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	<title>Armen.net &#187; Editos</title>
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	<description>La Bretagne un monde à découvrir</description>
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		<title>Sociale et solidaire, l&#8217;autre économie (Edito 185)</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Nov 2011 09:28:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par une intéressante coïncidence, la couverture retenue pour ce numéro 185 d’ArMen afin d’illustrer notre dossier sur l’économie sociale et solidaire fait écho à celle de notre numéro 18 sur l’histoire de la métallurgie bretonne. Toutes deux représentent les Aciéries de Ploërmel. Dans ce numéro paru en 1988, un article du dossier faisait la part ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<div id="attachment_5243" class="wp-caption alignleft" style="width: 458px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2011/11/photo-couv185.jpg" rel="shadowbox[sbpost-5223];player=img;"><img class="size-full wp-image-5243" title="Aciéries de ploermel" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2011/11/photo-couv185.jpg" alt="" width="448" height="298" /></a><p class="wp-caption-text">Les aciéries de Ploërmel, en couverture du numéro 185 d&#39;ArMen (photo Xavier Dubois)</p></div>
<p style="text-align: justify;">Par une intéressante coïncidence, la couverture retenue pour ce numéro 185 d’ArMen afin d’illustrer notre dossier sur l’économie sociale et solidaire fait écho à celle de notre numéro 18 sur l’histoire de la métallurgie bretonne. Toutes deux représentent les Aciéries de Ploërmel. Dans ce numéro paru en 1988, un article du dossier faisait la part belle à cette entreprise historique, qui appartenait alors au groupe familial Thomé-Cromback, avant d’être rachetée par l’Américain Keystone, lui-même filiale du groupe Amsted, en 1994. Comme de nombreuses entreprises de métallurgie, malgré le passage à une gestion plus rigoureuse, le recours au marketing et à la communication, présentés comme les solutions d’avenir dans cet article, l’entreprise a finalement déposé son bilan en 2005. Condamnée par la concurrence internationale aux yeux de tous, la société a pourtant été reprise par ses salariés sous forme de Scop avec le soutien des acteurs de l’économie sociale et des collectivités. Six ans plus tard, elle connaît désormais une belle progression de son chiffre d’affaires et prépare son déménagement sur un nouveau site. Cette success story du “tiers secteur” – comme on désigne parfois l’économie sociale – est emblématique car elle porte sur les industries lourdes, touchées de plein fouet par la concurrence asiatique et d’Europe de l’Est. Emblématique aussi, car aux origines de l’économie sociale, il y avait, déjà, la volonté de limiter les dégâts causés par l’exode rural et la délocalisation de l’activité humaine vers les grands centres urbains.</p>
<div id="attachment_5232" class="wp-caption alignright" style="width: 285px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2011/11/LABORIEUSE_XDP5229bweb.jpg" rel="shadowbox[sbpost-5223];player=img;"><img class="size-full wp-image-5232  " title="LABORIEUSE_XDP5229bweb" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2011/11/LABORIEUSE_XDP5229bweb.jpg" alt="" width="275" height="191" /></a><p class="wp-caption-text">Associés de la scoop morlaisienne La Laborieuse, un des pionniers de l&#39;économie sociale en Bretagne</p></div>
</div>
<p><strong>Un enjeu pour la Bretagne</strong></p>
<p style="text-align: justify;">ArMen a toujours cherché à adopter une perspective historique et un point de vue breton sur les phénomènes économiques, culturels et sociaux qui touchent notre pays et le reste du monde. Le développement de l’économie sociale et solidaire en fait partie. La Bretagne est particulièrement concernée, parce qu’elle compte de nombreux pionniers et des acteurs majeurs du secteur coopératif et mutualiste, notamment dans l’agriculture, la pêche et la banque. Elle conserve également une fibre sociale marquée, malgré l’effacement du fait religieux. Il s’agit désormais d’étendre la réflexion à d’autres secteurs, en particulier dans la partie solidaire de l’économie sociale où les besoins vont grandissants. Depuis les années 1960, pour sortir leur agriculture de l’ornière et obtenir leur part d’industrialisation, les Bretons ont agi collectivement, notamment à travers les coopératives, dont sont nées certaines de leurs plus belles réussites, comme la Brittany Ferries. Doit-on s’étonner si aujourd’hui certains cherchent à faire de cette région l’une de celles où l’on réfléchit le plus à la mise en place de modes de production et d’organisation du travail plus respectueux de l’homme et de son environnement ? De la même manière que s’enflammer pour l’agriculture biologique ne revient pas forcément à stigmatiser les agriculteurs qui ont gardé la méthode dite “conventionnelle”, s’enthousiasmer pour l’économie sociale et solidaire ne veut pas dire qu’il faut condamner les patrons de pme, les artisans, voire les grandes entreprises qui font du profit leur principal objectif. Nombre d’entre elles jouent à l’évidence un rôle sociétal important, ne serait-ce que par les emplois qu’elles créent. Pas question non plus de tomber dans l’angélisme. Notre revue est elle-même née au sein d’une Scop, qui a été une magnifique aventure culturelle, mais, il faut le reconnaître, un échec sur le plan de la gouvernance et de la participation des salariés au processus de décision. Pour être clair, les salariés n’ont jamais vu la moindre différence entre son fonctionnement et celui d’une sarl. Il est évident qu’un statut juridique et un ensemble de principes ne garantissent ni efficacité économique, ni vision stratégique. Mais le dévoiement par certains acteurs des principes d’origine ne justifie pas pour autant qu’on ignore les expériences probantes menées par d’autres. Ni que l’on cède à la facilité en dénonçant la lourdeur et la moindre efficacité d’organisations qui opèrent dans des domaines où la solvabilité est moindre et où les objectifs sociaux ou sociétaux compliquent inévitablement leur activité.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le tiers secteur intéresse la planète entière, c’est aussi parce que depuis dix ans, il crée plus d’emplois que dans le reste de l’économie. Contrairement aux idées reçues, il est d’ailleurs particulièrement développé aux États-Unis. Dans une Europe où les thèses néo-libérales largement appliquées depuis la chute du mur de Berlin peinent de plus en plus à convaincre de leur efficacité, ceux qui choisissent de s’investir dans les nouvelles formes d’économie, fût-ce au prix d’expérimentations et de tâtonnements, sont de plus en plus écoutés. Pour faire face aux enjeux économiques actuels, s’il faut choisir entre un statu quo suicidaire ou le recours systématique à l’État, bien souvent à cours de ressources et d’idées, l’économie sociale et solidaire pourrait bien, à l’instar de l’écologie, entrer dans les rangs des utopies salutaires dont s’empareront les générations futures.</p>
<div><strong>Yann Rivallain, rédacteur en chef</strong></div>
<div><a href="http://www.armen.net/boutique/armen-n-185-novembre-decembre-2011/">Numéro 185 Novembre-décembre 2011 </a></div>
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		<title>Edito 179</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Nov 2010 09:15:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Produit en breton À l’occasion de notre dernière enquête de lectorat, vous étiez environ vingt pour cent à indiquer que vous pouviez lire un article en breton. Depuis très longtemps, ArMen publie en breton les chroniques d’ouvrages qui paraissent dans cette langue, signées d’un de nos plus fidèles chroniqueurs, Gérard Cornillet. Nous avons aussi, ponctuellement, ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: justify;"><img class="size-full wp-image-3828 alignleft" title="bzhg" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/11/bzhg.jpg" alt="" width="230" height="298" />Produit en breton</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong>À l’occasion de notre dernière enquête de lectorat, vous étiez environ vingt pour cent à indiquer que vous pouviez lire un article en breton. Depuis très longtemps, ArMen publie en breton les chroniques d’ouvrages qui paraissent dans cette langue, signées d’un de nos plus fidèles chroniqueurs, Gérard Cornillet. Nous avons aussi, ponctuellement, proposé des articles rédigés en breton</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">ArMen n’est cependant pas et ne sera jamais une revue à laquelle on s’abonne principalement pour lire des textes en breton. Nous n’avons aucune intention de faire ce que des confrères font fort bien, parfois depuis des décennies, à commencer par les revues culturelles comme <em>Al Liamm, Al Lañv, Brud nevez,</em> le mensuel généraliste Bremañ, ou plus récemment l’hebdomadaire<em> Ya </em>!. Notre volonté d’augmenter la place de la langue bretonne dans ArMen n’est en aucun cas un argument supplémentaire pour attirer des lecteurs : nous la pratiquons quotidiennement à la rédaction et nous faisons partie de ces trop rares entreprises qui travaillent en partie en langue bretonne. Il nous arrive même régulièrement de commander et d’échanger en breton sur des articles qui paraissent en français.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous pousse aujourd’hui à donner plus de place au breton réside dans le constat que malgré une meilleure acceptation de la langue dans la société, elle continue à décliner et passera bientôt sous la barre des deux cent mille locuteurs. En effet, la Bretagne et les Bretons n’en font sans doute pas assez pour donner un avenir à la langue bretonne, objectif qu’une majorité partage pourtant. Au-delà de cette urgence et de l’envie d’apporter notre contribution, un autre élément nous y invite. ArMen s’est depuis l’origine donné pour mission d’accompagner celles et ceux qui, tournant le dos au rejet et au complexe, cherchent dans la civilisation bretonne matière à créer, à s’inspirer, à transformer les richesses qui se trouvent à portée de leurs mains, qu’elles soient matérielles ou immatérielles pour ouvrir de nouveaux horizons. Si certains de nos articles, par exemple, sur les méthodes de construction traditionnelle peuvent à l’évidence donner des idées pour l’avenir, lorsqu’il s’agit de la langue bretonne, nous ressentons en revanche une certaine frustration de ne pas pouvoir “donner à faire” avec la langue, comme cela peut-être le cas avec d’autres savoirs. Nous avons eu à maintes reprises l’occasion d’échanger sur cette question avec des auteurs bretonnants, ne cachant pas que nous étions à la recherche de plumes et d’idées originales pour apporter quelque chose à la langue et à celles et ceux, qui parmi vous, l’ont à cœur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Langue et économie</strong><br />
 C’est dans un forum où la langue bretonne est désormais considérée comme une des richesses dont dépend l’économie régionale (*), celui de Produit en Bretagne, que l’idée nous est venue de marier, au plan éditorial, langue et entreprise. Nous ne sommes certainement pas les premiers à le faire, mais il faut reconnaître que le breton n’est que très rarement employé pour parler de manière approfondie d’innovation, de stratégies en matière de produits alimentaires, d’exportation, de transmission d’entreprises familiales… Alors même que l’avenir d’une langue découle évidemment de son utilisation dans l’ensemble des situations de la vie contemporaine, y compris économique. C’est pour y contribuer, modestement, que nous vous proposons de retrouver deux pages supplémentaires en breton dans chaque numéro, rédigées par Malo Bouëssel du Bourg, directeur de Produit en Bretagne et passionné de longue date par la langue et la culture bretonne. Un petit résumé en français accompagnera ses textes pour mettre en appétit les non brittophones.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour certains, le rêve de marier la langue bretonne à l’économie, est un vœu pieux. “Des mots, rien que des mots !” est-on, en effet, parfois tenté de répondre à ceux qui prononcent des discours incantatoires et sans suite sur le rapprochement de la culture et de l’économie… C’est en effet à un nouveau rendez-vous de mots, rien que de mots, auquel nous vous convions. Des mots en breton, qui nous parleront du monde de demain, celui du xxie siècle, et dont les générations futures, nous l’espérons sincèrement, ne pourront jamais dire qu’ils ont été écrits en vain.</p>
<p style="text-align: justify;">Yann Rivallain, rédacteur en chef</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Découvrez, en exclusivité sur ArMen.net, <a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/11/malo.pdf">l'article en breton de Malo Bouëssel du Bourg</a>.</strong> <a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/11/malo.pdf"><img class="alignnone size-full wp-image-3817" title="malo" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/11/malo-e1288865310455.jpg" alt="" width="500" height="312" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
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		<title>Edito d&#8217;ArMen n°178 : Le droit à la critique</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Sep 2010 15:08:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<category><![CDATA[mediapart]]></category>
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		<description><![CDATA[Le bras de fer qui oppose depuis quelques mois la majorité politique de l’Hexagone à une partie des médias est-il d’aussi mauvais augure que certains semblent le penser ? Les pressions sur le service public de l’audiovisuel, les attaques virulentes contre certains médias, sur le fond comme sur la forme, aussi choquantes soient-elles, ne vont-elles pas ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le bras de fer qui oppose depuis quelques mois la majorité politique de l’Hexagone à une partie des médias est-il d’aussi mauvais augure que certains semblent le penser ? Les pressions sur le service public de l’audiovisuel, les attaques virulentes contre certains médias, sur le fond comme sur la forme, aussi choquantes soient-elles, ne vont-elles pas au contraire avoir un effet salutaire pour la démocratie ?</strong><br />
Les responsables politiques de la République française ont en effet de quoi redouter une évolution à l’anglo-saxonne. Ce qu’ils appellent actuellement de l’impertinence ou une transgression des limites y est souvent érigé en exemple. Pour bien des défenseurs d’émissions politiques de la bbc, comme le célèbre hardTalk ou les interviews de Jeremy Paxman pour Newsnight, au cours desquelles les invités sont soumis à une véritable épreuve de force psychologique, c’est le seul moyen de contraindre ceux que l’exercice du pouvoir, l’arbre généalogique ou la puissance financière ont rendu intouchables à redescendre sur terre et à rendre compte des pouvoirs que nous leur déléguons et des fonds que nous leur donnons à partager. En France, la focalisation sur Paris complique encore davantage la tâche de celles et ceux qui veulent exercer un droit de regard sur la vie politique, économique ou culturelle régionale et surtout en dénoncer les dérives. Ceux qui s’y essaient dans les grands quotidiens régionaux, dont ce n’est d’ailleurs pas la vocation première, se heurtent vite à des obstacles de poids. En ce qui concerne votre revue, la vocation encyclopédique d’ArMen, le recul par rapport à l’actualité, la volonté de mettre en avant ce qui est constructif, spécifique et exemplaire dans la civilisation bretonne, a d’emblée réduit la part laissée à la critique, à la révélation de vérités qui serviraient pourtant l’intérêt public. Nous n’avons donc pas de leçons à donner en la matière.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La méthode corse ?</strong><br />
Un exemple parmi cent puisé dans notre vie éditoriale peut cependant éclairer ce propos. Nous publions des chroniques culturelles indépendantes, en particulier sur la musique bretonne, qui n’engagent que leurs auteurs, libres et même encouragés à émettre des opinions critiques, plutôt que d’effectuer de simples recensions. Leur liberté vous plaît, semble-t-il, car, selon nos enquêtes, vous êtes très nombreux à entamer votre lecture par la rubrique musique. La critique est d’ailleurs souvent un facteur de progrès. Sait-on pourtant que, régulièrement, des artistes bretons, et non des moindres, contactent de manière plus ou moins directe la rédaction, afin de chercher à connaître la teneur présumée des chroniques futures et décider ou non d’envoyer leur œuvre ? Que d’autres, après de multiples appels de protestations à la rédaction, ont décidé – c’est leur droit – de ne plus adresser leurs nouveautés à la revue, car ils n’acceptent pas l’éventualité d’une chronique qu’ils jugent défavorable. Sait-on qu’un producteur de musique bretonne a adressé un courrier à la rédaction d’ArMen pour protester contre la teneur d’une chronique de disque signée Michel Toutous, accusant notre revue d’être une entreprise de destruction de l’économie culturelle bretonne, promettant de passer le mot à toute la profession et précisant que “si nous étions en Corse, les choses se passeraient autrement” ? Ou encore que la chronique d’un disque paru récemment qui exprimait une opinion que de nombreux spécialistes et journalistes partageaient en coulisse, a déclenché une avalanche d’emails furieux de la part des artistes en question, s’en prenant de nouveau à ArMen, invoquant même des liens personnels qui auraient dû nous pousser à refuser cette chronique ?<br />
La grande proximité géographique, le sentiment de partager une identité spécifique et le souci de faire rayonner la culture d’un petit pays qui a longtemps douté peut être le moteur de grandes réalisations. Faute de vigilance et de maturité politique, cela peut aussi déboucher sur les pires dérives et formes de clientélisme. Si la Bretagne et en particulier ses militants culturels et politiques comptent sur un renforcement de l’autonomie politique pour renouveler la démocratie et la pluralité de l’expression, il faut d’emblée qu’ils reconnaissent que le droit à la critique, à l’irrévérence ou à la caricature s’applique aussi à leur société passée, présente et future. Car si dans le cas présent d’ArMen, il ne s’agit que de quelques disques, qu’en serait-il demain, si des médias indépendants abordaient, avec la même liberté de ton que notre chroniqueur et surtout avec la même pugnacité que les journalistes de Mediapart, les dessous de l’immobilier, de la finance, de la médecine, des clubs d’affaires, de la justice, de la gestion de l’eau, au niveau régional ? Le pouvoir régional reprendrait-il les méthodes éprouvées à Paris ou assénerait-il en écho à notre producteur de disques qu’il s’agit d’une trahison au projet commun ? La question de l’existence de contre-pouvoirs médiatiques professionnels est l’une des grandes oubliées de la décentralisation. Internet rouvre pourtant le dossier et offre de nouveaux espoirs. Ils seront cependant déçus si l’on ne compte que sur les revenus publicitaires ou un lectorat par définition trop restreint. Si l’on défend comme les Américains de ProPublica l’existence d’un “journalisme d’intérêt public”, il est urgent de trouver le mix économique, juridique, politique et citoyen qui lui permettra d’exister au niveau régional. Au-delà des fonds publics, qui ne sont pas inépuisables, la mise en place d’une fondation bretonne pourrait y contribuer, ainsi qu’à d’autres projets culturels. C’est une piste à étudier.</p>
<p><strong> Yann Rivallain, rédacteur en chef</strong></p>
<p><em>Cet article est paru dans le numéro 178 de la revue ArMen, en kiosque depuis le début du mois de septembre.</em><strong><br />
</strong></p>
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		<title>Edito du n°176 : &#8220;Design-moi&#8221; la Bretagne…</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Aug 2010 10:09:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Economie]]></category>
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		<description><![CDATA[Parmi les premières régions pour l’édition, la coopération internationale, la lecture de quotidiens, la production de musique, les résultats scolaires, les jumelages, la vie associative… Nous sommes en Bretagne plus qu’habitués à ces constats qui nous font plaisir, mais qui frisent parfois l’auto-congratulation. À tel point que nous avons été surpris de découvrir que la ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Parmi les premières régions pour l’édition, la coopération internationale, la lecture de quotidiens, la production de musique, les résultats scolaires, les jumelages, la vie associative… Nous sommes en Bretagne plus qu’habitués à ces constats qui nous font plaisir, mais qui frisent parfois l’auto-congratulation. À tel point que nous avons été surpris de découvrir que la Bretagne est assez nettement en retard dans en matière de design, un domaine que tous les experts en développement reconnaissent désormais comme déterminant dans le développement économique et social des territoires, en particulier sur le plan régional.</strong><br />
S’il est bien établi que les entreprises qui investissent dans le design enregistrent des taux de croissance supérieurs aux autres – 22 % de croissance supplémentaire en moyenne au Danemark dans les années 2000 –, on admet aujourd’hui qu’il est aussi une des clés pour s’orienter vers un développement économique durable et centré sur l’homme. Le recours ou l’accès au design est donc devenu une question déterminante pour les pme. Plus encore que les multinationales, elles doivent miser sur la valeur ajoutée, dont le design est en passe de devenir un élément central, plutôt que sur les prix, pour survivre à la mondialisation. Des pays comme la Corée-du-Sud, le Brésil, l’Inde ou Taiwan, qui se battaient hier sur les coûts, misent désormais sur le design pour asseoir leur développement industriel. Au niveau de l’Union européenne, les acteurs ont obtenu que dans les prochains programmes de soutien à l’innovation, le design figure comme l’un des éléments clairement visés, à côté de la recherche et du développement. Le 1er octobre a d’ores et déjà été déclarée journée européenne du design.</p>
<p style="text-align: justify;">Au plan régional, see, un réseau européen de onze agences régionales du design a été créé en 2009. Aux côtés des poids lourds que sont le pays de Galles, la Flandres, la Catalogne, mais aussi le Danemark et la Finlande, des acteurs émergents affichent clairement leur ambition de faire du design un des outils principaux de leur développement. C’est le cas des pays Baltes, de la Slovénie ou de la Croatie. En France, seule la région Rhône-Alpes est membre de ce réseau. Elle est d’ailleurs reconnue comme la plus dynamique en la matière, en partie en raison de sa concentration industrielle mais aussi grâce à un soutien public plus important qu’ailleurs. Le but de ce réseau auquel participent aussi l’Irlande, la Toscane ou la Silésie est de promouvoir la prise en compte du design dans les politiques régionales et nationales, afin de stimuler l’innovation, l’esprit d’entreprise, le développement durable, économique et social. Ce n’est pas un hasard si le projet a été lancé par le pays de Galles, qui abrite à l’Université de Cardiff, un centre national pour le “Design produit” qui emploie une cinquantaine de personnes et a déjà travaillé pour des milliers de pme et d’industriels, au Royaume-Uni et au-delà. En matière d’innovation, ce sont en effet de plus en plus les régions qui affichent des ambitions fortes, portées par un sentiment d’appartenance collective et des moyens politiques et financiers conséquents qui donnent la mesure des politiques de développement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le dossier que nous consacrons au design dans ce numéro montre que, malgré son retard, la Bretagne possède un réel potentiel en la matière. Elle a pour atouts sa culture artistique, sa propension à concilier modernité et emprunts à une culture populaire qui ne manque pas de richesses en matière d’artisanat et d’arts décoratifs. Son environnement maritime, son industrie agroalimentaire ou encore son tissu artisanal et de pme sont autant d’éléments qui la placent parmi les régions à fort potentiel. La prise de conscience de cet enjeu par les élus régionaux, le rôle moteur que s’est donné Produit en Bretagne ainsi que la mise en place d’un vrai réseau de professionnels ouvrent de nouveaux espoirs. On peut rêver à la création d’un cluster breton du design, comme celui qui existe déjà à Barcelone.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Yann Rivallain, rédacteur-en-chef</strong></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Editorial du n°175 : Interceltisme, une construction européenne ?</title>
		<link>http://www.armen.net/2010/03/edito/editorial-interceltisme-une-construction-europeenne/</link>
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		<pubDate>Fri, 26 Mar 2010 09:56:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Festival interceltique de Lorient célèbre cette année ses quarante ans. On dit qu’un de ses plus célèbres responsables, volontiers provocateur, se serait exclamé un jour : « L’interceltisme, c’est moi ! ».  Pour beaucoup, le rêve interceltique se matérialise en effet surtout lors des grandes manifestations musicales et culturelles des peuples atlantiques, de Lorient à Ortigueira, en passant ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le Festival interceltique de Lorient célèbre cette année ses quarante ans. On dit qu’un de ses plus célèbres responsables, volontiers provocateur, se serait exclamé un jour : « L’interceltisme, c’est moi ! ».  Pour beaucoup, le rêve interceltique se matérialise en effet surtout lors des grandes manifestations musicales et culturelles des peuples atlantiques, de Lorient à Ortigueira, en passant par Glasgow ou Killarney. D’autres trouveront dans l’histoire des Celtes ou, plus près de nous, dans le renouveau du celtisme, matière à nourrir cette notion, quitte à s’en distancier. Au sens très large, l’interceltisme est aussi une façon de se reconnaître de près ou de loin dans les valeurs que véhiculent les cultures contemporaines des pays celtiques. Celles-ci évoluent cependant. Existe-t-il des points communs entre l’interceltisme d’un Polig Monjarret, porté par sa puissante “internationale” des cornemuses et les relations que tissent aujourd’hui des milliers de jeunes Bretons avec leurs “cousins celtes”, dans le travail, le sport, et leur manière de s’insérer dans une société globalisée ? Sont-ils forcément reliés par les éléments appartenant à l’héritage celtique, comme la langue ou encore les musiques traditionnelles ? Existe-t-il une forme d’interceltisme, basée sur des éléments plus contemporains, comme la manière d’envisager le rapport aux pouvoirs, à l’équilibre entre ruralité et urbanité, entre tradition et modernité, ou la construction européenne ? S’agit-il surtout de la volonté de quelques-uns de s’inspirer d’exemples puisés chez leurs voisins, pour parvenir à certains buts qui, au final, ne regardent qu’eux ? Ou au contraire, existe-t-il de véritables aspirations à se construire ensemble, à mêler une partie de ce que nous sommes, de nos histoires propres ?<br />
L’année du Celte<br />
Autant de questions auxquelles cette commémoration nous invite justement à réfléchir. Où en est-on finalement de ce qu’Olga Novo, dans ce numéro d’ArMen, qualifie joliment “d’aspiration à rêver la beauté de ce qui nous est commun”. Le Festival de Lorient a eu la bonne idée d’organiser le premier colloque international du genre, à l’automne prochain sur la question de l’interceltisme, en partenariat avec  l’université de Bretagne sud et avec la participation scientifique de l’équipe d’ArMen. Il s’agira de faire le point sur le “celtisme et l’interceltisme aujourd’hui”. Parmi les thèmes abordés : la construction de l’idée celtique, les sentiments d’appartenance, les diasporas celtiques et les réseaux internationaux. Nous avons décidé d’accompagner cet événement en publiant une série d’interviews de personnalités du monde celtique et d’articles sur ce thème. Notre première contributrice évoque les relations interceltiques et le concept d’identité celtique contemporaine du point de vue galicien. On la retrouvera prochainement à travers d’autres articles sur la littérature et la langue de son pays. Dans ce numéro, nous avons également mené une enquête sur les relations entre la Bretagne et le pays de Galles, en nous intéressant aux jumelages qui relient leurs communes. En trois décennies, comme avec l’Irlande et plus récemment la Galice, des liens profonds et durables ont été tissés par ce biais avec la Bretagne. À tel point qu’on peut se demander s’il n’y a pas là l’une des formes les plus abouties de l’interceltisme contemporain.<br />
On peut d’ailleurs faire un parallèle entre les aspirations de millions d’Européens à se doter d’une maison commune, à dépasser leurs différences, à se révéler au contact de l’autre, à promouvoir des valeurs de paix et de libertés et les idéaux interceltiques. Comme toutes les grandes utopies, ils évoluent et se réinventent sans cesse, sans pour autant disparaître. C’est parce qu’ils ne seront jamais l’affaire d’un seul festival, d’un mouvement politique ou encore moins d’un homme que nous vous proposons d’y réfléchir ensemble à travers cette série d’articles et le colloque à venir.</p>
<p>Yann Rivallain, rédacteur-en-chef</p>
<p>Lire cet article en ligne au format "papier" : <a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/03/edito.pdf">edito 175</a></p>
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		<title>Edito du n°174 : Identités en danger</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Jan 2010 08:00:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le tollé soulevé par l’organisation en France d’un débat sur l’identité nationale n’est pas exempt de paradoxes. Peut-on en effet feindre de s’étonner que ce débat soit plébiscité par une partie importante de la population qui exprime depuis des années son inquiétude face à un monde de plus en plus ouvert, de plus en plus ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<p>Le tollé soulevé par l’organisation en France d’un débat sur l’identité nationale n’est pas exempt de paradoxes. Peut-on en effet feindre de s’étonner que ce débat soit plébiscité par une partie importante de la population qui exprime depuis des années son inquiétude face à un monde de plus en plus ouvert, de plus en plus complexe, à une Europe de plus en plus métissée ? On comprend aussi l’envie de témoigner de ceux qui ont réussi le parcours du combattant de l’intégration et qui ont à la fois envie de dire que c’est encore possible, qu’ils croient en une France qui leur a donné cette chance. Rompus au débat sur les questions d’identité sont aussi celles et ceux qui, en France, ont le sentiment de porter non pas une, mais plusieurs identités et qui attendent depuis des décennies que ce pays considère ces multiples appartenances comme une richesse, pour que cela “vaille la peine” d’adhérer à cette nation, comme le disait récemment dans nos colonnes l’universitaire britannique Sharif Gemie.</p>
<p>Il y avait pourtant d’emblée de quoi douter en écoutant le ministre de l’Immigration, de l’intégration et de l’identité nationale, s’interroger sur “la nature du lien qui fait que nous sommes français et que nous devons être fi ers”. On peut être fi er d’être français, malien, danois, polonais, catalan ou breton, mais peut-on décemment décréter qu’on “doit” l’être ? Il y avait aussi de quoi douter lorsqu’on a annoncé que ces débats seraient organisés dans les préfectures, plutôt que dans le cadre d’assemblées élues.</p>
<p>Quand le débat est rapidement passé de l’identité nationale à l’immigration, puis à la place de l’islam en France, le voile a été levé sur la nature véritable de cette initiative. Entre cinq et dix pour cent des témoignages laissés sur le site internet du ministère ont un caractère raciste ou xénophobe extrêmement nauséabond. On est choqué par la banalisation de telles idées dans la population mais, encore une fois, comment s’en étonner ? Voilà plusieurs décennies que les partis qui gouvernent la France, à gauche comme à droite, mènent une politique qu’on peut qualifier de nationaliste à bien des égards, qui exalte les exceptions françaises en tout genre, sacralise la langue française au détriment du plurilinguisme, impose des quotas culturels à tout va et refuse de reconnaître la souffrance de ses minorités car elles font de l’ombre à son projet unificateur, centralisateur et assimilateur.</p>
<p><strong>Une politique de la peur </strong></p>
<p>Cette peur, c’est d’abord celle d’une élite qui tient les rênes de ce pays depuis des générations, voire des siècles, et qui a trop à perdre dans un partage plus équitable des ressources, du pouvoir et une représentation plus juste des identités qui le composent. C’est de plus en plus, il faut le reconnaître, la peur des millions de Français qu’elle parvient à convaincre, de scrutin en scrutin, à considérer la nation, le drapeau, la langue française comme un rempart contre un monde qui les inquiète. Au-delà de leur colère, certains ressentiront sûrement une certaine tristesse. Les partisans les plus fervents de l’idée européenne d’abord. Ils pensent depuis toujours que la construction d’une union à vocation plus ou moins fédérale est la meilleure réponse au penchant naturel des nations à s’opposer entre elles, au nom de tel ou tel modèle, de telle ou telle menace. Ils pensaient avec</p>
<p>Renan que “Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera.” Or voilà que, depuis la chute du mur de Berlin, le réveil des nations a pris le pas sur l’idée fédérale.</p>
<p>On peut le comprendre pour des groupes humains qui ont vécu plusieurs décennies d’oppression, qui ont trop longtemps souffert de ne pouvoir exprimer leur culture, leur mémoire, leurs différences et leur projet collectif, notamment dans l’est de l’Europe, le Caucase ou les Balkans. En revanche, au regard de leur passé, que la France et certains grands pays d’Europe expriment aussi brutalement ce “besoin de nation” est beaucoup plus inquiétant.</p>
<p>Choquant aussi de voir le même ministre profiter de ce débat pour balayer d’un revers de la main le projet de loi sur les langues régionales, promis par le candidat Sarkozy à la présidentielle. En France, il a suffi t d’une de ces phrases passe-partout pour signer l’arrêt de mort d’une quinzaine de langues : “Ce serait aller contre les principes d’indivisibilité de la République et d’égalité devant la loi”.</p>
<p>Puisque le débat est faussé, puisque ce n’est ni dans les préfectures ni dans les ministères que les partisans d’une véritable reconnaissance du caractère multiculturel de ce pays trouveront une oreille attentive, leur attention doit se porter vers les prochaines élections régionales. En Bretagne, certaines listes mettront en avant la nécessaire promotion de la diversité culturelle, le respect de la différence, y compris dans l’intégration de nouvelles populations, leur volonté de rapprocher le pouvoir des citoyens et de s’engager davantage en faveur d’une Europe qui transcende les identités nationales. Elles portent l’espoir de sortir du cercle vicieux dans lequel nous entraînent ceux qui cherchent à nous imposer une identité fossilisée.</p>
<p>Yann Rivallain</p>
<p>Rédacteur-en-chef</p>
<p>(Cet éditorial est paru dans le numéro 174 d'ArMen, en kiosque dès le 1er janvier 2010)</p>
</div>
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		<title>Edito 181  : une autre révolution culturelle</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Jan 2010 06:11:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce numéro 180 d’ArMen coïncide avec le vingt-cinquième anniversaire du lancement de la revue , en février 1986. Vingt ans plus tard, notre numéro spécial “Vingt ans de passion, vingt ans de projets” saluait les progrès considérables réalisés pour protéger, valoriser et transmettre ce quivous passionne en tant que lecteurs d’ArMen, à savoir un ensemble ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Ce numéro 180 d’ArMen coïncide avec le vingt-cinquième anniversaire du lancement de la revue , en février 1986. Vingt ans plus tard, notre numéro spécial “Vingt ans de passion, vingt ans de projets” saluait les progrès considérables réalisés pour protéger, valoriser et transmettre ce quivous passionne en tant que lecteurs d’ArMen, à savoir un ensemble de spécificités bretonnes liées au patrimoine naturel, bâti, linguistique, immatériel, aux pratiques musicales, sportives, aux savoir-faire et aux connaissances historiques, artistiques, etc. Même s’ils montraient que bien des chantiers restaient inachevés, tous les auteurs sollicités pointaient des progrès inimaginables vingt ans auparavant. Les années 1990, en particulier, avaient révélé un véritable engouement populaire pour tout ce qui touche à la matière bretonne.<br />
On peut avancer que, dans le domaine culturel, après les décennies de militance et de professionnalisation, les années 2000 auront été celles de l’institutionnalisation au plan régional et local. Ce mouvement, engagé à la fin des années 1970, s’est accéléré à tous les échelons, et les collectivités locales sont peu à peu devenues des acteurs culturels de premier plan, intervenant de manière plus ou moins directe<br />
sur tous les grands projets ou le financement des principales institutions, des associations, voire des entreprises culturelles. En France, les régions ont ainsi augmenté leurs dépenses culturelles de 11 % en moyenne, par an, depuis le début des années 2000.<br />
Pour la Bretagne, cette période est aussi celle où les collectivités locales ont pris note de l’attachement de la population pour la culture bretonne au sens large. La demande du public, le dynamisme et le talent de ses acteurs, une certaine médiatisation également, ont achevé de les convaincre de ses retombées en termes de lien social, de rayonnement, y compris économique. Outre un soutien renforcé au livre et à l’audiovisuel, des opérations d’envergure exceptionnelle, comme “Quêteurs et passeurs de mémoire en Finistère”, la “Breizh Touch” ou la “Fête de la Bretagne” ont ainsi pu être montées et financées sans complexe. La langue bretonne est désormais soutenue à hauteur de cinq millions d’euros par an sur environ trente-cinq millions consacrés à la culture, par le conseil régional, contre neuf cent cinquante mille euros en 1998, soit une augmentation de 400 % ! Pour sa part, le conseil général du Finistère investit deux millions d’euros dans le soutien à la langue. Fragile service d’une ou deux personnes au sein de l’Institut culturel de Bretagne dans les années 1990, l’Office de la langue bretonne a été récemment transformé en établissement public, géré par le conseil régional. Certains, par peur d’être dépossédés, pointent le danger d’une telle évolution, dénoncent une forme de reprise en main. D’autres préfèrent y voir une officialisation logique et positive, même s’ils reconnaissent qu’il faut rester vigilant pour éviter que la culture ne devienne victime des aléas politiques ou électoraux.<br />
Plus subtilement, la prise en charge de la culture bretonne par les pouvoirs publics a modifié son image. Contrairement aux apparences, cette évolution pourrait tout aussi bien profiter à ceux qui voyaient d’un mauvais œil les cornemuses concurrencer la musique classique ou qui craignaient encore que les fonds attribués à l’audiovisuel en breton puissent faire du tort au cinéma régional d’expression francophone.<br />
En misant sur la diversité culturelle, en refusant de hiérarchiser les modes d’expression, les politiques culturelles sont d’autant mieux acceptées et soutenues par le plus grand nombre. S’il y a de la place pour tous, tous les acteurs se serrent les coudes, tous se sentent investis d’une mission commune : donner un sens, une profondeur à la vie en société par le biais de la culture, sous toutes ses formes.<br />
Ces évolutions nous autorisent à rêver d’une plus grande convergence d’univers et de modes d’expression trop longtemps opposés les uns aux autres. Déjà, sur le terrain, de nombreux exemples montrent que les uns commencent à intégrer les expressions et activités culturelles non issues de la tradition comme une part entière de la vie culturelle bretonne, à en tirer la même source de plaisir, voire de fierté, à se les approprier comme éléments constitutifs d’un projet collectif. Et les autres en viennent à comprendre que la volonté de toucher à l’universel, de rechercher l’excellence fait aussi partie des ambitions des créateurs, artistes et interprètes enracinés, que la tradition est aussi source de diversité et d’inspiration. On fait appel aux arts de la rue, spécialité bresto-morlaisienne, pour chorégraphier les défilés du festival de Cornouaille. Les Vieilles Charrues marient avec fierté un ancrage traditionnel aux formes de cultures les plus contemporaines et globales qui soient, les exemples sont légion… Cet élan est cependant compromis par les restrictions budgétaires qui touchent aujourd’hui les collectivités locales. Fin de la taxe professionnelle, des contrats aidés, transferts de compétences non financés par l’État, réduisant d’autant la marge de manoeuvre pour la culture, réforme territoriale aux conséquences à long terme encore floues… Les nuages s’amoncellent. Pour que la culture reste un des atouts principaux de la Bretagne, il importe, plus que jamais, de faire front commun pour défendre un modèle de décentralisation culturelle qui a finalement profité à tous. Sans quoi la crise économique pourrait déboucher sur une crise culturelle qui nous rendrait nostalgiques en contemplant le magnifique parcours de la Bretagne de ces vingt-cinq dernières années.</p>
<p style="text-align: justify;">Yann Rivallain, rédacteur en chef<br />
Bloavezh mat d’an holl ! Bonne année à tous !</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Editorial ArMen n°173</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Nov 2009 15:02:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le droit au bonheur À l’échelle planétaire, les études qui tentent de mesurer le bonheur des populations se multiplient. Des universitaires de renom, comme Adrian White ou encore Ruth Veenhoven, des universités de Leicester et d’Amsterdam, en ont fait leur spécialité. Selon le classement, on y mesure le degré de bonheur ressenti, l’espérance de vie, ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<h1 style="text-align: left;">Le droit au bonheur</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong>À l’échelle planétaire, les études qui tentent de mesurer le bonheur des populations se multiplient. Des universitaires de renom, comme Adrian White ou encore Ruth Veenhoven, des universités de Leicester et d’Amsterdam, en ont fait leur spécialité. Selon le classement, on y mesure le degré de bonheur ressenti, l’espérance de vie, la santé, le bien-être et même l’empreinte écologique des uns et des autres.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La publication de chaque nouveau palmarès ne va pas sans grincements de dents et de remises en cause de tels ou tels critères, en particulier dans les pays où l’on regarde d’en bas le haut du tableau. Pourtant, une analyse croisée des quatre ou cinq grands classements révèle d’étonnantes permanences. On note par exemple que ce sont le plus souvent des petits pays, à commencer par ceux d’Europe de l’Ouest, comme le Danemark, la Suède, l’Irlande ou l’Islande, mais aussi le Costa Rica – au premier rang mondial dans plusieurs cas – qui caracolent en tête de classement. L’une des études révèle en outre qu’à l’échelle planétaire, les îles se révèlent plus performantes à créer du bonheur.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son premier numéro, le Monde magazine s’est récemment penché sur un pays européen qui arrive en tête chez les deux chercheurs déjà cités, et systématiquement dans les cinq premiers chez les autres : le Danemark. Il a enquêté sur la raison pour laquelle ce petit peuple, vestige d’une ancienne puissance maritime, affichait un bonheur “quasi-insolent”. L’enquête révèle qu’au-delà des performances économiques et sociales réelles de ce pays, ces résultats proviennent surtout du sentiment largement partagé par les Danois d’appartenir à une communauté de valeur et de destin perçue de manière très positive. Des spécialistes interrogés évoquent une forme de nationalisme coopératif et social, basé sur le sentiment de confiance, de sécurité, de respect d’autrui et d’estime de soi. L’un d’entre eux estime que “la forte appartenance à la nation fait que vous vous sentez mieux parce que tout le monde partage les mêmes valeurs”. La plupart précisent aussi que ce sentiment d’appartenance “tribal” se double d’une ouverture au monde et à l’Europe, d’autant plus grande que la population se sent en sécurité.</p>
<p style="text-align: justify;">Lors de la publication de son propre classement, le Britannique Adrian White indiquait également que “les petites nations ont tendance à obtenir de meilleurs résultats car elles ont un sentiment d’identité collective plus important”. À l’inverse, les populations des grands États-nations se déclarent beaucoup moins heureuses. Dans le classement d’Adrian White, parmi les “grands” États européens, l’Allemagne n’arrive en effet qu’à la trente-cinquième place, suivi du Royaume-Uni (41e), de l’Espagne (46e), de l’Italie (51e) et de la France, en queue de peloton des grandes puissances, à la soixante-deuxième position. Faut-il y voir la marque de la difficulté, voire de l’impossibilité à concilier diversité et cohésion nationale, à moins d’expérimenter des systèmes institutionnels autres que l’État-nation centralisé, en suivant par exemple l’optique fédérale ? On remarque en effet que les grands États qui talonnent les petits pays heureux sur l’échelle du bonheur sont souvent des grands États fédéraux comme le Canada, l’Australie, le Mexique, et l’Allemagne citée précédemment.</p>
<p style="text-align: justify;">Exemple encore plus fascinant, car il nous touche plus directement en Bretagne, l’Irlande figure partout dans les dix pays les plus heureux de la terre. Impossible, lorsqu’on y a vécu quelques années, de ne pas rapprocher les analyses des journalistes du Monde au Danemark du cas irlandais. Ce qui caractérise le plus la vie dans ce pays est en effet, à mon sens, l’a priori positif qu’ont ses habitants lorsqu’ils ont affaire à l’autre, qu’il soit compatriote ou simple visiteur. On s’y sent d’autant plus heureux qu’on a le sentiment que la plupart des interactions peuvent déboucher sur un rapport cordial, constructif ou plaisant, souvent relevé d’humour. C’est en tout cas ce à quoi l’on s’attend par défaut après plusieurs années d’imprégnation et d’expérience. Il est encore plus fascinant de constater qu’en Irlande et dans l’ensemble de ces petits pays, le sentiment de bonheur était déjà parmi les plus élevés au début des années 1960 et qu’il a perduré, même lorsque l’Irlande traversait des crises économiques graves et demeurait l’un des pays les plus pauvres d’Europe, saigné par une émigration massive et secoué par de vives tensions politiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux qui, de Glasgow à Quimper, Vigo, Cardiff ou Copenhague, croient aux vertus “des petits pays” rêvent de voir ces études sur le bonheur s’appliquer à des communautés humaines qui ne correspondent pas forcément aux États, mais qui présentent des similitudes avec les cas danois ou irlandais. On peut supposer que le Bonheur national brut (bnb) mesuré chez les Écossais différerait de ce qu’on observerait dans les Midlands anglais. À propos, quel bonheur justement et quel formidable effet d’entraînement ne ressentirait-on pas en Bretagne, si l’on s’apercevait que la mesure de notre bnb – Bonheur national breton ? – renvoyait des résultats élevés et susceptibles de conforter notre plaisir de vivre et construire ensemble, à l’image des Danois ? Après tout, nous avons tous le droit de rêver au bonheur.</p>
<p style="text-align: justify;">Yann Rivallain, rédacteur-en-chef</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Edito ArMen n°171</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Jul 2009 06:35:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Bienvenue à Guingamp Il faisait bon être breton, ce 9 mai 2009, lorsque Guingamp et Rennes se sont affrontés en finale de la Coupe de France de football. Pour bien des commentateurs, la Bretagne avait d’ailleurs déjà gagné, avant même le coup de sifflet de l’arbitre. À tel point que l’excitation et la liesse qui ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: justify;"><strong></strong><span style="color: #888888;"><strong>Bienvenue à Guingamp </strong></span></h1>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #888888;">Il faisait bon être breton, ce 9 mai 2009, lorsque Guingamp et Rennes se sont affrontés en finale de la Coupe de France de football. Pour bien des commentateurs, la Bretagne avait d’ailleurs déjà gagné, avant même le coup de sifflet de l’arbitre. À tel point que l’excitation et la liesse qui ont précédé, puis suivi la victoire historique de Guingamp, un club de ligue 2, ont pris un caractère extraordinaire. Extraordinaire aussi, la polémique qui a entouré la possibilité d’interpréter ou non l’hymne breton, le “Bro gozh ma zadoù”, au Stade de France</span>, avant le début du match, réclamée notamment par l’Union démocratique bretonne et le conseil régional, qui ont par ailleurs distribué des milliers de Gwenn-ha-du à l’entrée du stade. Plus extraordinaire encore, l’orchestration mi­nutieuse de l’avant-match. Tout s’est passé comme si la vague d’enthousiasme qui s’apprêtait à déferler sur le stade devait être contenue et rester relativement discrète pour le spectateur hexagonal. Le “Bro gozh” a .nalement été autorisé dans l’enceinte, à condition d’être interprété une heure et demie avant le match et la prise d’antenne des télévisions nationales. On s’est amusé ou inquiété d’apprendre que quelques jours plus tard, le 13 mai, la télévision publique espagnole est allée beaucoup plus loin lors de la retransmission de la .nale de la Coupe d’Espagne, qui voyait elle aussi se disputer deux équipes portées par un sentiment identitaire fort, Bilbao et Barcelone. Le réalisateur a, cette fois, carrément opéré des décrochages locaux, quittant le direct et le stade madrilène au moment même de l’arrivée du couple royal et de l’interprétation de l’hymne espagnol, copieusement si.és par les spectateurs. Dès le lendemain, Julian Reyes, le directeur des programmes sportifs de la chaîne, était limogé… Faut-il s’étonner que le parallèle entre les deux événements n’ait pas été fait de part et d’autre ? En Bretagne, on était certes plus d’humeur à faire la fête qu’à se plaindre. Alan Stivell avait, après tout, pu chanter l’hymne en live plus tard dans la soirée, loin du regard des caméras, certes, et faire vivre un grand moment aux 85 000 spectateurs présents. On peut tout de même relever que la tactique défensive parisienne a été plus .ne que le passage en force madrilène, même si l’annonce, faite peu de temps auparavant, que le président de la République française n’assisterait exceptionnellement pas à la finale, a frisé le carton rouge. Flairant le hors-jeu, d’autant que l’éditorial piquant d’un de nos confrères du Télégramme ne risquait pas de passer inaperçu, le président se serait ravisé, arrivant presque en catimini en cours de partie, redoutant à l’évidence les sifflets, intolérables dans ce pays aux oreilles si fragiles. Ce que notait d’ailleurs Michel Platini dans une interview donnée au Monde, en octobre 2008 : “Il y a trente ans, quand je jouais avec l’équipe de France, “La Marseillaise” était siflée sur tous les terrains. Mais à l’époque, les politiques ne s’intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. […]. Cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n’a rien à voir avec le sport.”</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #888888;"><strong>Une occasion manquée </strong></span><br />
De quoi a-t-on peur exactement ? Du regroupement de plusieurs millions d’êtres humains derrière un sentiment d’apparte­nance qu’on ne partage pas nécessairement ? Du rassemblement généreux et pacifique d’hommes et de femmes qui se recon­naissent dans une équipe sportive à la fois modeste, enracinée et naturellement multiculturelle ? Les Bretons auraient-ils eu tort de retenir la leçon française donnée au monde, lors du mondial 98 ? Ont-ils eu tort de participer, avec une ferveur qui a surpris plus d’un, à cette autre aventure sportive et humaine, célébrée dans le voile d’un autre drapeau, tricolore cette fois ? L’euphorie collective, les effusions de fraternité et d’amour pour une terre ou un groupe d’humains, lorsqu’elles sont spontanées et pacifiques, n’ont-elles pas la même valeur d’une communauté à l’autre ? Ceux qui croient voir dans l’impressionnant élan de patrio­tisme qui a saisi les Bretons à l’occasion de cette finale un rejet de leurs autres appartenances se trompent certainement. En tout état de cause, ils commettent une erreur en cherchant à minimiser un tel phénomène, plutôt que d’en faire une opportunité pour approfondir et comprendre ce que représente aujourd’hui le sentiment d’être breton. On peut supposer que les habitants d’autres régions de France auraient aimé partager, par écran interposé, ces heures de folie bretonne, tirer au clair cette histoire d’hymne – national, dites-vous ? – et ainsi, mieux comprendre ceux dont ils sont après tout les concitoyens. À moins qu’on ne préfère les infantiliser le plus longtemps possible, quitte à les émerveiller de temps à autre en leur rappelant qu’ils sont tout de même bienvenus chez les C’htis, les Basques ou les Bretons. Dans ce cas, le “Bro gozh”, le talent d’Alan Stivell, les taquineries entre la haute et la basse-Bretagne, la ferveur sportive particulièrement populaire des Bretons, ou encore la fierté d’appartenir à ce morceau de terre resteront l’affaire de ceux qui y vivent au quotidien, quelles que soient leurs origines. À qui jettera-t-on alors la pierre et qui aura le plus de regrets ?</p>
<p>Yann Rivallain, rédacteur-en-chef/©ArMen n° 171. Juillet-Aoôut 2009.</p>
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		<title>Edito ArMen n°170</title>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 06:43:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’intérêt d’être soi La scène se passe pendant le festival des médias celtiques de Caernarfon : lors d’un débat sur la production dans les pays celtiques, la première question venant de la salle est posée par un Cornouaillais, qui commence par s’excuser de venir d’un des “petits pays celtiques”, qui ne dispose ni de diffuseur ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: left;">L’intérêt d’être soi</h2>
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<p>La scène se passe pendant le festival des médias celtiques de Caernarfon : lors d’un débat sur la production dans les pays celtiques, la première question venant de la salle est posée par un Cornouaillais, qui commence par s’excuser de venir d’un des “petits pays celtiques”, qui ne dispose ni de diffuseur</p>
<p style="text-align: left;">ni de studios pour produire ses propres œuvres, quels que soient les talents locaux. Avec une franchise teintée d’un certain découragement, il s’adresse aux Irlandais, Écossais et Gallois et leur demande “s’il y a une quelconque utilité pour un producteur d’un pays celtique aussi démuni de se tourner vers ses puissants “cousins” ou s’il vaut mieux travailler avec son voisin immédiat, l’Angleterre, autant dire Londres. L’histoire de la participation bretonne à ce festival montre, qu’au fil des ans, bien des producteurs bretons se sont eux aussi mis à douter de l’intérêt de se tourner vers les pays celtiques plutôt que Paris ou les pays francophones.<br />
Une des réponses données par les participants mérite cependant réflexion. Selon ce producteur irlandais, il ne s’agit pas de rechercher des partenaires parce qu’ils sont Celtes ou parce que cette appartenance va ouvrir des portes, il s’agit d’abord d’établir des relations personnelles et une complicité intellectuelle afin d’apprécier mutuellement un talent et des idées. Selon lui, ce n’est qu’à cette condition que de bons projets et des vraies collaborations émergent. Seulement pour se trouver des affinités et échanger de manière profonde, il ne suffit pas de déclarer son appartenance à un pays où se parle encore une langue celtique, relié par l’histoire à tel ou tel voisin. Il faut certainement aussi porter en soi ce supplément d’âme, ce filin invisible qui relie parfois les hommes au-dessus des frontières, des mers ou des communautés. Dans le cas des pays celtiques insulaires, il est évident, qu’on le veuille ou non, que deux conditions sont essentielles à la réussite de tels projets : la première est de maîtriser l’anglais à un niveau suffisant pour exprimer son talent, sa sensibilité, son humour et mesurer ceux de l’autre. La deuxième condition est, semble-t-il, de pouvoir parler et créer dans sa propre langue celtique, car c’est bien son existence qui est à la base de toutes ces initiatives. C’est en effet lorsque ces langues sont au premier plan que l’appartenance à cette communauté de nations est la plus palpable, apte à fonder des liens profonds et devenir source de créations ambitieuses. C’est là que le reste des affinités géographiques, historiques, ethnologiques ou encore linguistiques devient un formidable matériau de création.</p>
<h2 style="text-align: left;">Tendre une main ferme.</h2>
</p>
<p style="text-align: left;">On pourrait d’ailleurs étendre le propos à bien des projets de coopérations internationales. Ils ne fonctionnent jamais aussi bien que lorsque la main que l’on tend est ferme, porteuse de richesses et de sens. Bien des projets européens achoppent parce que c’est uniquement l’existence d’une possibilité de financement qui conduit à leur naissance précipitée, sans que l’on se penche réellement sur les autres motivations à travailler ensemble. La simple présence d’un héritage culturel commun, s’il ne se conjugue pas au présent, n’est pas toujours d’un grand secours. Un couple de Maoris échangeait il y a quelques années avec un Breton et lui racontait le destin de leur langue minoritaire, qu’une partie de leur propre peuple ne parvenait même plus à reconnaître dans la rue. Ils évoquaient la gêne ressentie parfois en parlant leur langue en public à leur jeune enfant, leur racontaient la création des écoles en maori. Ici encore, c’est à la fois parce qu’ils pouvaient échanger avec précision dans une langue commune et grâce au fait d’être eux-mêmes nourris de leur propre appartenance qu’une compréhension et une confiance mutuelle se sont rapidement installées. Gageons que si ces protagonistes avaient été cinéastes, ils auraient eu l’idée d’écrire un film présentant le destin croisé de deux jeunes familles, bretonne et maori, élevant des enfants bilingues.<br />
Dans le cas du cinéma breton, on lira dans l’article de ce numéro sur le festival des médias celtiques que si les tentatives de coopération ont jusqu’ici échoué, c’est avant tout en raison de l’incapacité de la Bretagne à se doter d’un organisme de radiotélévision qui serait le pendant et le partenaire des télévisions insulaires en langue celtique. Mais une nouvelle génération, à l’aise aussi bien en breton qu’en anglais, lingua franca des pays celtiques et au-delà, tente aujourd’hui de montrer que même avec peu de moyens, il est possible de renouer le dialogue et rouvrir les portes. Il y a là un vrai espoir que les responsables bretons doivent encourager, car de cette capacité à créer au-delà des frontières linguistiques dépend fortement l’avenir d’une Bretagne, qui, il faut le reconnaître, est en bout de ligne dans le contexte français.
</p>
<p style="text-align: left;">Yann Rivallain, rédacteur-en-chef</p>
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