464" /></a><p
class="wp-caption-text">Usine Diester Industrie de Montoire de Bretagne. © DR</p></div><p
style="text-align: justify;"><strong>La première génération</strong><br
/> À ce jour, les agrocarburants dis­ponibles sont tous issus de grai­nes de plantes cultivées : on les qualifie d’agrocarburants de pre­mière génération. On peut les pro­duire soit à partir de céréales (blé, maïs…), de betterave ou de graines d’oléagineux. On utilise leur ami­don ou leur saccharose, que l’on transforme en carburants par un processus de réactions chimiques. Le carburant obtenu, de l’éthanol, vient alors compléter ou rempla­cer l’essence dans les moteurs à essence. L’éthanol connaît depuis quelques années un grand succès au Brésil – où près de sept millions de voitures (modèles “flexfuel”) rou­lent déjà avec un mélange éthanol-essence obtenu à partir de canne à sucre –, mais aussi aux usa, où l’on utilise le maïs. En France, même si des constructeurs tels que Ford, Peugeot, Citroën ou Renault en fabriquent, rares sont les automo­bilistes qui ont été séduits par les voitures “flex-fuel”. La faute à une production d’éthanol très limitée et à un réseau de distribution encore balbutiant : aujourd’hui, malgré les promesses des distributeurs de carburant – mille cinq cents pom­pes devaient être installées à la fin 2008 –, à peine plus de trois cents pompes, dont quatorze seulement dans toute la Bretagne, distribuent de l’éthanol, en fait un mélange de 85 % d’éthanol et 15 % d’essence sans plomb appelé e85. Et la mise en vente depuis le printemps 2009 d’un nouveau carburant, le e10, mélange de 10 % d’éthanol et 90 % d’essence sans plomb, ne devrait sans doute pas changer la donne. En réalité, la France a donné la préférence à l’utilisation de grai­nes d’oléagineux, colza et tourne­sol essentiellement. Celles-ci sont transformées en carburants soit par réaction d’alcool méthylique sur de l’huile (filière biodiesel ou Diester, nom commercial du carburant obtenu), soit par pressage à froid des graines (filière Huile végétale pure (hvp)). hvp et Diester sont utilisables uniquement dans des moteurs Diesel, en mélange. Ces deux filières sont très présentes en Bretagne, la production de diester en particulier, qui connaissait un essor spectaculaire depuis la mise en service en octobre 2007 de l’usine Diester Industries à Montoir de Bretagne, sur le terminal agroali­mentaire du port de Nantes-Saint-Nazaire. D’une capacité de deux cent cinquante mille tonnes de diester par an, cette usine est l’une des quatre plus grosses unités de fabrication industrielle de diester en France. Quarante-cinq millions d’euros ont été investis sur le site et trente-deux emplois directs créés. Sa construction repose sur d’impor­tantes synergies industrielles entre Diester Industrie et deux autres partenaires, Cargill Atlantique et Total. “Livrée au moyen de pipeline par Cargill, dont l’usine jouxte celle de Diester Industrie, l’huile de colza semi-raffinée subit une réaction chimique appelée transestérification en présence d’un alcool, le métha­nol. On obtient alors deux produits, l’ester méthylique, plus connu sous le nom de biodiesel ou diester, et de la glycérine. Diester Atlantique compte profiter de sa proximité avec la raffinerie Total de Donges, reliée aussi à l’usine par pipeline pour lui vendre l’essentiel de son diester, pour incorporation dans le gazole. Quant à la glycérine, elle sera utilisée en Bretagne dans des secteurs divers, allant de l’alimenta­tion animale aux produits cosméti­ques ou d’hygiène”, explique Fabien Kay, chargé de communication à Proléa, l’entité représentant la filière  française des huiles et protéines végétales. Pour les agriculteurs, ces installa­tions, qui nécessiteront six cent mille tonnes de colza, soit l’équiva­lent de la production de deux cent mille hectares, devraient constituer un débouché “naturel” pour le colza produit en Bretagne – où les sur­faces de cet oléagineux ont atteint quarante et un mille hectares en 2008 –, mais aussi dans tout le grand Ouest. Le pôle agrocarburants de Montoir­de-Bretagne va aussi permettre à la région, via les tourteaux produits par Cargill, de réduire sa dépen­dance au soja importé, du Brésil notamment, même si on ne peut pas exclure le recours à des achats de graines étrangères en cas de volumes insuffisants ou de cours plus faibles, et ce d’autant plus que cette implantation portuaire faci­litera les importations. Le diester produit à Montoir-de-Bretagne va également contribuer à satisfaire l’obligation fixée par les pouvoirs publics d’incorporer des carburants d’origine renouvelable. D’ores et déjà, plusieurs collectivités utili­sent du diester pour leur flotte de véhicules. C’est le cas de Quimper Métropole qui fait circuler, depuis janvier 2006, vingt bus standards, quatre bus articulés et six véhi­cules de transport de personnes à mobilité réduite au diester, au taux d’incorporation de 30 %. “Depuis janvier 2008, une flotte de quarante véhicules de services de la ville de Quimper et de l’agglomération fonctionne également au diester”, indique Caroline Jacquier, char­gée de communication à Quimper Métropole.</p><div
id="attachment_703" class="wp-caption alignleft" style="width: 300px"><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU0049.jpg"><img
class="size-full wp-image-703 colorbox-633" title="_XDU0049" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU0049.jpg" alt="_XDU0049" width="290" height="432" /></a><p
class="wp-caption-text">Jean-Noel Le Quintrec, tranvase les graines de colza.</p></div><p
style="text-align: justify;">La société Triballat, à Noyal-sur-Vilaine, qui produit et distribue une gamme très diversifiée de fro­mages aoc, produits laitiers frais et spécialités végétales a aussi adopté cet agrocarburant. Depuis 2006, elle fait rouler sa flotte de camions citernes, frigorifiques et véhicules utilitaires et particuliers avec un mélange de 30 % de diester et 70 % de gazole livré directement par Total depuis la raffinerie de Donges. “Très impliqués dans le monde agricole, nous avons choisi d’utiliser un carburant d’origine végétale, qui plus est produit dans la région, plutôt que du pétrole. Et comme la production de diester génère aussi d’importantes quan­tités de tourteaux de colza, elle permet de réduire les achats de tourteaux de soja importés, qui présentent un risque élevé de conta­mination par des organismes géné­tiquement modifiés (ogm), ce que nous bannissons pour nos produits. Par ailleurs, avec le diester, nous avons pu réduire immédiatement nos rejets de gaz à effet de serre, déclare Jean-Marc Levêque, respon­sable développement durable chez Triballat. Ce choix a été beaucoup apprécié par nos différents partenai­res et en particulier, les agriculteurs. Son seul inconvénient est que par rapport au gazole pur, l’utilisation de diester se traduit par un léger surcoût. Nous essayons néanmoins de le compenser en sensibilisant nos chauffeurs à la conduite éco­nomique.”</p><div
id="attachment_705" class="wp-caption alignright" style="width: 295px"><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU00571.jpg"><img
class="size-full wp-image-705 colorbox-633" title="_XDU0057" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU00571.jpg" alt="_XDU0057" width="285" height="426" /></a><p
class="wp-caption-text">La presse mobile à huile de la Cuma 56.</p></div><p
style="text-align: justify;"><strong>L’huile végétale pure</strong></p><p
style="text-align: justify;">Quant à la production d’hvp, très dynamique dans la région (lire l’in­terview), elle se fait avec des moyens très différents. Contrairement à l’éthanol et au diester, qui font appel à des procédés complexes et hautement industrialisés, la fabri­cation d’hvp s’apparente davantage à de l’artisanat. Elle vise à donner davantage d’autonomie énergétique et de traçabilité aux exploitations. En effet, dans cette filière, les agri­culteurs produisent eux-mêmes de l’huile et des tourteaux à partir de graines d’oléagineux issues de leur récolte et au moyen de presses, sou­vent achetées collectivement. Après décantation et filtration, l’huile obtenue sert de carburant dans les engins agricoles (tracteurs, mois-sonneuses-batteuses…) en com­plément ou en remplacement du gazole, comme la réglementation le prévoit. Les tourteaux, coproduits du pressage, représentent entre 65 % à 70 % du poids des graines, ils permettent aussi de s’affranchir de l’utilisation de tourteaux de soja importés dans l’alimentation ani­male. C’est un atout important pour toutes les filières d’élevage qui veulent garantir une alimentation exempte d’ogm, de plus en plus difficile à obtenir avec des produits importés. Parmi les nombreuses initiatives de production d’hvp qui ont vu le jour ces dernières années dans la région, on peut citer celle menée par la Cuma (2) Terre d’énergie dans le Morbihan, sous l’impulsion notamment de son président, Jean Noël Le Quintrec, agriculteur à Bignan : “Mon grand-père réservait toujours une parcelle d’avoine pour nourrir ses chevaux, se souvient le producteur breton. Aujourd’hui, je fais un peu la même chose : pour faire tourner mes tracteurs, j’utilise du colza produit sur la ferme.” Créée en 2005, la Cuma s’est équipée de deux presses mobiles à barreaux, fixées sur des remor­ques déplaçables de ferme en ferme. Cent quarante tonnes de graines de colza ont été pressées en 2007 par trente adhérents, morbihannais pour l’essentiel. En dehors d’une utilisation alimentaire – pour assai­sonner la salade ! – l’huile est uti­lisée en mélange avec du gazole dans les moteurs de tracteurs et autres engins agricoles, comme les moissonneuses-batteuses. “Selon les types de travaux, mes deux tracteurs tournent avec un mélange de 50 % voire 80 % d’huile de colza sans aucune modification particulière”, précise Jean Noël Le Quintrec, qui cultive quatre à cinq hectares de colza tous les ans. Les tourteaux servent aussi à la nourriture du bétail, vaches laitières surtout, en remplacement du soja. Un grou­pement d’intérêt économique (“Huiles et tourteaux”) a d’ailleurs été créé pour faciliter les ventes de tourteaux entre les adhérents. “Notre credo de départ est autono­mie, écologie et économie. Nous ambitionnons de faire de l’huile végétale un outil de développement et d’échange local. Certes, depuis un an, on sent que le souffle des débuts est un peu retombé et nous n’enregistrons plus de nouveaux adhérents. La mauvaise récolte de colza en 2007 et les cours très élevés du maïs ont fait baisser les embla­vements de l’oléagineux en 2008, et les quantités pressées ont diminué. De plus, le gazole n’est pas encore assez cher pour rendre la produc­tion d’hvp compétitive.</p><p><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU0063.jpg"><img
class="size-full wp-image-706 alignnone colorbox-633" title="_XDU0063" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU0063.jpg" alt="_XDU0063" width="468" height="314" /></a></p><p
style="text-align: justify;">Mais sur le long terme, nous sommes sûrs d’être gagnants”, rappelle le prési­dent de Terre d’énergie. On retrouve aussi cette logique de développement local à la Cuma Ménergol, qui a mis en route en février 2007 une huilerie collective à Saint-Gouéno, dans les Côtes-d’Armor, alimentée par le colza pro­duit dans un rayon de vingt kilomè­tres par cinquante-cinq agriculteurs. “La production locale d’huile et de tourteaux permet de se réapproprier la valeur ajoutée au lieu de la laisser filer vers d’autres intermédiaires”, explique Pierre-Marie Launay, agriculteur à Merdrignac et président de la Cuma. Si les tourteaux produits sont souvent autoconsommés par les adhérents, l’huile, en revanche,est essentiellement vendue à des coopératives régionales pour une utilisation en alimentation animale : la faute à un prix du gazole redevenu plus compétitif, ce qui limite l’intérêt de l’huile en tant que carburant. “C’est une solu­tion par défaut, reconnaît Pierre-Maire Launay. Notre vocation est de produire de l’huile-carburant pour les agriculteurs et peut-être, si la réglementation évolue, pour les particuliers. Dans ce cas, l’huilerie serait véritablement un outil de développement local.”À Guérande, en Loire-Atlantique, la Cuma Océane a mis en route en septembre 2007 une unité fixe de pressage d’huile végétale installée dans ses propres bâtiments. Douze agriculteurs adhérents lui apportent leur récolte de colza, complétée par des achats à une coopérative locale en cas de volumes insuffisants. Quatre-vingt-treize tonnes ont été pressées en 2007 et cent soixante en 2008. “Pour l’essentiel, les adhé­rents recherchent une meilleure tra­çabilité et plus d’autonomie dans leur exploitation”, indique Joël Yviquel, président de la Cuma et agriculteur à Guérande, qui consa­cre quatre hectares à la culture du colza tous les ans. “L’huile obtenue est incorporée après deux filtrations au gazole dans les trois tracteurs de la Cuma, tandis que les tourteaux servent à l’alimentation des vaches laitières et allaitantes.” Le souci de l’environnement est très présent chez les douze agri­culteurs engagés (cinq bio et sept conventionnels). Tous produi­sent leur colza selon les tenants de l’agriculture “durable” : “Après plusieurs expérimentations réussies, nous avons décidé de cultiver le colza comme nos collègues bio, sans aucun intrant chimique. Les désherbants, par exemple, sont remplacés par un ou deux passages de bineuse à l’automne”, se félicite Joël Yviquel.</p><p
style="text-align: justify;"><strong>Deux filières opposées</strong><br
/> De nombreuses différences oppo­sent agrocarburants industriels et hvp. Tous deux relèvent d’une logi­que et d’une vision de l’agriculture radicalement différente. Les agri­culteurs qui les produisent ont en général des profils et des attentes souvent opposées. D’un côté, ceux qui vendent des graines de céréales ou d’oléagineux pour les agrocarburants industriels attendent une rémunération qui va fluctuer selon les prix du mar­ché et les rendements obtenus. De l’autre, en revanche, les producteurs d’huile végétale ne sont pas dans une logique de vente, mais d’auto­consommation. Ils escomptent une baisse de leurs charges, à travers les économies de carburant et de tour­teaux réalisées. Autre différence notable : si les tourteaux et drêches (produits issus de la fermentation des céréales utilisées pour la fabri­cation d’éthanol) obtenus lors de la fabrication des agrocarburants industriels peuvent aussi, dans cer­taines conditions, se substituer aux tourteaux de soja importés, rien ne permet de dire si l’utilisateur final, l’éleveur, les obtiendra à un prix plus faible. L’essentiel de la valeur ajoutée de ces coproduits risque en effet d’être captée par les fournis­seurs de l’agriculture (industriels de l’alimentation animale, coopé­ratives, négociants…) et non les producteurs eux-mêmes. Par ailleurs, si l’efficacité énergé­tique de ces deux filières est bien meilleure que le gazole – le rapport entre l’énergie produite et l’énergie nécessaire à sa fabrication est de 0,9 pour ce dernier –, le bilan de l’hvp apparaît encore plus favorable que celui du diester, avec un ratio de 4 à 5 contre 2,9 à 3,7. Ces écarts s’expliquent par la différence de consommation énergétique pour la transformation et le transport : en effet, l’hvp utilise de la matière pre­mière produite localement, avec très peu de frais de transport et recourt à des procédés peu gourmands en énergie. Pourtant, malgré cette effi­cacité avérée, force est de constater que la production d’hvp n’a pas la faveur des pouvoirs publics. L’État, dans un réflexe qu’on peut qualifier de “jacobin”, a toujours préféré la création d’usines industrielles, plus valorisantes pour lui et davantage médiatisées, qu’un essaimage moins spectaculaire d’initiatives locales. Ainsi, tout en multipliant, à la demande des industriels, les agré­ments de construction de nouvelles usines, l’État a continué à nier l’exis­tence juridique des huiles végétales pures, traînant des pieds pour trans­crire en droit national la directive européenne de 2003 autorisant leur utilisation comme carburant. Les partisans des hvp, comme la société Valenergol, dans le Lot-et-Garonne, ont dû mener de longues batailles juridiques pour faire reconnaître le caractère supranational du droit européen, en vain. Condamnée en 1998 à une lourde amende pour non-paiement de la Taxe intérieure sur les produits pétroliers (tipp) au motif qu’elle vendait de l’huile de tournesol comme carburant à des automobilistes, Valenergol a même envisagé, après plusieurs années de procédures infructueuses avec l’État français, de saisir la Cour de justice européenne. Sous la pression de certains parlementaires, la trans­cription dans la loi française de la directive européenne autorisant les hvp a eu lieu en décembre 2006, donnant, sous des conditions bien précises, une certaine légitimité à l’hvp. Le Code général des douanes, compétent en la matière, autorise depuis l’utilisation de l’hvp en tant que carburant, sans paiement de la tipp, dans les engins agricoles automoteurs – à l’exclusion des véhicules d’exploitation – dans les bateaux de pêche et, dans le cadre d’un protocole expérimental, dans la flotte de véhicules captifs des col­lectivités locales (camions-poubel­les, véhicules d’assainissement…). Même si elle constitue une avancée, cette disposition est jugée insuffi­sante par les utilisateurs de l’hvp qui militent pour qu’à l’instar de l’Allemagne, la vente d’huile végé­tale aux automobilistes soit légale. Dans ces conditions, d’aucuns ima­ginent même la création de mil­liers d’huileries locales, permettant de satisfaire à la fois l’intérêt des consommateurs et celui du monde agricole tout en créant des emplois de proximité et en réduisant l’effet de serre beaucoup plus avantageuse­ment que le diester et l’éthanol.</p><p
style="text-align: justify;"><strong>Quel avenir ?</strong><br
/> Avec la baisse actuelle des cours du pétrole, l’avantage compétitif dont pouvaient bénéficier les agrocarbu­rants s’est nettement réduit. La ren­tabilité des filières industrielles est menacée, d’autant plus que les tour­teaux eux aussi se vendent moins cher, conséquence de la crise éco­nomique. D’ailleurs, dans plusieurs pays, des projets de construction de nouvelles usines ont d’ores et déjà été abandonnés. La disparition de l’avantage fiscal dont bénéficient jusqu’à présent les agrocarburants industriels (la réduction de la tipp est de 15 euros par hectolitre pour le diester et 21 pour l’éthanol pour 2009), programmée pour 2012 par les parlementaires, pourrait aussi remettre en question leur avenir.À moyen terme, une autre menace pèse sur la filière diester. Jusqu’à pré­sent, les oléagineux servant à la pro­duction de diester étaient produits essentiellement sur des terres mises en jachère, une obligation créée par la réforme de la Pac en 1992. À titre de mesure d’accompagnement, l’Union européenne avait autorisé la mise en culture de ces terres sous réserve que la production ne soit pas destinée à l’alimentation, mais à d’autres usages comme les agrocar­burants. C’est ainsi que s’est déve­loppée la “jachère industrielle”, plus rentable que la jachère “nue” pour les agriculteurs et surtout pour les industriels qui ont saisi cette oppor­tunité pour développer leurs usines. Avec la décision de l’Union euro­péenne de mettre fin à l’obligation de jachère en novembre 2008, le développement des agrocarburants est sérieusement compromis. Dans la mesure où ils pourront cultiver toutes leurs terres, les agriculteurs vont désormais mettre en concur­rence le colza et le tournesol avec d’autres cultures de vente comme le blé, le maïs, l’orge, le pois… Rien ne permet d’affirmer que les oléagineux continueront à se déve­lopper et que la filière industrielle disposera des volumes nécessaires à l’approvisionnement de ses usines. Pour certains, l’avenir se trouve plutôt dans les biocarburants de seconde génération, qui sont pro­duits à partir d’un large éventail de biomasse comme les plan­tes entières (sorgho, miscanthus, luzerne…),  les résidus forestiers, les déchets verts urbains… Offrant une bien meilleure productivité et entrant moins en concurrence avec les cultures alimentaires que ceux de première génération, ce nouveau type de carburant fait l’objet de plu­ sieurs projets de recherche, comme Futurol. Ce projet, mis en œuvre en Champagne et qui associe des organismes de recherche comme l’Inra, des industriels et organis­mes financiers comme Téreos, ou le Crédit Agricole, vise à mettre au point leur fabrication à grande échelle. Mais, de l’avis général, cette échéance n’interviendra guère avant 2015-2020.</p><p
style="text-align: justify;"><strong>Des vents contraires</strong><br
/> L’enthousiasme suscité par les carburants d’origine agricole il y a quelques années est retombé. Aujourd’hui, ils suscitent toujours des débats enflammés et font l’objet de critiques parfois très virulentes : on les a accusés notamment d’être à l’origine de la flambée des cours de certaines matières premières alimentaires (blé, maïs…), de la déforestation dans les pays tropicaux (comme en Indonésie avec le palmier à huile) voire de la faim dans le monde. Certains opposants parlent de “nécrocarburants” à leur encontre, d’autres comme Jean Ziegler, le rapporteur des Nations-Unies, les ont même qualifiés en octobre 2007 de “crime contre l’humanité”. En France, la polémique porte surtout sur leur bilan énergétique et leur contribution à la réduction de l’effet de serre qui ne serait pas aussi favorable qu’annoncé, d’après les écologistes. Pour faire taire ces critiques, Sofiprotéol, l’établissement financier de Proléa, a fait réviser en 2007 l’étude EcoBilan de 2002 par le cabinet PricewaterhouseCoopers. Ce dernier a confirmé que le rendement énergétique du diester de colza était trois à quatre fois plus élevé que celui du gazole. Dans une démarche de progrès, la filière cherche néanmoins à améliorer son efficacité énergétique, consciente qu’il existe d’importantes marges de progrès pour que le colza soit cultivé moins intensivement, avec moins d’engrais azotés et de pesticides. Ces débats ont quelque peu évolué depuis la crise financière et économique. Les cours des matières premières se sont effondrés tandis que la production d’agrocarburants a continué son expansion. Le lien de causalité si reproché est donc a priori écarté. Par ailleurs, des pays comme le Brésil – le deuxième producteur mondial d’éthanol – se sont engagés à limiter leur expansion pour protéger la forêt amazonienne. Certains n’hésitent pas non plus à dénoncer l’acharnement dont sont victimes les agrocarburants : « on fait l’amalgame entre l’éthanol dont “l’éco-bilan” est mauvais et le biodiesel, qui a prouvé son efficacité énergétique”, regrette Jean-Marc Levêque de Triballat. Quant aux producteurs d’HVP, ils ne se sentent pas du tout concernés par ces accusations, portées essentiellement à l’encontre des agrocarburants industriels : les oléagineux ne sont cultivés sur leurs fermes que sur une surface limitée et stable, et ils ne bouleversent pas l’équilibre des marchés dans la mesure où la production est autoconsommée. Même s’ils prennent acte de ces nuances, les détracteurs des agrocarburants n’en démordent pas : les carburants d’origine agricole restent pour eux une « mauvaise solution » à de vrais problèmes, ceux de la disparition inéluctable du pétrole et du réchauffement climatique, et ne constituent qu’une réponse très partielle et insatisfaisante à ces enjeux notamment en raison de la concurrence exercée sur des cultures alimentaires. Pour la Confédération Paysanne, qui demande la suspension de la mise en œuvre des programmes actuels sur les agrocarburants, « la réduction des gaz à effet de serre passe avant tout par une remise en cause des systèmes et pratiques agricoles ». Le syndicat reconnaît toutefois l’intérêt de l’huile végétale pure produite en circuit court, seul agrocarburant à même de “générer des revenus pour les paysans et d’améliorer l’autonomie énergétique et alimentaire des exploitations”. Pour les plus alternatifs, le véritable enjeu est celui de la diminution des besoins énergétiques de la société : “la meilleure des énergies renouvelables, c’est encore celle qu’on ne consomme pas”, martèlent à l’envie de nombreux agriculteurs producteurs d’hvp.</p><div
id="attachment_702" class="wp-caption alignnone" style="width: 473px"><a
href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/D200167.jpg"><img
class="size-full wp-image-702 colorbox-633" title="_D200167" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/D200167.jpg" alt="_D200167" width="463" height="310" /></a><p
class="wp-caption-text">Champs de colza devant le  Menez Hom.</p></div><p
style="text-align: justify;"><p
style="text-align: justify;"><strong>Jean-Martial Poupeau</strong><br
/> 1) Agence de l’environnement et de la maîtrise des énergies  (2) Organismes génétiquement modifiés  (3) Coopératives d’utilisation de matériel agricole  (4)Taxe intérieure sur les produits pétroliers  (5) Centre technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.armen.net/2009/07/enquetes/agrocarburants-un-atout-pour-la-bretagne/feed/</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> </channel> </rss>
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