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	<title>Armen.net &#187; Environnement</title>
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	<description>La Bretagne un monde à découvrir</description>
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		<title>Pêche : la mouche de mai en Irlande</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Apr 2010 05:00:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si la pêche à la mouche est appréciée par de nombreux amoureux de l’Irlande, c’est qu’elle leur permet de s’immerger en profondeur dans un cadre naturel à couper le souffle et de nouer des relations basées sur une passion commune. Chaque année, ils ont rendez-vous avec la mythique mouche de mai. Pour lire l'article de ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Si la pêche à la mouche est appréciée par de nombreux amoureux de l’Irlande, c’est qu’elle leur permet de s’immerger en profondeur dans un cadre naturel à couper le souffle et de nouer des relations basées sur une passion commune. Chaque année, ils ont rendez-vous avec la mythique mouche de mai.</strong><br />
Pour lire l'article de Bernard Rio au format "papier numérique", cliquez sur l'image ci-dessous.<a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/04/175-MOUCHE_corr.pdf"></a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/04/175-MOUCHE_corr.pdf"><img class="size-thumbnail wp-image-2758 alignleft colorbox-2755" title="175-MOUCHE_24-29" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/04/175-MOUCHE_24-291-150x150.jpg" alt="" width="120" height="120" /></a></p>
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<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow: hidden;">Si la pêche à la mouche est appréciée par de<br />
nombreux amoureux de l’Irlande, c’est<br />
qu’elle leur permet de s’immerger<br />
en profondeur dans un cadre<br />
naturel à couper le souffle<br />
et de nouer des relations<br />
basées sur une passion<br />
commune. Chaque année,<br />
ils ont rendez-vous avec la<br />
mythique mouche de mai.Si la pêche à la mouche est appréciée par de nombreux amoureux de l’Irlande, c’est qu’elle leur permet de s’immerger en profondeur dans un cadre naturel à couper le souffle et de nouer des relations basées sur une passion commune. Chaque année, ils ont rendez-vous avec la mythique mouche de mai.</div>
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		<title>&#8220;Plogoff&#8221; en héritage</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Feb 2010 11:31:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
				<category><![CDATA[Aménagement]]></category>
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		<description><![CDATA[Pendant sept ans, de 1975 à 1981, la commune de Plogoff a été au centre des combats antinucléaires. Après de violents affrontements et des manifestations de masse, le projet a été enterré par François Mitterrand, tout juste élu. Trente ans après, que reste-t-il de ce combat qui a profondément marqué l’histoire de Bretagne ? Par Gilles ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_2359" class="wp-caption alignright" style="width: 276px"><strong> </strong><strong><img class="size-full wp-image-2359     colorbox-2349" style="margin: 15px;" title="plogoff3" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/plogoff31.jpg" alt="" width="266" height="178" /></strong><p class="wp-caption-text">Une arrestation lors de l’enquête d’utilité publique. Largement diffusé dans les médias, ce type d’image a paradoxalement servi la mobilisation</p></div>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Pendant sept ans, de 1975 à 1981, la commune de Plogoff a été au centre des combats antinucléaires. Après de violents affrontements et des manifestations de masse, le projet a été enterré par François Mitterrand, tout juste élu. Trente ans après, que reste-t-il de ce combat qui a profondément marqué l’histoire de Bretagne ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Par Gilles Simon*</strong></p>
<h5><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/plogoffnet.pdf">Lire  cet article au "format papier"</a></h5>
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<p style="text-align: justify;">Au printemps 1981, l’annonce de l’abandon du projet de centrale nucléaire à Plogoff a été vécue par les opposants comme une victoire, très largement fêtée le 10 mai et dans les semaines suivantes. Cet aboutissement présente effectivement une dimension exceptionnelle. Lancé en 1969, puis accéléré en 1974, le programme nucléaire français a conduit à la construction d’un chapelet de centrales atomiques tout au long des rivières et du littoral français. Le mouvement social antinucléaire a été actif, mais les pouvoirs publics sont restés le plus souvent inflexibles face à la contestation, arguant de la nécessaire “indépendance énergétique” du pays. En 1981, l’arrêt du projet de centrale dite “Bretagne-1” est donc apparu comme une sorte de victoire, un peu magique, qui rachète par son éclat des années de sacrifices consentis par les opposants aux nucléaires. François Mitterrand a bien tenu sa promesse, faite lors d’un meeting électoral à Brest, le 9 avril 1981, de ne pas poursuivre le projet de Plogoff s’il était élu. Mais le nouveau président n’est pas pour autant un “antinucléaire” forcené. Le nouveau pouvoir socialiste a, de fait, poursuivi le programme nucléaire lancé par ses prédécesseurs, même si cela s’est inscrit dans une dynamique plus modérée, notamment avec l’abandon du désastreux prototype de surgénérateur à Creys-Malville, dans l’Isère.</p>
<p style="text-align: justify;">Après 1981, la poursuite du programme nucléaire français a cependant donné lieu à des mobilisations sociales importantes (comme, par exemple, contre les projets de centrales nucléaires à Golfech, près de Toulouse, à Chooz, dans les Ardennes, ou à Civaux, dans la Vienne). Mais le mouvement antinucléaire n’a jamais retrouvé l’élan qui était alors le sien. Les contemporains ont effectivement perçu ce contraste entre le fort militantisme des années 1970 et la relative débandade de l’après-1981. Ils ont mal compris comment la dynamique de “Plogoff” avait pu retomber si soudainement. À quoi servait l’aboutissement de “Plogoff”, si le reste du pays continuait d’être nucléarisé à marche forcée ? L’héritage de la mobilisation antinucléaire bretonne a donc été remis en question. Près de trente ans plus tard, alors que la production d’énergie électrique d’origine nucléaire demeure prédominante en France, la question est posée : que reste-t-il de “Plogoff” ? Quel est son héritage ? De façon métaphorique, le terme “héritage” peut en effet désigner un ensemble d’expériences sociales, d’images et d’analyses, qui ont émergé durant le développement d’une mobilisation sociale. Cet ensemble mémoriel forme une sorte de prolongement de la mobilisation elle-même. L’héritage de “Plogoff” présente de nombreux aspects, parfois méconnus, qui aujourd’hui, lui donnent un sens bien spécifique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<div id="attachment_2368" class="wp-caption alignright" style="width: 171px"><strong> </strong><strong><img class="size-full wp-image-2368  colorbox-2349" title="plogoff5" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/plogoff5.jpg" alt="" width="161" height="250" /></strong><p class="wp-caption-text">Les musiciens bretons ont régulièrement joué, gratuitement, dans les rassemblements antinucléaires, heureusement sans combinaisons !</p></div>
<p><strong>L’engagement militant</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cet héritage concerne en premier lieu ceux qui y ont participé directement. Car l’engagement dans une mobilisation sociale n’est jamais une expérience anodine. On mesure souvent assez mal la dimension frénétique qu’il peut revêtir, en débordant notamment sur la vie privée. Les opposants à l’atome civil en Bretagne ont, pendant plusieurs années, fait des sacrifices personnels importants. “Pour ceux qui ont démarré en 1975 et qui ont terminé en 1981, cela faisait quand même six années complètes où on a régulièrement tout lâché pour faire ça, raconte Sylvie, une ancienne militante antinucléaire, étudiante à Brest à l’époque. Pour nous, c’était une priorité pendant que d’autres se sont occupés, au contraire, de faire prospérer leurs affaires.”</p>
<p style="text-align: justify;">Les sacrifices consentis par les antinucléaires ont concerné à la fois la vie privée et la vie professionnelle. Dans certaines circonstances précises, comme lors de l’enquête d’utilité publique à Plogoff (du 31 janvier au 14 mars 1980), les militants antinucléaires ont parfois fait passer la lutte sociale avant leur vie de couple, leurs préoccupations familiales ou leurs intérêts financiers (par exemple, dans le cas d’agriculteurs quittant pour plusieurs heures leur exploitation). Souvent âgés de moins de trente ans, les militants antinucléaires ont eu du mal à rattraper le fil d’une vie normale après 1981. “Cramés” par des années de lutte sociale, usés psychologiquement, parfois amers, certains opposants à l’atome ont payé le prix fort pour le rejet de la centrale nucléaire. C’est le cas, par exemple, de Jean Moalic, l’un des premiers militants de l’écologie politique dans le Cap-Sizun qui, en 1975, venait de terminer ses études, et s’était lancé à corps perdu dans la mobilisation. Sa “redescente” dans les années 1980 a été difficile. “Personnellement, j’ai mal encaissé la suite, le retour à une vie plus posée, se souvient-il. Je m’étais engagé à fond, ça faisait des années que je ne m’étais pas ménagé. Je n’avais pas pratiqué l’économie d’énergie !”</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne faut pas croire qu’une mobilisation sociale se déroule uniquement dans la magie de l’action. C’est d’abord une lutte, au plein sens du terme. Et une lutte ne laisse pas les rangs des militants parfaitement alignés, comme à la parade. Sous le “feu” des adversaires, des oppositions internes peuvent émerger et des désaccords intervenir entre les militants sur les façons de voir et de faire les choses. Cela a été le cas lors de la mobilisation antinucléaire bretonne, qui a rassemblé des personnes venues d’horizons sociaux très différents (étudiants, scientifiques, marins, retraités, femmes au foyer, etc.). Les opposants à l’atome civil ont été amenés à gérer des conflits internes, qui ont dévoré leur énergie sur le moment et qui ont laissé des traces dans leur mémoire militante. En 1984, Alain-Pierre Condette, le flamboyant “berger” de l’enquête d’utilité publique, a ainsi quitté la bergerie alternative, après s’être fâché avec une partie de la population de Plogoff. Autre exemple, Annie Carval, présidente du comité de défense de Plogoff, a subi l’incompréhension de certains habitants de la commune et en conserve une certaine amertume. Jean-Marie Kerloc’h lui-même, le maire de Plogoff entre 1971 et 1980, a eu maille à partir avec ses administrés, car on l’a soupçonné, à l’automne 1979, d’écouter d’un peu trop près les sirènes d’edf. De même, après l’enquête d’utilité publique à Plogoff, les opposants se sont régulièrement confrontés à la section communiste du Cap-Sizun qui, après s’être battue contre le projet de centrale, a basculé dans le camp des promoteurs de l’atome. C’est aussi cela, l’héritage de “Plogoff”. Dans le Cap-Sizun, et en particulier à Plogoff, les luttes intestines ont été intenses. Il en reste aujourd’hui quelques cicatrices, même si le temps a fait son œuvre et que la blessure n’est plus aussi vive. “C’était une aventure, confie Thérèse, une opposante plogoffite, épouse de marin de commerce. Les gens ne s’entendaient plus. Il y a eu trop… trop de tensions, trop de divergences de vue. Plogoff s’est un peu mal terminé à cause de tout ça…”</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dimension de la lutte antinucléaire explique aussi pourquoi l’après-1981 a été marqué par un recul de la mobilisation. N’en déplaise aux donneurs de leçon, les personnes mobilisées ne détiennent pas un stock inépuisable d’enthousiasme et d’énergie. S’engager dans une seule lutte, fut-elle locale, représente déjà beaucoup. “Plogoff” n’a pas pu, à elle seule, porter le mouvement antinucléaire français.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_2356" class="wp-caption alignright" style="width: 268px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/plogoff2.jpg"><img class="size-full wp-image-2356 colorbox-2349" title="plogoff2" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/plogoff2.jpg" alt="" width="258" height="169" /></a><p class="wp-caption-text">La centrale nucléaire projetée était d’une puissance de 5200 mégawatts (en comparaison, celle de Brennilis était de 70 mégawatts).</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les rétributions de la mobilisation</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si les coûts de la mobilisation de “Plogoff” ont parfois été lourds à assumer, il ne faut pas oublier que cette mobilisation sociale a aussi généré des rétributions. Ce terme ne s’entend pas ici dans un sens financier, mais plutôt de “bénéfices” psychologiques. En effet, l’une des principales caractéristiques d’une mobilisation sociale est de créer un espace-temps particulier, souvent éphémère. Les relations entre les personnes mobilisées peuvent y prendre un tour original. Le peintre Fernand Léger évoque “l’atmosphère surpoétique”<em> </em>que peut revêtir une expérience située hors du cours habituel de la vie sociale. Pour les antinucléaires, “Plogoff” a revêtu cette dimension surpoétique car, durant le temps de la mobilisation, un monde social nouveau a émergé pour eux.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a existé durant les événements une grande chaleur émotionnelle. Le plaisir de se retrouver ensemble afin de participer à une action commune inhabituelle a généré un vif plaisir. “Pendant tout le temps de la lutte, on a vécu dans un “village”, où il y avait une solidarité humaine qui était extrêmement forte, et qui dépassait le simple cadre de la lutte, souligne le berger Alain-Pierre Condette. Je n’ai jamais connu ça avant. Je ne connaîtrai certainement jamais ça après. C’est quelque chose de spécial. C’est une sorte de réelle fraternité humaine.” Par exemple, pendant les événements, une radio pirate (1) a été installée à Plogoff. Le studio de Radio-Plogoff devient rapidement un nouveau lieu de convivialité où chacun, sauf la police, peut passer librement. Le<em> Peuple breton </em>s’enthousiasme, en juin 1981 : “Dans le studio, qui se peuple à vue d’œil, c’est un autre forum. On vient y commenter les événements de la journée, les gosses y passent au retour de l’école vendre des billets de tombola pour l’Amicale laïque…”</p>
<p style="text-align: justify;">La lutte de “Plogoff” laisse des souvenirs impérissables dans la mémoire des participants. Dans les années 2000, cet héritage précieux demeure une source de ravissement. Les moments inoubliables sont nombreux : les marches d’opposants à Plogoff, sorte de “pardons” antinucléaires, l’arrivée des moutons du Larzac en mai 1980, les lancers de maquereaux sur les policiers lors des procès à Quimper après l’enquête d’utilité publique… Ces moments peuplent l’esprit des anciens militants et leur procurent un bonheur rétrospectif qui durera sans doute jusqu’à leurs derniers jours.</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe aussi aujourd’hui une certaine fierté d’avoir contribué à la mobilisation de Plogoff. Souvent épouses de marins de commerce, les militantes antinucléaires de Plogoff sont devenues les “femmes de Plogoff” (2). Ces femmes menaient jusqu’alors la vie de tout le monde, organisée et sans grande marge de manœuvre. Mais dans le cours de la mobilisation, elles ont montré qu’elles étaient été capables, dans des circonstances délicates, de sortir du rôle social qui leur était assigné. Elles ont alors assumé des tâches difficiles comme manifester, prendre la parole dans des réunions publiques ou coller des affiches. Aujourd’hui, ces femmes en conservent une grande fierté.</p>
<p style="text-align: justify;">Chez les militants écologistes de l’époque existe également une fierté d’“avoir eu raison”. Dans les années 1970, ils ont été moqués, en particulier par les autorités publiques. Aujourd’hui, leur discours s’est largement répandu. Les nombreux arguments mobilisés par les écologistes contre la centrale nucléaire de Plogoff sont devenus des lieux communs de la vie politique (logique de la démocratie participative, changement nécessaire des modes de vie et de consommation, économie d’énergie, etc.). Il y a enfin la fierté d’avoir fait reculer les ingénieurs plutôt arrogants d’edf, d’avoir forcé l’État à entendre raison, et d’avoir donc contribué à la vie démocratique du pays.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un savoir-faire antinucléaire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La lutte populaire de “Plogoff” est ensuite devenue un modèle de savoir-faire militant. Dès l’enquête d’utilité publique, les observateurs ont en effet été surpris par la force et la régularité de la mobilisation. “Plogoff” semble être entré immédiatement dans le patrimoine de la vie militante. En 1980, on a demandé aux Plogoffites et aux antinucléaires bretons de venir s’exprimer dans les principales villes bretonnes, puis dans des grandes villes en France (Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, par exemple), en Suisse, en Belgique, et en Allemagne. Les “Plogoff” ont donc pris régulièrement leur bâton de pèlerin pour aller porter la bonne parole antinucléaire. Leurs hôtes les invitaient pour comprendre ce qui s’était passé, et pour prendre une leçon de mobilisation.</p>
<div id="attachment_2376" class="wp-caption alignright" style="width: 546px"><img class="size-full wp-image-2376  colorbox-2349" title="plogoff6" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/plogoff61.jpg" alt="" width="536" height="356" /><p class="wp-caption-text">Au début des années 2000, les projets d’implantation d’un site de stockage des déchets nucléaires dans le massif armoricain ont entraîné une large mobilisation antinucléaire, comme ici lors d’une manifestation à Quintin.</p></div>
<p>La mobilisation antinucléaire bretonne a eu une durée assez longue, de la lutte d’Erdeven dans le Morbihan en 1974-1976, jusqu’à “Plogoff”, de 1978 à 1981. Cette durée a permis aux opposants d’accumuler un stock impressionnant d’arguments rhétoriques, de brochures et de journaux, de cassettes audio, de diapositives, qui ont pu ensuite être exploitées sur d’autres aires de mobilisations antinucléaires. Ces voyages pédagogiques alliaient donc le vif plaisir de recevoir la reconnaissance des pairs antinucléaires et de pouvoir partager une riche expérience en donnant des conseils pratiques.</p>
<p style="text-align: justify;">La transmission du savoir-faire antinucléaire a pris encore une dimension plus précise quand les “Plogoff” sont allés aider les populations d’autres lieux directement concernés par une implantation nucléaire. Sur le site déjà nucléarisé de Chooz, le gouvernement socialiste n’a pas renoncé, comme à Plogoff, à un projet de nouveau réacteur. Une cinquantaine de Capistes s’y est rendue, en car, en juillet 1980, afin de transmettre leurs connaissances aux Ardennais. Les leçons de “Plogoff” semblent avoir été bien acquises. En effet, lors de la seconde enquête d’utilité publique à Chooz en avril 1981, les opposants ont repris certaines des innovations bretonnes : confrontations quotidiennes avec les forces de l’ordre, occupation du terrain avec déversement systématique d’ordures ménagères sur le site policier, grande fête antinucléaire à la Pentecôte de 1981. De même, l’aire de mobilisation antinucléaire de la basse Loire a bénéficié de l’appui des “Plogoff” après 1981. En Loire-Atlantique, le site du Pellerin, jugé trop proche de l’agglomération nantaise, avait été abandonné. Mais les pouvoirs publics ont ensuite jeté leur dévolu sur un site situé plus en aval, au Carnet. En février 1982, la maire de Plogoff, Amélie Kerloc’h et une délégation de Plogoffites s’y sont rendus. Les opposants locaux ont repris à leur compte les techniques plogoffites : activité incessante de la mobilisation, arbres déposés en travers des routes, déversement d’ordures, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si “Plogoff” a eu des prolongements immédiats dans d’autres mobilisations sociales, elle n’a pas permis à ces acteurs directs de percer dans le champ politique.<strong> </strong>La mobilisation de Plogoff a effectivement fait partie du mouvement d’émergence de l’écologie politique en Bretagne. Mais les opportunités offertes aux anciens militants antinucléaires de recycler leur savoir-faire dans le champ politique ont été rares. Aucun militant antinucléaire n’a été élu député. Le seul bénéfice tiré de la mobilisation s’est le plus souvent limité à un poste de conseiller municipal. En 1977, Michel Le Corvec, kinésithérapeute, et opposant au projet de centrale à Erdeven, a été élu maire d’Étel dans le droit fil de la mobilisation antinucléaire. En Bretagne, l’écologie politique a d’abord percé dans les petites communes, ce qui correspondait assez bien au discours écologiste sur la volonté d’agir localement et sur la convivialité.</p>
<p style="text-align: justify;">À l’inverse du monde politique, les militants ont surtout investi le champ associatif. Après 1981, l’État a favorisé le développement d’associations de protection de l’environnement. Des opposants à l’atome civil ont pu se recycler dans les politiques publiques de protection de l’environnement. Les “écolos” sont ainsi passés des manifestations à l’expertise (3), portant leur cause d’une façon plus institutionnelle, même si ce travail est parfois resté obscur.<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> L</strong><strong>a mémoire militante</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La mémoire n’est pas seulement un phénomène psychique individuel, il existe également une mémoire collective qui conserve la trace de certains événements continuant ainsi à vivre dans la société. L’intérêt de cette mémoire est qu’elle n’est pas “naturelle”, c’est avant tout une construction sociale qui s’opère pour répondre aux besoins spécifiques de certains acteurs sociaux (revendication, réparation, etc.). La mémoire sociale ne procure donc jamais l’exacte image d’un événement du passé. Elle se constitue plutôt en donnant une interprétation de certains faits. Elle peut ensuite donner une grille de lecture à des acteurs pour agir dans le présent et dans le futur. On retrouve effectivement cette logique d’interprétation mémorielle dans le cas de la mémoire collective de Plogoff, pour servir de repères identitaires à d’autres mobilisations sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, dès 1985-1986, le souvenir de “Plogoff” a permis à d’autres mobilisations antinucléaires en Bretagne de se donner un modèle d’action. Car les promoteurs de l’atome civil n’ont jamais véritablement digéré leur “défaite” de 1981. Après le 10 mai, ils ont régulièrement cherché à réactiver le projet nucléaire breton. Présidé par Raymond Marcellin, le conseil régional de Bretagne a exercé des pressions fortes et régulières dans ce sens. Ce qui semble avoir porté ses fruits, puisqu’à la fin de 1985, le projet nucléaire est relancé. Il concerne cette fois la commune de Saint-Jean-du-Doigt, dans le Trégor finistérien, et la commune de Plouézec, entre Paimpol et Saint-Brieuc, dans le Goëlo.</p>
<p style="text-align: justify;">Après l’annonce de la relance du nucléaire en Bretagne, les réunions publiques ont à nouveau drainé les foules sur les aires de mobilisation concernées. “Plogoff” hante alors l’esprit de tous les acteurs de la nouvelle lutte. Les anciens opposants à l’atome civil des années 1970 ont ressorti des armoires leurs stocks de propagande. Tombées quelque peu dans l’oubli, parce qu’elles ont été moins intenses et moins longues que celles des années 1970, ces deux mobilisations antinucléaires ont eu l’opportunité de s’appuyer largement sur la mémoire de “Plogoff”. Ainsi, sachant les difficultés connues par les maires des communes concernées dans les années 1970, les élus éprouvaient une angoisse anticipée en imaginant la vie personnelle et politique qu’ils allaient devoir mener durant plusieurs années si le projet se faisait chez eux. De décembre 1985 à mai 1986, la Bretagne a donc vécu à nouveau à l’heure antinucléaire. En avril 1986, l’union des comités de défense de Plogoff, de Saint-Jean-du-Doigt et de Plouézec illustre le lien direct qui s’est établi entre les anciens opposants de Plogoff et les communes concernées par ce nouveau projet. Le 19 avril 1986, une rencontre a eu lieu à Quimper. “Les mamies batailleuses de Plogoff ont pris quelques cheveux gris, mais n’ont pas perdu la voix”, peut-on lire dans <em>Ouest-France</em>. Mais le 26 avril 1986, la catastrophe de Tchernobyl coupe court à la nouvelle polémique. L’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl rend indéfendable le nouveau projet des ingénieurs d’edf. L’impact psychologique auprès de tous les acteurs de la polémique est tel que le projet nucléaire breton et les mobilisations antinucléaires se sont arrêtées en juin 1986. “Merci Tchernobyl”, concluait alors <em>La Presse d’Armor</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">La mémoire antinucléaire de “Plogoff” a été réactivée quinze années plus tard, en 2000, lorsque l’État a lancé une “Opération granite” dans l’ouest de la France, dans le but de trouver un site de test d’enfouissement des déchets radioactifs. Les écologistes politiques et les habitants des communes concernées se sont fortement mobilisés. À nouveau, la référence à la mobilisation de “Plogoff” a servi d’exemple à la mobilisation, en particulier lors de trois grandes manifestations à Dinan, Brennilis, et Quintin, en mars et avril 2000.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Un symbole de résistance</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais la mémoire de “Plogoff” exerce aussi des effets en dehors du domaine spécifique de la contestation de l’atome civil. Trois exemples récents le démontrent. Tout d’abord, la création d’un parc marin sur le littoral de la mer d’Iroise a conduit les autorités publiques à organiser, en 2007, une enquête d’utilité publique afin de consulter les populations concernées. Il est étonnant de constater que le Cap-Sizun a été rapidement sorti du périmètre de cette consultation, alors qu’il était directement concerné par le projet de parc marin. En fait, l’opposition au parc marin a été assez forte dans cette zone, avec notamment le retour des panneaux revendicatifs sur le bord des routes comme au temps de “Plogoff”. Les habitants du Cap ont craint en particulier de ne plus pouvoir pêcher librement. Tout en ne le disant pas explicitement dans les médias, certains élus de la région ont redouté une mobilisation virulente des Capistes au moment de l’enquête d’utilité publique. Pour les pouvoirs publics, il fallait donc éviter absolument un “cauchemar” politique tel que celui de l’enquête d’utilité de l’hiver 1980. Le parc marin a été finalement créé, en repoussant à une date ultérieure l’intégration des communes du Cap-Sizun. Dans ce cas précis, la mémoire de “Plogoff” a pleinement exercé son influence.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre cas, en février 2008, les opposants à la création d’un aéroport international sur le site de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, mobilisent les figures du Larzac et de Plogoff pour donner aux promoteurs du projet une idée de leur détermination. Le souvenir de ces mobilisations est utilisé comme armes de dissuasion symbolique afin d’amener les promoteurs de l’aéroport à reconsidérer leur position. Enfin, toujours en 2008, au printemps, une forte mobilisation sociale émerge à Carhaix afin de revendiquer le maintien de services médicaux (la maternité notamment) menacés dans l’hôpital de la ville. La mémoire collective de “Plogoff” est, là encore, explicitement sollicitée. La perspective d’une victoire finale, à l’instar de “Plogoff”, sert en particulier à donner de l’espoir aux Carhaisiens mobilisés comme aux opposants au projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Dans le cas de Carhaix, la mémoire de Plogoff a eu des effets directs dans les manifestations. Le maire, Christian Troadec, se réclame de ce modèle, en particulier pour imaginer des actions durant les manifestations de rue (4). Lors d’une série de manifestations en juin 2008 à Quimper, les Carhaisiens ont en effet “rejoué” Plogoff : face à face avec les gendarmes mobiles (comme au début des “messes de 17 h”, lors de l’enquête d’utilité), embrasement systématique de pneus (comme sur les barricades de Plogoff), plaisanteries et quolibets adressés aux forces de l’ordre, etc. ; le tout avec le caractère répétitif des actions menées comme en 1980. Comme au temps des mobilisations antinucléaires des années 1970, les manifestants ont, en particulier, équilibré leurs virulentes actions en recourant au registre humoristique. Ainsi, une “catapulte”, puis un “canon” ont été amenés devant la préfecture pour des tirs d’artillerie symboliques sur la préfecture. Nuançons ces remarques en soulignant que “Carhaix” ne doit pas tout à “Plogoff”. Le côté très organisé et percutant de la mobilisation de Carhaix est aussi lié à la présence de nombreux bénévoles du festival des Vieilles Charrues, qui ont recyclé dans la mobilisation leur savoir-faire associatif. Sans oublier la longue tradition revendicative et militante qui caractérise la capitale du Poher. Dans ce cas particulier, la mémoire collective d’une mobilisation, vieille de trente années, a servi, pour partie, de support symbolique et pratique aux personnes mobilisées.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>“Plogoff” dans la matière de Bretagne </strong>?</p>
<p style="text-align: justify;">Comment expliquer cette prégnance de “Plogoff” dans la mémoire sociale ? Certes, cette mobilisation antinucléaire a été exceptionnellement longue et intense, elle a donc marqué profondément les esprits. Au niveau hexagonal, la mobilisation de “Plogoff” a été l’une des rares victoires remportée par le mouvement antinucléaire sur les promoteurs de l’atome. Elle a, depuis, contribué à la constitution de l’identité des tenants de l’écologiste politique. À l’université d’été des Verts, organisée à Quimper du 23 au 26 août 2007, les participants ont été conviés à une projection du film documentaire de Nicole Le Garrec, <em>Des pierres contre des fusils, </em>tourné lors de l’enquête d’utilité publique<em>. </em>Le débat qui a suivi n’a pas été un moment d’échanges théoriques sur les orientations du parti, mais plutôt un moment de convivialité, autour d’une mobilisation sociale qui constitue une des pièces du costume d’Arlequin de l’identité des écologistes.<img class="alignleft size-full wp-image-2404 colorbox-2349" title="plogoff" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/plogoff.jpg" alt="“Boule de neige”, par Cabu, en 1981 : “Plogoff” a effectivement laissé une trace dans la mémoire policière…" width="256" height="351" /></p>
<p style="text-align: justify;">Autre explication probable de cette prégnance de “Plogoff”, les anciens acteurs sont toujours là. Souvent âgés de moins de trente ans dans les années 1970, ils colportent volontiers les hauts faits de leur jeunesse, quitte parfois à agacer les jeunes d’aujourd’hui, qui leur trouvent parfois des airs d’“anciens combattants”, un peu ennuyeux avec leur “guerre de Plogoff”.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il est aussi possible de faire l’hypothèse d’un ancrage plus profond de “Plogoff” dans la mémoire collective en Bretagne. Il est probable que son souvenir soit devenu une sorte de récit emblématique, une figure de la résistance sociale, qui pourrait lui assurer une longue postérité. Au-delà du côté biblique de la mobilisation qui a souvent été souligné (David contre Goliath), il y a en effet comme une sorte de merveilleux démocratique dans le récit de “Plogoff”. Après analyse, la structure de base de ce récit peut se composer comme suit : “Dans un petit village breton, des habitants ont résisté à l’arrogance des autorités qui voulaient leur imposer une centrale nucléaire dont ils ne voulaient pas. Après s’être bien battus, ils ont confié la destinée de leur combat à un candidat à l’élection présidentielle. Une fois élu, ce candidat tint parole. Le projet de centrale fut abandonné et les habitants retrouvèrent la tranquillité.” Au final, la morale démocratique a été respectée. C’est ce qui confère sans doute à “Plogoff” cette aura particulière. Ce côté merveilleux en fait un récit qui possède une grande force, qui pourrait lui permettre de s’ancrer profondément dans la mémoire collective bretonne. Avec la “geste de Plogoff”, il est bien possible que la matière de Bretagne s’enrichisse d’un nouveau récit. La matière de Bretagne est cet ensemble ancien et hétérogène de contes, de légendes et de chansons (cycle arthurien, <em>gwerzioù</em>, etc.) formant un imaginaire qui inspire de façon très profonde la vie sociale et culturelle. Mais ce fonds ancien n’est pas figé. Il s’actualise à chaque époque et peut intégrer ainsi de nouvelles légendes. Ce qu’on appelle “tradition” n’est pas toujours “ancien”. Avec le temps, la mobilisation de “Plogoff” va donc peut-être rejoindre ce fonds culturel et devenir la “légende de Plogoff”. Il existe déjà tout un répertoire de chansons sur cet événement.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, la mobilisation plogoffite a contribué à l’actualisation de l’identité bretonne, en y ajoutant une dimension antinucléaire qui n’existait pas auparavant, ce qui dit bien le fameux autocollant proclamant : “Nukleel ? Non trugarez !” En Bretagne, les créateurs ont d’ailleurs bien saisi la dimension culturelle qu’a revêtue la mobilisation antinucléaire. Par exemple, en 2005, les membres de Korriged Is, le cercle celtique de Douarnenez, ont conçu un spectacle dansé sur ce thème. Cette sorte de comédie musicale, baptisée “Plogoff, an Arvest !” (“Plogoff, le spectacle !”) a été régulièrement donnée en Cornouaille, entre 2005 et 2008. Elle est presque entièrement centrée sur le moment de l’enquête d’utilité publique et sur la confrontation avec les gendarmes mobiles. Gildas Sergent, le chorégraphe du spectacle, a vécu lui-même les événements. Mais les acteurs et les danseurs sont des jeunes du cercle celtique qui reprennent pour en faire une création ce qui est presque devenu pour eux un récit littéraire. Pour les concepteurs de ce spectacle, “Plogoff” est d’ailleurs “un moment marquant de la culture bretonne”. Pour eux, le nucléaire civil n’était pas le sujet principal. Il s’agissait plutôt de représenter une énergie, une capacité de résistance contre l’absurdité et contre la violence, à l’instar de l’énergie que retrouva le roi Arthur pour sortir de sa torpeur.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans vouloir jouer les prophètes, il est donc possible de dire que nous n’avons pas fini d’entendre parler de “Plogoff”. Ce qui a été une mobilisation antinucléaire d’une grande force sociale possède en effet un héritage important. En montrant qu’un combat n’est jamais perdu d’avance, la mobilisation de Plogoff continue de vivre dans les esprits. Elle continue aussi d’exercer des effets dans la réalité sociale : d’un côté, en donnant un modèle à suivre pour des acteurs sociaux qui chercheraient à agir collectivement, et, de l’autre, en inspirant des projets artistiques. “Plogoff” n’a pas seulement servi les opposants qui habitaient le Cap-Sizun. Elle a permis de nourrir d’autres mobilisations. Elle inspire la vie sociale et culturelle. À propos de “Plogoff”, un militant du Parti socialiste unitaire (psu) des années 1970 soulignait d’ailleurs : “On a appris des choses. Donc, à partir du moment où on apprend, on reçoit, et après on peut donner.”</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h1 style="text-align: justify;">Sept ans de mobilisation</h1>
<p style="text-align: justify;">
<ul>
<li>Mars 1974</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">À la suite du choc pétrolier, le gouvernement décide de l’accélération du programme nucléaire français. Le slogan proclame : “200 centrales en l’an 2000”.</p>
<ul>
<li>Décembre 1974</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">La carte des sites retenus par edf pour recevoir une centrale est publiée. En Bretagne, les sites d’Erdeven (Morbihan), de Saint-Vio (Tréguennec, dans le pays bigouden), de Guimaëc (Trégor), et de Plogoff sont retenus. Le site de Porsmoguer (bas Léon) vient s’y ajouter en avril 1975.</p>
<ul>
<li>1974-1976</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Forte mobilisation antinucléaire à Erdeven. Le projet de centrale est repoussé.</p>
<ul>
<li>9, 10, et 11 juin 1976</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Mobilisation des “barrages” à Plogoff. Pendant trois jours, les opposants empêchent des ingénieurs de pénétrer sur le territoire de la commune pour faire des sondages géologiques. Un comité de défense de Plogoff est créé. Il est présidé par le maire, Jean-Marie Kerloc’h.</p>
<ul>
<li>11 septembre 1978</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Constitution du gfa de Plogoff (groupement foncier agricole) afin d’acquérir le grand nombre possible des terrains visés par edf.</p>
<ul>
<li>17 septembre 1978</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">5000 manifestants au “pardon antinucléaire” de Plogoff.</p>
<ul>
<li>18 novembre 1978</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">8000 personnes pour une manifestation antinucléaire à Quimper.</p>
<ul>
<li>12 et 25 septembre 1978</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Le comité économique et social, puis le conseil régional, retiennent définitivement le site de Plogoff.</p>
<ul>
<li>29 novembre 1978</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Le conseil général du Finistère retient aussi le site de Plogoff.</p>
<ul>
<li>3 juin 1979</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">15000 manifestants à Plogoff pour une marche antinucléaire.</p>
<ul>
<li>Novembre 1979</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Crise de la mobilisation de Plogoff. Le maire Jean-Marie Kerloc’h abandonne la présidence du comité de défense. Les opposants lui reprochent de se laisser influencer par edf. Annie Carval, 36 ans, épouse de marin au commerce, prend la présidence du comité de défense.</p>
<ul>
<li>31 janvier au 14 mars 1980</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Six semaines d’enquête d’utilité publique. Constitution de barricades, “vendredi noir” le 29 février avec onze manifestants arrêtés. Installation du “berger de Plogoff”, Alain-Pierre Condette, dans la bergerie alternative de Feunteun-Aod. Retournement de la fédération du pcf en faveur du projet nucléaire. Le 5 mars, éditorial à la une d’<em>Ouest-France </em>à propos de “Plogoff”, écho de “Plogoff” également dans les médias nationaux et internationaux. Procès au tribunal de Quimper des manifestants arrêtés à Plogoff, 7000 manifestants à la dernière des “messes de 17 h” pour saluer le départ quotidien des gendarmes mobiles.</p>
<ul>
<li>16 mars 1980</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">50000 manifestants à la pointe du Raz pour la fête marquant la fin de l’enquête d’utilité publique.</p>
<ul>
<li>24 et 25 mai 1980</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Environ 100000 personnes à la “Pentecôte antinucléaire” de Plogoff, qui a été une sorte “Woodstock capiste” à la baie des Trépassés (avec le chanteur Jacques Higelin à l’affiche).</p>
<ul>
<li>9 avril 1981</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><em>“</em>Plogoff ne figure pas et ne figurera pas dans mon programme nucléaire”. Au tout début de son meeting à Brest, François Mitterrand, candidat socialiste à l’élection présidentielle, fait solennellement la promesse de stopper le projet de “Plogoff” s’il est élu.</p>
<ul>
<li>10 mai 1981</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Élection de François Mitterrand à la présidence de la République. L’abandon du projet de Plogoff est acté lors du premier conseil des ministres du septennat, le 27 mai 1981.</p>
<ul>
<li>28 juin 1981</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Fête de la victoire à Plogoff, dernier rassemblement majeur du mouvement antinucléaire breton des années 1970.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">*<strong><em> Gilles Simon est journaliste et auteur d'une thèse de doctorat sur le combat des  antinucléaires à Plogoff.</em></strong></p>
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		<title>Quel projet pour la Bretagne à l&#8217;heure des régionales ?</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Feb 2010 06:15:57 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[France 3 ouest a convié dimanche soir quatre invités, dont la revue ArMen, a une émission portant sur les enjeux concernant la Bretagne à l'approche des prochaines élections régionales. Partis, environnement, économie, démographie, identité : beaucoup de thèmes ont été abordés très librement. On notera les nombreux références à d'autres régions européennes données par les ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>France 3 ouest a convié dimanche soir quatre invités, dont la revue ArMen, a une émission portant sur les enjeux concernant la Bretagne à l'approche des prochaines élections régionales. Partis, environnement, économie, démographie, identité : beaucoup de thèmes ont été abordés très librement. On notera les nombreux références à d'autres régions européennes données par les participants. Pour regarder la vidéo, cliquez sur l'image ci-dessous :</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://info.francetelevisions.fr/video-info/index-fr.php?id-video=000096056_CAPP_EmissionspcialeRgionales2010enBretagne_130220100806_F3"><img class="size-full wp-image-2341 aligncenter colorbox-2339" title="émission régionales" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2010/02/émission-régionales.jpg" alt="" width="528" height="301" /></a></p>
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		<title>Muscadet, les raisins du succès</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Dec 2009 15:08:36 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[En trois décennies, le muscadet, le vin emblématique du pays nantais et pour certains, de la Bretagne, a beaucoup changé. La moindre qualité d’une partie de la production lui a longtemps fait du tort. Au fil des ans, il est pourtant devenu une appellation reconnue grâce à de grands vignerons récompensés pour leur engagement en ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>En trois décennies, le muscadet, le vin emblématique du pays nantais et pour certains, de la Bretagne, a beaucoup changé. La moindre qualité d’une partie de la production lui a longtemps fait du tort. Au fil des ans, il est pourtant devenu une appellation reconnue grâce à de grands vignerons récompensés pour leur engagement en faveur de l’environnement, de la qualité de la vigne et du travail au chai.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/muscadet2.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1958 colorbox-1955" title="muscadet2" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/muscadet2.jpg" alt="muscadet2" width="290" height="181" /></a>Emmanuel Torlasco, le dynamique directeur d’Interloire depuis 2008, s’amuse des préjugés sur le muscadet. Il aime faire goûter des muscadets de garde à l’aveugle aux plus sceptiques des chefs d’entreprises ou des membres de clubs de dégustation quant aux vertus du cépage phare de la région nantaise : le melon de Bourgogne (1). Il exulte lorsqu’ils lâchent : “C’est un Bourgogne !” Ou encore : “Si c’est cela le muscadet, j’en veux !”. Mais Emmanuel Torlasco précise que s’il obtient aujourd’hui ce résultat, en 1980, il aurait été bien en peine de trouver de telles bouteilles.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un grand terroir</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le Muscadet n’a pourtant rien à envier aux plus grands terroirs de l’Hexagone. Cette appellation de onze mille cinq cents hectares, la plus importante de France, s’étend des confins du lac de Grandlieu à ceux de la Loire angevine, des portes de Nantes à celles de la Vendée. Située dans le Massif armoricain, elle possède une diversité de terroirs qui ont amené à délimiter quatre appellations distinctes : une appellation générique Muscadet, créée en 1937, qui peut être utilisée sur l’ensemble du territoire et concerne actuellement trois mille hectares de vignes. L’appellation Muscadet Sèvre et Maine, créée en 1936, est la plus vaste et occupe huit mille deux cents hectares sur les coteaux qui surplombent la Sèvre. Elle est assise sur des roches métamorphiques (gneiss, schistes, micaschistes), cristallines (granite) et même volcaniques (amphibolite, serpentinite). Les vins sont souvent charpentés, avec une bonne aptitude de garde. Avec deux cents hectares de vignes, l’appellation Muscadet Coteaux de la Loire, créée la même année, est la plus petite des appellations. Ses coteaux schisteux ou granitiques dominent le fleuve sur les deux rives et ses vins sont plus corsés et charpentés, avec des arômes de pierre à fusil. Enfin, l’appellation Muscadet Côtes de Grandlieu, créée plus récemment, en 1994, concerne trois cents hectares de sols composés de sables et galets. Ses vins sont souples et floraux. Le Muscadet est aussi le vignoble français où l’influence marine se fait la plus forte : ensoleillement réduit, pluviométrie importante. Cela sied au melon de Bourgogne, qui donne des vins vifs, nerveux et parfois iodés.</p>
<p><strong>Une réputation malmenée</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La Bretagne, et particulièrement la haute Bretagne, a eu un vignoble dès le Moyen Âge, notamment sur les domaines ecclésiastiques, pour produire du vin de messe. C’est au xviie siècle que l’on commence à planter des pommiers et que l’administration colbertiste ordonne l’arrachage des vignes bretonnes. Le vignoble nantais semble avoir existé dès le ive siècle. Saint Martin, qui fonda le monastère de Vertou en 575, contribua à le développer au sud de Nantes. Les Vikings y portèrent un coup d’arrêt sérieux. Alain Barbetorte les chassa au xe siècle et permit ainsi la reprise de la culture de la vigne. Au Moyen Âge, les vins sont blancs et surtout rouges, issus de cabernet franc et de berligou. Au xvie siècle, le vignoble nantais, poussé par la demande des pays d’Europe du Nord, se tourne vers les vins blancs. Apparaissent alors la Folle blanche (cépage du Gros-plant), très appréciée pour la distillation et le melon de Bourgogne. L’hiver très froid de 1709 détruit moins le melon que les autres cépages, ce qui incite à le replanter. Au xviiie siècle, les Nantais délaissent quelque peu le vignoble, occupés au plus lucratif commerce triangulaire. En 1884, juste avant la crise du phylloxera, un parasite de la vigne venu d’Amérique du Nord, le vignoble nantais occupait trente mille hectares. On l’a replanté avec des hybrides américains résistants, mais qui ont orienté la production vers des vins de masse. Parallèlement, dès 1900, la technique du greffage de cépages européens sur des pieds américains a permis au melon de Bourgogne de regagner du terrain, l’avènement des appellations aboutissant au retrait des hybrides dans les années 1970. À la fin des années 1980, le contexte est favorable : la demande est forte et 45 % de la production est exportée vers le Royaume-Uni (lire le premier numéro d’ArMen). Par conséquent, on plante. À la vigne comme à la cave, c’est le bond en avant technologique. La concentration s’impose : on passe ainsi de mille six cent cinquante exploitations spécialisées en 1975 à six cents aujourd’hui, la taille moyenne de chacune dépassant les vingt hectares. Mais la croissance du marché, ainsi que les progrès techniques, ne sont pas forcément synonymes de qualité, bien au contraire. Le consommateur réagit à cette détérioration, à commencer par les Nantais. Et le mal est fait. La moitié des membres d’un panel constitué pour cet article (2) a déclaré ne pas boire de muscadet, dont 29 % pour des raisons de santé : douleurs à l’estomac, maux de tête, de cœur, coliques, traitements incompatibles. Ils étaient 18 % à considérer le muscadet comme un “vin de comptoir”. Rejet du vin d’antan ou de celui d’aujourd’hui ? Dans les années 1990, la crise de surproduction et son plan d’arrachage en corollaire ont réajusté la production à la consommation. Avec l’urbanisation et la tendance à boire moins, mais mieux, les vignerons travaillent désormais sur la qualité.</p>
<p><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/muscadet3.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1959 colorbox-1955" title="muscadet3" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/muscadet3.jpg" alt="muscadet3" width="290" height="181" /></a></p>
<p><strong>Des vignes sous haute surveillance</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Louis Brosseau, à la veille de prendre sa retraite, est conseiller viticole à la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique depuis 1972. “Les herbicides sont apparus dans le vignoble il y a trente ans, en partie parce que les viticulteurs se sont aperçus que les vignes gelaient moins facilement et que les blessures étaient moins nombreuses, explique-t-il. Cela a duré au moins jusqu’en 2000. Ensuite, il a fallu reconnaître la dégradation de la qualité de l’eau et chercher des solutions. Pour ralentir l’écoulement des eaux, piéger les polluants, presque tous les exploitants ont alors enherbé les tournières (3), il y a une dizaine d’années.” Les herbicides résiduaires ont ainsi été fortement réduits au profit des herbicides foliaires, qui ne restent pas dans le sol. Enfin, depuis 2004, le programme Vign’Sol permet d’expérimenter l’abandon des herbicides sur quatre terroirs différents pour observer les évolutions. Quant aux pesticides, dix stations météo sont aujourd’hui réparties dans l’aire d’appellation. “Cent soixante-quinze viticulteurs font partie du réseau Ariane, créé à la fin des années 1990, poursuit Jean-Louis Brosseau. Comme les conseillers viticoles, ils transmettent leurs observations et reçoivent des informations hebdomadaires. D’un traitement préventif systématique, on est passé à un traitement en cas de risques. En quarante ans, le nombre de traitements a ainsi été divisé par deux.”</p>
<p style="text-align: justify;">Côté vendanges, en 1985, la Chambre d’agriculture a mis en place un réseau de surveillance de la qualité des raisins. Les contrôles de maturité sont diffusés gratuitement à tous les vignerons qui le souhaitent. C’est sur cette base que l’Institut national des appellations d’origine (Inao) propose au préfet le ban des vendanges (4). Cette date est en effet capitale. “Plus le raisin est mûr, moins il est acide, plus le vin a d’arômes”, explique Anne Athimon. Avec sa sœur et son gendre, elle dirige le domaine familial et multiséculaire des Génaudières, qui surplombe la Loire, au Cellier. Côté mécanisation, les deux premières machines à vendanger sont apparues dans le vignoble nantais en 1979. Quatre ans plus tard, on en comptait cinquante-trois. Aujourd’hui, 90 % des vignes sont vendangées mécaniquement. Jean-Louis Brosseau avoue ne pas pouvoir différencier deux vins issus de la même parcelle, vendangé à la main ou mécaniquement. “Un très bon vigneron qui fait de la vendange mécanique fera mieux qu’un mauvais vigneron en vendange manuelle. La machine à vendanger doit avancer lentement, le raisin doit être pressé tout de suite.”</p>
<p><strong>Retour à la qualité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le rendement, qui dépend étroitement de la conduite de la vigne, est un élément déterminant pour la qualité du vin. Quand on fait “pisser la vigne”, le raisin est peu concentré et le vin obtenu n’a pas beaucoup de matière. Pour contrôler le rendement, certains viticulteurs taillent désormais plus court et reviennent, après une période de désherbage tous azimuts, à un enherbement maîtrisé de leurs vignes (labour, désherbage thermique). Ils pratiquent ce que l’on appelle les “vendanges en vert” qui permettent, en diminuant le nombre de grappes par cep, de concentrer les arômes. Bien que les rendements autorisés aillent de 55 à 65 hectolitres par hectares, ces viticulteurs se limitent de 40 à 45 hectolitres par hectare. Dans le verre, cela se traduit d’emblée par une couleur plus soutenue. Joseph Landron, à la tête du domaine familial de La Louvèterie, qui couvre trente-six hectares à La Haye-Fouassière, berceau du muscadet, considère que la course au rendement pour produire des vins de consommation courante n’est plus d’actualité : “Chercher à produire 70 hectolitres par hectares, c’est plomber le vignoble. Les producteurs de vin de masse n’ont plus leur place en France : on sera toujours trop cher.” La qualité se niche, elle aussi, dans les détails. Par exemple, grâce à l’effeuillage, le vigneron cherche à aérer davantage la grappe, ce qui donne une expression aromatique plus intense.</p>
<p style="text-align: justify;">Les progrès réalisés dans le vignoble nantais sont également liés à l’élévation du niveau d’études. “Les vignerons connaissent leur sous-sol comme leurs parents ou grands-parents ne l’ont jamais connu et cela ne coûte pas cher, affirme le directeur d’Interloire. Ils sont davantage capables de caractériser leurs vins”. Le résultat se voit dès l’étiquette ou la contre-étiquette : on voit fleurir les cuvées “géologiques” (granite, amphibolite, serpentinite, schiste), autrement dit des vins issus de parcelles sélectionnées. Le muscadet se découvre des terroirs et les valorise. Pierre-Marie Luneau, associé à son père, Pierre Luneau, à la tête d’un domaine de cinquante hectares au Landreau, ne voit pas que des inconvénients au parcellaire très morcelé de l’exploitation : “Nous avons différents terroirs et expositions, donc différentes cuvées.” À La Louvèterie, Joseph Landron explique que “les vins s’apprécient par comparaison et par différence.” Si son Fief du Breil donne des vins typés (minéraux, fruités et fumés), toujours bons, quels que soient les millésimes, c’est parce qu’il y a un vrai terroir : “Des parcelles en pente, exposées plein sud, sur orthogneiss et quartz, une fraîcheur qui, par temps de brouillard, monte de la Sèvre nantaise toute proche. Il n’y a fondamentalement pas de mauvais millésimes sur un bon terroir.”</p>
<p style="text-align: justify;">La qualité à la vigne peut aussi se mesurer à travers l’engagement des viticulteurs dans des démarches certifiées : si Guy Bossard, du domaine de l’Ecu, au Landreau, qui pratique l’agriculture biologique depuis 1975 et la biodynamie depuis 1996, fait figure de pionnier et de maître incontesté, ils sont aujourd’hui neuf à l’avoir rejoint. Joseph Landron en fait partie : “Le point de départ, c’était en 1987, lorsque j’ai vu des jeunes vignes de moins de dix ans stressées par la chimie, se souvient-il. Après dix à douze passages de tracteur, l’interrang n’est plus utilisable par la vigne qui ne se développe plus en surface. En bio, j’augmente la profondeur du sol utile à la plante. J’ai quand même mis cinq à sept ans pour retrouver un sol intéressant. Le résultat, ce sont des vins plus minéraux qui magnifient le sous-sol.”</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, même si cela reste dans le cadre de l’agriculture conventionnelle, quarante exploitants sont engagés dans la démarche Terra Vitis, qui prône une viticulture raisonnée. “Les bios ne progressent plus, analyse Jean-Louis Brosseau, même si beaucoup voudraient revenir à des labours et abandonner les herbicides qui coûtent cher, car le prix de la bouteille de muscadet est trop bas.” Serge Batard, en conversion en bio, passait une heure pour désherber un hectare de vigne ; il en passe aujourd’hui huit pour les labourer. S’y ajoutent des rendements dérisoires en 2008, notamment à cause du gel de printemps, qui leur ont fait perdre de précieux marchés. D’autres, comme Joseph Landron, estiment que le bio intéresse les jeunes viticulteurs. “Après la guerre, la génération de mes parents a été productiviste, elle avait peur de manquer. Le vin se vendait bien. Aujourd’hui, j’ai des copains prêts à aller en bio, mais qui n’ont pas franchi le pas pour l’instant, par peur de perdre leur récolte.”</p>
<p style="text-align: justify;">Certains exploitants du pays nantais ont déjà poussé très loin leur démarche et s’intéressent au milieu dans lequel s’insère la vigne. Au Landreau, Guy Bossard évoque fièrement le relevé floristique effectué par Pierre Dupont, un botaniste qui a dénombré pas moins de cent quatre-vingt-quatre espèces de plantes différentes, dans et à proximité immédiate de ses vignes. Joseph Landron suit la même logique. “Il faut réimplanter des prairies et des haies pour limiter les effets du vent, favoriser la faune auxiliaire. Des bandes fleuries, à gibier, sont de bonnes mesures compensant l’absence d’herbe dans les rangs. Il faudrait intégrer un ratio dans l’exploitation : 3 %, par exemple, de la surface non plantée en vigne.”</p>
<p><strong>La vinification</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Agriculteur en premier lieu, le vigneron est aussi vinificateur. De la maîtrise des techniques et des additifs dépendra la qualité de ses vins. À tout seigneur tout honneur, il faut d’abord évoquer la technique de vinification sur lie, particulière au muscadet : “Au milieu du siècle dernier, un vigneron avait exceptionnellement gardé une barrique pour le mariage de sa fille jusqu’au printemps. Et l’on s’est aperçu que c’était meilleur”, explique Jean-Louis Brosseau. Depuis, la vinification sur lie, c’est-à-dire la conservation des dépôts (potasse, acide tartrique, levures, etc.) pendant l’élevage, a été réglementée. Pour recevoir la mention “sur lie”, un vin ne doit être embouteillé qu’entre le 1er mars et le 30 novembre qui suit la vendange, soit six à quatorze mois plus tard. Pour améliorer encore la technique, des vignerons pratiquent des “bâtonnages” afin de remonter les lies en surface et redonner du gras au vin.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre facteur de qualité, le rôle primordial joué par la maîtrise des températures de fermentation autour de 20 °C a été démontré par la société d’intérêt collectif agricole et de recherche expérimentale (Sicarex), créée dans le vignoble nantais en 1979. “Cela a changé le muscadet, explique Jean-Louis Brosseau. Il est devenu moins acide, car vendangé plus mûr, et plus aromatique, même si les arômes sont discrets.”</p>
<p style="text-align: justify;">Et le soufre ? C’est lui qui, en excès, donne des maux de tête. Il se décèle à l’odeur et au picotement dans la gorge. En fait, le vigneron ne peut quasiment pas s’en passer pour lutter contre l’oxydation, de la fermentation à la mise en bouteille. “Dans le passé, le soufre était mis à la louche (150 mg/l de soufre au total, soit 60 mg de soufre libre), aujourd’hui, on le met à la petite cuillère (80-90 mg/l de soufre total, soit 30 mg de soufre libre)”, explique Jean-Louis Brosseau. Cela est devenu possible grâce aux progrès de l’hygiène, au développement des caves souterraines plus fraîches et à la maîtrise des conditions de filtration.</p>
<p style="text-align: justify;">Les levures essentielles à la fermentation jouent aussi un grand rôle sur le plan aromatique. Pour mieux maîtriser la fermentation, les vignerons ont d’abord utilisé des levures indigènes séchées, lyophilisées, puis sont passés, il y a une vingtaine d’années, à des levures commerciales souvent aromatisées. “Aujourd’hui, on revient à des levures qui permettent la dégradation des sucres sans modifier les arômes”, estime Jean-Louis Brosseau. L’auteur de cet article a cependant récemment pu mesurer le chemin qui reste à faire en constatant qu’un muscadet millésimé que lui a fièrement proposé de déguster un vigneron était levuré à l’excès (6). Les arômes sont parfois plus discrets, mais encore perceptibles. Les vins n’utilisant que les levures indigènes ont des arômes moins floraux, plus fruités et plus discrets en intensité.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains vignerons cherchent désormais à intervenir le moins possible, “pour respecter le raisin et son origine”, explique Serge Batard, vigneron à Saint-Léger-des-Vignes, en Côtes de Grandlieu. Il pousse cette logique à son maximum : “Une parcelle, une cuve, une mise en bouteille. Par exemple, le Domaine Les Granges provient uniquement de la parcelle Les Granges ; il est vinifié dans une seule cuve, la numéro 5 et mis en bouteille en une fois”. Dans ce cas, les autres cuvées domaniales reflètent moins un terroir particulier que le niveau moyen de l’exploitation : on vinifie séparément les parcelles et on assemble à la fin de façon à obtenir un niveau qualitatif relativement constant d’une année sur l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, pour travailler la qualité, s’il n’existe pas à proprement parler de vinification biologique (le vin bio est en fait un vin issu de raisins produits en agriculture biologique), il y a bel et bien une charte de vinification de la fédération nationale interprofessionnelle des vins d’agriculture biologique, qui vise à “éliminer tous les additifs œnologiques qui ne sont pas issus de l’agriculture biologique ou qui ne sont pas certifiés non-ogm”, explique Joseph Landron.</p>
<p><strong>Des vignerons devenus chercheurs</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le caveau joliment aménagé en pierre de pays du domaine de l’Ecu, au Landreau, on déguste bien sûr en compagnie d’Annie Bossard qui défend haut, fort et avec justesse les couleurs du vin de son mari, mais on trouve aussi en consultation les meilleurs ouvrages, guides et revues sur le vin, une collection de bouteilles de vignerons bios et bien d’autres choses encore. Serge Batard a, quant à lui, été caviste pendant six ans avant de reprendre l’exploitation familiale : “Cela m’a permis de connaître d’autres vignerons et d’autres manières”. Dans la jeune génération, cela paraît incontournable : Pierre-Marie Luneau, 29 ans, a fait un bts de viticulture à Bordeaux avant de s’associer à son père. Il a fait ses classes dans de grandes maisons dans le Médoc, le Sancerre, le Languedoc et en Australie. Il en est revenu avec des idées qui n’ont visiblement pas heurté son père, notamment la répartition des tâches à la vigne comme à la cave.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains vignerons sont toujours prompts à expérimenter. Ainsi, Serge Batard est-il précurseur lorsqu’en 1985, plutôt que d’assembler des parcelles de tous âges, il se lance dans l’élevage de l’un de ses clos de vieilles vignes et qu’il utilise des barriques de chêne neuf plutôt que des foudres usagers ou des cuves enterrées. À partir de 2005, il se lance dans l’élevage de la même parcelle, mais en cuve enterrée et sur neuf mois. Sur le terrain de l’élevage long, d’autres l’ont cependant précédé. Le domaine Luneau-Papin (dès 1976) ou André-Michel Brégeon, à Gorges, réalisent des élevages encore plus longs qui vont jusqu’à deux, trois, voire cinq ans. Certains vignerons ont aussi adopté, après la fermentation alcoolique, une seconde fermentation appelée malolactique, jusque-là jamais pratiquée en vignoble nantais et qui assouplit le vin, lui fait perdre de l’acidité. Cette technique est toujours couplée à un élevage long. Elle donne du gras et un côté “beurré” au muscadet. D’autres essayent de se passer de soufre, tel Joseph Landron avec sa cuvée “Melonix” : “Il s’agit d’évaluer les risques qu’on encourt, sans l’emploi de soufre, à la vinification”. La qualité est enfin une philosophie. Anne Athimon parle d’éthique quand elle évoque l’enherbement commencé il y a deux ans, l’adoption de méthodes biologiques pour la première fois cette année, après une démarche de lutte raisonnée.</p>
<p><strong>Des efforts vendangés ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les clients resteraient-ils insensibles aux efforts considérables déployés par les vignerons du muscadet ? Toujours selon notre enquête, les Nantais sont aujourd’hui 47 % à déclarer que le muscadet constitue une bonne appellation, contre 18 % à dire que c’est un vin de comptoir et 29 % à le considérer comme une appellation où se côtoient des vins très bons ou très médiocres. Ils sont 60 % à en consommer une à cinq bouteilles par an, 14 % six à dix bouteilles, 23 % onze à vingt-cinq et 3 % plus de vingt-cinq.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour que leurs efforts soient reconnus, dès 1999, certains vignerons se sont engagés dans une démarche de qualité. Il s’agit de promouvoir des muscadets d’excellence (crus communaux) sur des terroirs différenciés (granite de Clisson, Gorgeois, rubis de la Sanguèze, schiste de Goulaine) grâce à un cahier des charges rigoureux : rendements limités à 42 hl / ha, minimum de vingt mois d’élevage sur lie, prix minimum de sept ou huit euros, etc. Au final, on obtient des muscadets qui ont une couleur dorée, du gras, de la puissance, des arômes nets de fruits confits, d’acacia, de miel, de beurre ; des muscadets à boire cinq, dix, voire cinquante ans plus tard ! Cette démarche trouve un écho, selon Emmanuel Torlasco, auprès d’une clientèle qui “atomise sa consommation et ses achats”. La demande de la restauration nantaise anticipe d’ailleurs, selon lui, la demande des particuliers. Mais pour officialiser les crus communaux, c’est-à-dire obtenir le droit de le mentionner sur l’étiquette, il reste à passer entre les fourches caudines de l’Inao : éprouver différentes années climatiques, faire reconnaître des pratiques similaires. Jean-Louis Brosseau et Emmanuel Torlasco espèrent voir la démarche aboutir pour 2015. Les précurseurs et la quarantaine de viticulteurs produisant déjà des crus communaux trouvent le temps bien long et déplorent le paradoxe d’un muscadet qui, au-delà de quatorze mois d’élevage sur lie, n’a pas le droit à la mention “sur lie”, alors qu’il s’agit d’un “super sur lie”. De là à penser que certains producteurs moins talentueux souhaitent que la procédure s’éternise et qu’on s’en tienne au muscadet classique…</p>
<p style="text-align: justify;">Les muscadets issus de la démarche communale représentent aujourd’hui 6 à 8 % de la production. Le grand public les connaît encore peu, comme l’illustre notre enquête : seuls 26 % déclarent boire des muscadets de garde (millésimes de plus de trois ans). Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde en 2000, avoue avoir peu de demandes spontanées de muscadets dans son “Bistrot du sommelier”. Et pourtant, Robert Pujol, œnologue nantais proposant des stages et des cours, explique “qu’à chaque fois que l’on emmène quelqu’un dans le vignoble goûter des muscadets accompagnés de toasts ou réductions qui s’accordent bien avec la cuvée, la personne repart séduite. La difficulté est de transposer ces expériences individuelles à une image plus valorisante de l’ensemble de l’appellation.” Encore un peu de patience… !</p>
<p><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/hermine.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1966 colorbox-1955" title="hermine" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/12/hermine.jpg" alt="hermine" width="329" height="272" /></a></p>
<p><strong>Un vignoble breton avant d’être ligérien</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque l’interprofession des vins de Loire, Interloire, a décidé de faire figurer dans ses documents de communication le vignoble nantais en Val-de-Loire, nombre d’associations culturelles et politiques bretonnes, ainsi que des particuliers, dont certains vignerons, ont tenu à rappeler l’identité bretonne du vignoble du muscadet. Comme le souligne Emmanuel Torlasco, “les vins bretons n’ont pas d’existence sur le plan réglementaire”, le melon de Bourgogne ne vient pas de Bretagne et si le vignoble comporte aussi quelques communes angevines ou vendéennes. C’est l’argument commercial qui a été décisif dans la volonté de rattacher le vignoble nantais à son prestigieux voisin du Val-de-Loire, davantage que celle d’évincer la Bretagne. Et tant pis si le Val-de-Loire s’arrête bien en amont, à Chalonnes (Maine-et-Loire) comme l’a confirmé l’Unesco dans son classement. C’est aussi la suite logique de la fusion de l’ancien comité interprofessionnel des vins de Nantes avec son voisin Interloire en 2008, qui visait aussi une mutualisation des moyens et des actions.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, géologiquement, le muscadet est bien dans le massif armoricain : le sous-sol n’est plus calcaire comme en amont, mais granitique, schisteux, sableux. Il y a aussi une barrière des cépages et donc des vins : melon de Bourgogne et Folle blanche exclusivement en vignoble nantais et donc surtout du vin blanc ; cabernets et pinot noir pour les vins rouges, sauvignon et chenin pour les vins blancs en Val-de-Loire. La proximité de l’océan nous rattache bien sûr à la Bretagne davantage qu’à la Loire. Elle explique la quasi-absence de vins moelleux contrairement au Val-de-Loire, le climat n’étant pas optimal pour récolter des raisins surmûris (trop tempéré et pluviométrie trop élevée). L’océan, c’est aussi l’accord traditionnel avec les fruits de mer et le poisson. Et enfin, comme le montre notre enquête, les Nantais sont attachés à leur vin… comme à leur Bretagne.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est aussi le cas de nombreux professionnels. On peut citer des vignerons très engagés comme Alan Coraud, par ailleurs maire de la Remaudière, dont les vins affichent clairement leur identité sur l’étiquette. Plusieurs vignerons sont par ailleurs membres de l’association Produit en Bretagne, dont les frères Drouet, à la Chapelle-Heulin, Alexis Sauvion ou encore les vignerons de la Noëlle à Ancenis. Il faut aussi évoquer l’hermine d’or qui orne les collerettes de Muscadets haut de gamme depuis… les années 1960 ! Joseph Landron explique que cette distinction - hautement symbolique - “a été créée par le groupement Louis Métaireau et ses vignerons d’art, dont faisaient partie mon père et quelques autres vignerons pour identifier les vins fins avec un potentiel de garde, à une époque où la segmentation n’existait pas”. Selon lui, l’hermine d’or était à l’époque utilisée sur d’autres produits bretons de qualité et fut donc naturellement associée aux muscadets. Pour en bénéficier, il fallait obtenir plus de 15/20 lors d’une dégustation à l’aveugle. C’est selon lui l’émergence d’une région Pays-de-la-Loire (renforcée par création du conseil régional en 1972) qui explique que l’hermine d’or n’a pas acquis un caractère officiel et ne se soit pas généralisée. “Elle reste cependant une marque collective de référence utilisée par l’association de l’hermine d’or qui regroupe cinq vignerons, précise Jospeh Landron. L’agrément se fait toujours en dégustation à l’aveugle : les vins retenus sont amples et de garde, souvent le reflet d’un terroir bien identifié.” Aujourd’hui encore, l’association entre le Muscadet et la Bretagne, à travers l’hermine d’or, permet souvent de repérer de bons muscadets, dont ceux du domaine de l’Ecu, de Luneau-Papin, du Patis des Vignes (Christophe Hallereau), des Gautronières (Alain Forget) ou encore le domaine des Dorices des frères Bouillault. Le muscadet breton est donc plus vivant que jamais. Pour le marquis Robert de Goulaine : “Il est à la Bretagne ce que la Côte d’Azur est à la France : la porte du soleil”.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Frédéric Ville</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Retrouver cette enquête, complétée par des encadrés et de nombreux autres articles dans le numéro 173 d'ArMen, disponible en ligne :<div id="shopp"><div style="margin:10px;">
                        <div style="float:left;margin:0 40px 0 0;"><div id="gallery-149" class="gallery"><ul class="previews"><li id="preview-fill" class="fill"><img class="colorbox-1955"  src="http://www.armen.net/wp-content/plugins/shopp/core/ui/icons/clear.png" alt="small" width="95" height="120" /></li><li id="preview-476" class="active"><a href="http://www.armen.net/boutique/images/476/Couv Armen 173.JPG" class="product_149_gallery shopp-thickbox"><img class="colorbox-1955"  src="http://www.armen.net/boutique/images/477" alt="small_Couv Armen 173.JPG" width="95" height="120" /></a></li></ul></div><script type="text/javascript"><!--
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                        <div class="list details">
                            <h4 class="name"><a href="http://www.armen.net/boutique/armen-n173/">ArMen N173   </a></h4>
                            <p><ul>
<li>De la pêche au comptoir, les coop maritimes</li>
<li> Landévennec, quinze siècles d&#8217;aventure spirituelle</li>
<li> Serge Picard, un portraitiste qui questionne</li>
<li> Muscadet, les fruits du succès</li>
<li>Mouez Breiz et les premiers disques bretons</li>
<li>Maurice Chabas, peintre de la lumière</li>
</ul>
</p>
                            <p class="price">€10.00 </p>
                            <p></p>

 
		                            <form action="http://www.armen.net/boutique/panier/" method="post" class="shopp product add">
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		<title>Une journée dans la nature</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Sep 2009 17:19:59 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Les 3 et 4 octobre prochains, passez une "Journée dans la Nature" en Bretagne Pour la 9ème édition de cette manifestation organisée par le Comité régional de tourisme et le pôle nature avec le soutien du Crédit agricole, 46 sites participent à cette déclinaison " Nature " des Journées du Patrimoine. Certains sites, réserves naturelles ou ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-1164 colorbox-1161" title="affiche2009" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/09/affiche2009.png" alt="affiche2009" width="207" height="280" /></p>
<p></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les 3 et 4 octobre prochains, passez une "Journée dans la Nature" en Bretagne</strong><br />
Pour la 9ème édition de cette manifestation organisée par le Comité régional de tourisme et le pôle nature avec le soutien du Crédit agricole, 46 sites participent à cette déclinaison " Nature " des Journées du Patrimoine. Certains sites, réserves naturelles ou espaces protégés, sont ainsi ouverts au public exclusivement pendant ce week-end. Une carte interactive permet de choisir ses destinations selon des critères géographiques ou thématiques sur le site : <a href="http://www.journee-nature.com">www.journee-nature.com</a></p>
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		<title>Agrocarburants : un atout pour la Bretagne ?</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Jul 2009 17:03:16 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[De nombreux projets de production d’agrocarburants ont vu le jour ces dernières années en Bretagne. Portés par la volonté de réduire notre dépendance au pétrole, mais aussi de créer des emplois et de donner plus d’autonomie au secteur agricole, ils se veulent aussi plus respectueux de l’environnement. La disparition inéluctable des ressources pétrolières, annoncée pour ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><script type="text/javascript"></script> <strong>De nombreux projets de production d’agrocarburants ont vu le jour ces dernières années en Bretagne. Portés par la volonté de réduire notre dépendance au pétrole, mais aussi de créer des emplois et de donner plus d’autonomie au secteur agricole, ils se veulent aussi plus respectueux de l’environnement.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_708" class="wp-caption alignnone" style="width: 453px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/2B-Diester-Quimper-Co-3.jpg"><img class="size-full wp-image-708 colorbox-633" title="2B-Diester Quimper Co 3" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/2B-Diester-Quimper-Co-3.jpg" alt="Bus au Diester de la Ville de Quimper. ©Lionel Flageur/Quimper Communauté." width="443" height="294" /></a><p class="wp-caption-text">Bus roulant au Diester de la ville de Quimper. ©Lionel Flageul/Quimper Communauté.</p></div>
<p style="text-align: justify;">La disparition inéluctable des ressources pétrolières, annoncée pour le milieu du siècle, ainsi que la flambée des cours du pétrole et la volonté de lutter contre l’effet de serre ont contribué ces cinq dernières années à un essor consi­dérable de la production française de carburants d’origine agricole, les agrocarburants, encore appelés bio­carburants. En septembre 2004, le gouvernement Raffarin a donné son aval à un plan visant à tripler leur production en trois ans, à travers la création de quatre nouvelles usines. En mars 2007, l’Union européenne a décidé de porter à 10 % la part d’incorporation des agrocarburants dans les carburants fossiles d’ici à 2020. La France, qui s’est voulue plus ambitieuse, a fixé cet objectif à 2015 (5,75 % en 2008 et 7 % en 2010). Enfin, en décembre 2008, l’adoption du paquet “énergie-cli­mat” par l’ensemble des pays de l’Union européenne, dont la France, a confirmé l’impulsion donnée aux énergies renouvelables et donc indirectement, aux agrocarburants. Ces derniers, qui sont produits à partir de plantes, sont considérés comme des énergies renouvela­ bles. Contrairement au pétrole, ils sont a priori neutres vis-à-vis du réchauffement climatique, car lors de leur cycle végétatif, les plantes séquestrent le gaz carbonique de l’atmosphère dans leurs tissus, puis le restituent lorsque l’on brûle les carburants qu’elles ont permis de produire. Selon les conclusions de l’étude “EcoBilan” commandée en 2002 par l’Ademe (1) au cabinet PricewaterhouseCoopers, l’utilisa­tion des agrocarburants contribue à diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 75 à 85 % selon les filières par rapport à l’utilisa­tion d’essence et de gazole. Même si on lui a reproché depuis son caractère partisan – le “lobby céréa­lier” s’en est servi comme caution scientifique pour vanter les mérites des agrocarburants industriels –, cette étude a néanmoins impulsé la construction de nombreuses usines de biocarburants.</p>
<div id="attachment_709" class="wp-caption alignright" style="width: 323px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/4-DIESTER-IMG_8310_recadré.jpg"><img class="size-full wp-image-709 colorbox-633" title="4-DIESTER-IMG_8310_recadré" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/4-DIESTER-IMG_8310_recadré.jpg" alt="4-DIESTER-IMG_8310_recadré" width="313" height="464" /></a><p class="wp-caption-text">Usine Diester Industrie de Montoire de Bretagne. © DR</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>La première génération</strong><br />
À ce jour, les agrocarburants dis­ponibles sont tous issus de grai­nes de plantes cultivées : on les qualifie d’agrocarburants de pre­mière génération. On peut les pro­duire soit à partir de céréales (blé, maïs…), de betterave ou de graines d’oléagineux. On utilise leur ami­don ou leur saccharose, que l’on transforme en carburants par un processus de réactions chimiques. Le carburant obtenu, de l’éthanol, vient alors compléter ou rempla­cer l’essence dans les moteurs à essence. L’éthanol connaît depuis quelques années un grand succès au Brésil – où près de sept millions de voitures (modèles “flexfuel”) rou­lent déjà avec un mélange éthanol-essence obtenu à partir de canne à sucre –, mais aussi aux usa, où l’on utilise le maïs. En France, même si des constructeurs tels que Ford, Peugeot, Citroën ou Renault en fabriquent, rares sont les automo­bilistes qui ont été séduits par les voitures “flex-fuel”. La faute à une production d’éthanol très limitée et à un réseau de distribution encore balbutiant : aujourd’hui, malgré les promesses des distributeurs de carburant – mille cinq cents pom­pes devaient être installées à la fin 2008 –, à peine plus de trois cents pompes, dont quatorze seulement dans toute la Bretagne, distribuent de l’éthanol, en fait un mélange de 85 % d’éthanol et 15 % d’essence sans plomb appelé e85. Et la mise en vente depuis le printemps 2009 d’un nouveau carburant, le e10, mélange de 10 % d’éthanol et 90 % d’essence sans plomb, ne devrait sans doute pas changer la donne. En réalité, la France a donné la préférence à l’utilisation de grai­nes d’oléagineux, colza et tourne­sol essentiellement. Celles-ci sont transformées en carburants soit par réaction d’alcool méthylique sur de l’huile (filière biodiesel ou Diester, nom commercial du carburant obtenu), soit par pressage à froid des graines (filière Huile végétale pure (hvp)). hvp et Diester sont utilisables uniquement dans des moteurs Diesel, en mélange. Ces deux filières sont très présentes en Bretagne, la production de diester en particulier, qui connaissait un essor spectaculaire depuis la mise en service en octobre 2007 de l’usine Diester Industries à Montoir de Bretagne, sur le terminal agroali­mentaire du port de Nantes-Saint-Nazaire. D’une capacité de deux cent cinquante mille tonnes de diester par an, cette usine est l’une des quatre plus grosses unités de fabrication industrielle de diester en France. Quarante-cinq millions d’euros ont été investis sur le site et trente-deux emplois directs créés. Sa construction repose sur d’impor­tantes synergies industrielles entre Diester Industrie et deux autres partenaires, Cargill Atlantique et Total. “Livrée au moyen de pipeline par Cargill, dont l’usine jouxte celle de Diester Industrie, l’huile de colza semi-raffinée subit une réaction chimique appelée transestérification en présence d’un alcool, le métha­nol. On obtient alors deux produits, l’ester méthylique, plus connu sous le nom de biodiesel ou diester, et de la glycérine. Diester Atlantique compte profiter de sa proximité avec la raffinerie Total de Donges, reliée aussi à l’usine par pipeline pour lui vendre l’essentiel de son diester, pour incorporation dans le gazole. Quant à la glycérine, elle sera utilisée en Bretagne dans des secteurs divers, allant de l’alimenta­tion animale aux produits cosméti­ques ou d’hygiène”, explique Fabien Kay, chargé de communication à Proléa, l’entité représentant la filière  française des huiles et protéines végétales. Pour les agriculteurs, ces installa­tions, qui nécessiteront six cent mille tonnes de colza, soit l’équiva­lent de la production de deux cent mille hectares, devraient constituer un débouché “naturel” pour le colza produit en Bretagne – où les sur­faces de cet oléagineux ont atteint quarante et un mille hectares en 2008 –, mais aussi dans tout le grand Ouest. Le pôle agrocarburants de Montoir­de-Bretagne va aussi permettre à la région, via les tourteaux produits par Cargill, de réduire sa dépen­dance au soja importé, du Brésil notamment, même si on ne peut pas exclure le recours à des achats de graines étrangères en cas de volumes insuffisants ou de cours plus faibles, et ce d’autant plus que cette implantation portuaire faci­litera les importations. Le diester produit à Montoir-de-Bretagne va également contribuer à satisfaire l’obligation fixée par les pouvoirs publics d’incorporer des carburants d’origine renouvelable. D’ores et déjà, plusieurs collectivités utili­sent du diester pour leur flotte de véhicules. C’est le cas de Quimper Métropole qui fait circuler, depuis janvier 2006, vingt bus standards, quatre bus articulés et six véhi­cules de transport de personnes à mobilité réduite au diester, au taux d’incorporation de 30 %. “Depuis janvier 2008, une flotte de quarante véhicules de services de la ville de Quimper et de l’agglomération fonctionne également au diester”, indique Caroline Jacquier, char­gée de communication à Quimper Métropole.</p>
<div id="attachment_703" class="wp-caption alignleft" style="width: 300px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU0049.jpg"><img class="size-full wp-image-703 colorbox-633" title="_XDU0049" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU0049.jpg" alt="_XDU0049" width="290" height="432" /></a><p class="wp-caption-text">Jean-Noel Le Quintrec, tranvase les graines de colza.</p></div>
<p style="text-align: justify;">La société Triballat, à Noyal-sur-Vilaine, qui produit et distribue une gamme très diversifiée de fro­mages aoc, produits laitiers frais et spécialités végétales a aussi adopté cet agrocarburant. Depuis 2006, elle fait rouler sa flotte de camions citernes, frigorifiques et véhicules utilitaires et particuliers avec un mélange de 30 % de diester et 70 % de gazole livré directement par Total depuis la raffinerie de Donges. “Très impliqués dans le monde agricole, nous avons choisi d’utiliser un carburant d’origine végétale, qui plus est produit dans la région, plutôt que du pétrole. Et comme la production de diester génère aussi d’importantes quan­tités de tourteaux de colza, elle permet de réduire les achats de tourteaux de soja importés, qui présentent un risque élevé de conta­mination par des organismes géné­tiquement modifiés (ogm), ce que nous bannissons pour nos produits. Par ailleurs, avec le diester, nous avons pu réduire immédiatement nos rejets de gaz à effet de serre, déclare Jean-Marc Levêque, respon­sable développement durable chez Triballat. Ce choix a été beaucoup apprécié par nos différents partenai­res et en particulier, les agriculteurs. Son seul inconvénient est que par rapport au gazole pur, l’utilisation de diester se traduit par un léger surcoût. Nous essayons néanmoins de le compenser en sensibilisant nos chauffeurs à la conduite éco­nomique.”</p>
<div id="attachment_705" class="wp-caption alignright" style="width: 295px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU00571.jpg"><img class="size-full wp-image-705 colorbox-633" title="_XDU0057" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU00571.jpg" alt="_XDU0057" width="285" height="426" /></a><p class="wp-caption-text">La presse mobile à huile de la Cuma 56.</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’huile végétale pure</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la production d’hvp, très dynamique dans la région (lire l’in­terview), elle se fait avec des moyens très différents. Contrairement à l’éthanol et au diester, qui font appel à des procédés complexes et hautement industrialisés, la fabri­cation d’hvp s’apparente davantage à de l’artisanat. Elle vise à donner davantage d’autonomie énergétique et de traçabilité aux exploitations. En effet, dans cette filière, les agri­culteurs produisent eux-mêmes de l’huile et des tourteaux à partir de graines d’oléagineux issues de leur récolte et au moyen de presses, sou­vent achetées collectivement. Après décantation et filtration, l’huile obtenue sert de carburant dans les engins agricoles (tracteurs, mois-sonneuses-batteuses…) en com­plément ou en remplacement du gazole, comme la réglementation le prévoit. Les tourteaux, coproduits du pressage, représentent entre 65 % à 70 % du poids des graines, ils permettent aussi de s’affranchir de l’utilisation de tourteaux de soja importés dans l’alimentation ani­male. C’est un atout important pour toutes les filières d’élevage qui veulent garantir une alimentation exempte d’ogm, de plus en plus difficile à obtenir avec des produits importés. Parmi les nombreuses initiatives de production d’hvp qui ont vu le jour ces dernières années dans la région, on peut citer celle menée par la Cuma (2) Terre d’énergie dans le Morbihan, sous l’impulsion notamment de son président, Jean Noël Le Quintrec, agriculteur à Bignan : “Mon grand-père réservait toujours une parcelle d’avoine pour nourrir ses chevaux, se souvient le producteur breton. Aujourd’hui, je fais un peu la même chose : pour faire tourner mes tracteurs, j’utilise du colza produit sur la ferme.” Créée en 2005, la Cuma s’est équipée de deux presses mobiles à barreaux, fixées sur des remor­ques déplaçables de ferme en ferme. Cent quarante tonnes de graines de colza ont été pressées en 2007 par trente adhérents, morbihannais pour l’essentiel. En dehors d’une utilisation alimentaire – pour assai­sonner la salade ! – l’huile est uti­lisée en mélange avec du gazole dans les moteurs de tracteurs et autres engins agricoles, comme les moissonneuses-batteuses. “Selon les types de travaux, mes deux tracteurs tournent avec un mélange de 50 % voire 80 % d’huile de colza sans aucune modification particulière”, précise Jean Noël Le Quintrec, qui cultive quatre à cinq hectares de colza tous les ans. Les tourteaux servent aussi à la nourriture du bétail, vaches laitières surtout, en remplacement du soja. Un grou­pement d’intérêt économique (“Huiles et tourteaux”) a d’ailleurs été créé pour faciliter les ventes de tourteaux entre les adhérents. “Notre credo de départ est autono­mie, écologie et économie. Nous ambitionnons de faire de l’huile végétale un outil de développement et d’échange local. Certes, depuis un an, on sent que le souffle des débuts est un peu retombé et nous n’enregistrons plus de nouveaux adhérents. La mauvaise récolte de colza en 2007 et les cours très élevés du maïs ont fait baisser les embla­vements de l’oléagineux en 2008, et les quantités pressées ont diminué. De plus, le gazole n’est pas encore assez cher pour rendre la produc­tion d’hvp compétitive.</p>
<p><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU0063.jpg"><img class="size-full wp-image-706 alignnone colorbox-633" title="_XDU0063" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/XDU0063.jpg" alt="_XDU0063" width="468" height="314" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais sur le long terme, nous sommes sûrs d’être gagnants”, rappelle le prési­dent de Terre d’énergie. On retrouve aussi cette logique de développement local à la Cuma Ménergol, qui a mis en route en février 2007 une huilerie collective à Saint-Gouéno, dans les Côtes-d’Armor, alimentée par le colza pro­duit dans un rayon de vingt kilomè­tres par cinquante-cinq agriculteurs. “La production locale d’huile et de tourteaux permet de se réapproprier la valeur ajoutée au lieu de la laisser filer vers d’autres intermédiaires”, explique Pierre-Marie Launay, agriculteur à Merdrignac et président de la Cuma. Si les tourteaux produits sont souvent autoconsommés par les adhérents, l’huile, en revanche,est essentiellement vendue à des coopératives régionales pour une utilisation en alimentation animale : la faute à un prix du gazole redevenu plus compétitif, ce qui limite l’intérêt de l’huile en tant que carburant. “C’est une solu­tion par défaut, reconnaît Pierre-Maire Launay. Notre vocation est de produire de l’huile-carburant pour les agriculteurs et peut-être, si la réglementation évolue, pour les particuliers. Dans ce cas, l’huilerie serait véritablement un outil de développement local.”À Guérande, en Loire-Atlantique, la Cuma Océane a mis en route en septembre 2007 une unité fixe de pressage d’huile végétale installée dans ses propres bâtiments. Douze agriculteurs adhérents lui apportent leur récolte de colza, complétée par des achats à une coopérative locale en cas de volumes insuffisants. Quatre-vingt-treize tonnes ont été pressées en 2007 et cent soixante en 2008. “Pour l’essentiel, les adhé­rents recherchent une meilleure tra­çabilité et plus d’autonomie dans leur exploitation”, indique Joël Yviquel, président de la Cuma et agriculteur à Guérande, qui consa­cre quatre hectares à la culture du colza tous les ans. “L’huile obtenue est incorporée après deux filtrations au gazole dans les trois tracteurs de la Cuma, tandis que les tourteaux servent à l’alimentation des vaches laitières et allaitantes.” Le souci de l’environnement est très présent chez les douze agri­culteurs engagés (cinq bio et sept conventionnels). Tous produi­sent leur colza selon les tenants de l’agriculture “durable” : “Après plusieurs expérimentations réussies, nous avons décidé de cultiver le colza comme nos collègues bio, sans aucun intrant chimique. Les désherbants, par exemple, sont remplacés par un ou deux passages de bineuse à l’automne”, se félicite Joël Yviquel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Deux filières opposées</strong><br />
De nombreuses différences oppo­sent agrocarburants industriels et hvp. Tous deux relèvent d’une logi­que et d’une vision de l’agriculture radicalement différente. Les agri­culteurs qui les produisent ont en général des profils et des attentes souvent opposées. D’un côté, ceux qui vendent des graines de céréales ou d’oléagineux pour les agrocarburants industriels attendent une rémunération qui va fluctuer selon les prix du mar­ché et les rendements obtenus. De l’autre, en revanche, les producteurs d’huile végétale ne sont pas dans une logique de vente, mais d’auto­consommation. Ils escomptent une baisse de leurs charges, à travers les économies de carburant et de tour­teaux réalisées. Autre différence notable : si les tourteaux et drêches (produits issus de la fermentation des céréales utilisées pour la fabri­cation d’éthanol) obtenus lors de la fabrication des agrocarburants industriels peuvent aussi, dans cer­taines conditions, se substituer aux tourteaux de soja importés, rien ne permet de dire si l’utilisateur final, l’éleveur, les obtiendra à un prix plus faible. L’essentiel de la valeur ajoutée de ces coproduits risque en effet d’être captée par les fournis­seurs de l’agriculture (industriels de l’alimentation animale, coopé­ratives, négociants…) et non les producteurs eux-mêmes. Par ailleurs, si l’efficacité énergé­tique de ces deux filières est bien meilleure que le gazole – le rapport entre l’énergie produite et l’énergie nécessaire à sa fabrication est de 0,9 pour ce dernier –, le bilan de l’hvp apparaît encore plus favorable que celui du diester, avec un ratio de 4 à 5 contre 2,9 à 3,7. Ces écarts s’expliquent par la différence de consommation énergétique pour la transformation et le transport : en effet, l’hvp utilise de la matière pre­mière produite localement, avec très peu de frais de transport et recourt à des procédés peu gourmands en énergie. Pourtant, malgré cette effi­cacité avérée, force est de constater que la production d’hvp n’a pas la faveur des pouvoirs publics. L’État, dans un réflexe qu’on peut qualifier de “jacobin”, a toujours préféré la création d’usines industrielles, plus valorisantes pour lui et davantage médiatisées, qu’un essaimage moins spectaculaire d’initiatives locales. Ainsi, tout en multipliant, à la demande des industriels, les agré­ments de construction de nouvelles usines, l’État a continué à nier l’exis­tence juridique des huiles végétales pures, traînant des pieds pour trans­crire en droit national la directive européenne de 2003 autorisant leur utilisation comme carburant. Les partisans des hvp, comme la société Valenergol, dans le Lot-et-Garonne, ont dû mener de longues batailles juridiques pour faire reconnaître le caractère supranational du droit européen, en vain. Condamnée en 1998 à une lourde amende pour non-paiement de la Taxe intérieure sur les produits pétroliers (tipp) au motif qu’elle vendait de l’huile de tournesol comme carburant à des automobilistes, Valenergol a même envisagé, après plusieurs années de procédures infructueuses avec l’État français, de saisir la Cour de justice européenne. Sous la pression de certains parlementaires, la trans­cription dans la loi française de la directive européenne autorisant les hvp a eu lieu en décembre 2006, donnant, sous des conditions bien précises, une certaine légitimité à l’hvp. Le Code général des douanes, compétent en la matière, autorise depuis l’utilisation de l’hvp en tant que carburant, sans paiement de la tipp, dans les engins agricoles automoteurs – à l’exclusion des véhicules d’exploitation – dans les bateaux de pêche et, dans le cadre d’un protocole expérimental, dans la flotte de véhicules captifs des col­lectivités locales (camions-poubel­les, véhicules d’assainissement…). Même si elle constitue une avancée, cette disposition est jugée insuffi­sante par les utilisateurs de l’hvp qui militent pour qu’à l’instar de l’Allemagne, la vente d’huile végé­tale aux automobilistes soit légale. Dans ces conditions, d’aucuns ima­ginent même la création de mil­liers d’huileries locales, permettant de satisfaire à la fois l’intérêt des consommateurs et celui du monde agricole tout en créant des emplois de proximité et en réduisant l’effet de serre beaucoup plus avantageuse­ment que le diester et l’éthanol.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel avenir ?</strong><br />
Avec la baisse actuelle des cours du pétrole, l’avantage compétitif dont pouvaient bénéficier les agrocarbu­rants s’est nettement réduit. La ren­tabilité des filières industrielles est menacée, d’autant plus que les tour­teaux eux aussi se vendent moins cher, conséquence de la crise éco­nomique. D’ailleurs, dans plusieurs pays, des projets de construction de nouvelles usines ont d’ores et déjà été abandonnés. La disparition de l’avantage fiscal dont bénéficient jusqu’à présent les agrocarburants industriels (la réduction de la tipp est de 15 euros par hectolitre pour le diester et 21 pour l’éthanol pour 2009), programmée pour 2012 par les parlementaires, pourrait aussi remettre en question leur avenir.À moyen terme, une autre menace pèse sur la filière diester. Jusqu’à pré­sent, les oléagineux servant à la pro­duction de diester étaient produits essentiellement sur des terres mises en jachère, une obligation créée par la réforme de la Pac en 1992. À titre de mesure d’accompagnement, l’Union européenne avait autorisé la mise en culture de ces terres sous réserve que la production ne soit pas destinée à l’alimentation, mais à d’autres usages comme les agrocar­burants. C’est ainsi que s’est déve­loppée la “jachère industrielle”, plus rentable que la jachère “nue” pour les agriculteurs et surtout pour les industriels qui ont saisi cette oppor­tunité pour développer leurs usines. Avec la décision de l’Union euro­péenne de mettre fin à l’obligation de jachère en novembre 2008, le développement des agrocarburants est sérieusement compromis. Dans la mesure où ils pourront cultiver toutes leurs terres, les agriculteurs vont désormais mettre en concur­rence le colza et le tournesol avec d’autres cultures de vente comme le blé, le maïs, l’orge, le pois… Rien ne permet d’affirmer que les oléagineux continueront à se déve­lopper et que la filière industrielle disposera des volumes nécessaires à l’approvisionnement de ses usines. Pour certains, l’avenir se trouve plutôt dans les biocarburants de seconde génération, qui sont pro­duits à partir d’un large éventail de biomasse comme les plan­tes entières (sorgho, miscanthus, luzerne…),  les résidus forestiers, les déchets verts urbains… Offrant une bien meilleure productivité et entrant moins en concurrence avec les cultures alimentaires que ceux de première génération, ce nouveau type de carburant fait l’objet de plu­ sieurs projets de recherche, comme Futurol. Ce projet, mis en œuvre en Champagne et qui associe des organismes de recherche comme l’Inra, des industriels et organis­mes financiers comme Téreos, ou le Crédit Agricole, vise à mettre au point leur fabrication à grande échelle. Mais, de l’avis général, cette échéance n’interviendra guère avant 2015-2020.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des vents contraires</strong><br />
L’enthousiasme suscité par les carburants d’origine agricole il y a quelques années est retombé. Aujourd’hui, ils suscitent toujours des débats enflammés et font l’objet de critiques parfois très virulentes : on les a accusés notamment d’être à l’origine de la flambée des cours de certaines matières premières alimentaires (blé, maïs…), de la déforestation dans les pays tropicaux (comme en Indonésie avec le palmier à huile) voire de la faim dans le monde. Certains opposants parlent de “nécrocarburants” à leur encontre, d’autres comme Jean Ziegler, le rapporteur des Nations-Unies, les ont même qualifiés en octobre 2007 de “crime contre l’humanité”. En France, la polémique porte surtout sur leur bilan énergétique et leur contribution à la réduction de l’effet de serre qui ne serait pas aussi favorable qu’annoncé, d’après les écologistes. Pour faire taire ces critiques, Sofiprotéol, l’établissement financier de Proléa, a fait réviser en 2007 l’étude EcoBilan de 2002 par le cabinet PricewaterhouseCoopers. Ce dernier a confirmé que le rendement énergétique du diester de colza était trois à quatre fois plus élevé que celui du gazole. Dans une démarche de progrès, la filière cherche néanmoins à améliorer son efficacité énergétique, consciente qu’il existe d’importantes marges de progrès pour que le colza soit cultivé moins intensivement, avec moins d’engrais azotés et de pesticides. Ces débats ont quelque peu évolué depuis la crise financière et économique. Les cours des matières premières se sont effondrés tandis que la production d’agrocarburants a continué son expansion. Le lien de causalité si reproché est donc a priori écarté. Par ailleurs, des pays comme le Brésil – le deuxième producteur mondial d’éthanol – se sont engagés à limiter leur expansion pour protéger la forêt amazonienne. Certains n’hésitent pas non plus à dénoncer l’acharnement dont sont victimes les agrocarburants : « on fait l’amalgame entre l’éthanol dont “l’éco-bilan” est mauvais et le biodiesel, qui a prouvé son efficacité énergétique”, regrette Jean-Marc Levêque de Triballat. Quant aux producteurs d’HVP, ils ne se sentent pas du tout concernés par ces accusations, portées essentiellement à l’encontre des agrocarburants industriels : les oléagineux ne sont cultivés sur leurs fermes que sur une surface limitée et stable, et ils ne bouleversent pas l’équilibre des marchés dans la mesure où la production est autoconsommée. Même s’ils prennent acte de ces nuances, les détracteurs des agrocarburants n’en démordent pas : les carburants d’origine agricole restent pour eux une « mauvaise solution » à de vrais problèmes, ceux de la disparition inéluctable du pétrole et du réchauffement climatique, et ne constituent qu’une réponse très partielle et insatisfaisante à ces enjeux notamment en raison de la concurrence exercée sur des cultures alimentaires. Pour la Confédération Paysanne, qui demande la suspension de la mise en œuvre des programmes actuels sur les agrocarburants, « la réduction des gaz à effet de serre passe avant tout par une remise en cause des systèmes et pratiques agricoles ». Le syndicat reconnaît toutefois l’intérêt de l’huile végétale pure produite en circuit court, seul agrocarburant à même de “générer des revenus pour les paysans et d’améliorer l’autonomie énergétique et alimentaire des exploitations”. Pour les plus alternatifs, le véritable enjeu est celui de la diminution des besoins énergétiques de la société : “la meilleure des énergies renouvelables, c’est encore celle qu’on ne consomme pas”, martèlent à l’envie de nombreux agriculteurs producteurs d’hvp.</p>
<div id="attachment_702" class="wp-caption alignnone" style="width: 473px"><a href="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/D200167.jpg"><img class="size-full wp-image-702 colorbox-633" title="_D200167" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/D200167.jpg" alt="_D200167" width="463" height="310" /></a><p class="wp-caption-text">Champs de colza devant le  Menez Hom.</p></div>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Jean-Martial Poupeau</strong><br />
1) Agence de l’environnement et de la maîtrise des énergies  (2) Organismes génétiquement modifiés  (3) Coopératives d’utilisation de matériel agricole  (4)Taxe intérieure sur les produits pétroliers  (5) Centre technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains</p>
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		<title>Les plantes comestibles du littoral</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Jul 2009 14:41:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Consommées pendant des siècles, les plantes sauvages comestibles du littoral breton sont aujourd'hui largement méconnues du public. Une balade en bord de mer peut-être l'occasion de les découvrir, à condition de respecter leur milieu et de ne pas les cueillir inconsidérément  (*). Si la pêche à pied comme la cueillette des champignons, fait encore de ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!--[endif]--></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span style="color: #888888;"><strong>Consommées pendant des siècles, les plantes sauvages comestibles du littoral breton sont aujourd'hui largement méconnues du public. Une balade en bord de mer peut-être l'occasion de les découvrir, à condition de respecter leur milieu et de ne pas les cueillir inconsidérément  (*). </strong></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<div id="attachment_261" class="wp-caption alignleft" style="width: 302px"><img class="size-full wp-image-261 colorbox-229" title="cryste-marine" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/cryste-marine.jpg" alt="cryste-marine" width="292" height="436" /><p class="wp-caption-text">La criste marine telle qu&#39;on la trouve sur nos littoraux.</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Si la pêche à pied comme la cueillette des champignons, fait encore de nombreux adeptes, la cueillette des plantes sauvages ne jouit plus de cette popularité, même en bord de mer. Il est loin le temps où <em>“</em>les enfants de la campagne vivaient souvent avec un bout de boyau vide. Toutes les plantes plus ou moins comestibles, de l’oseille sauvage à la primevère, toutes les baies qui poussaient au bord des chemins (…) étaient pour eux objet de convoitise”, comme l'écrivait Pierre-Jakez Hélias dans <em>le Cheval d’orgueil</em>. Et pourtant, le littoral breton regorge de bien d’autres plantes sauvages à croquer que la très médiatique salicorne : légumes et condiments, herbes aromatiques et épices, fruits. Il suffit de se baisser… et de ne cueillir que ce qu’on a formellement identifié. L’improvisation peut en effet être fatale, certaines plantes sauvages étant toxiques.</p>
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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Un concentré de saveurs</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Aux alentours des marais salants, vous apercevrez immanquablement la salicorne, plante de la famille de l’oseille et de l’épinard (chénopodiacées), surtout dans les secteurs abandonnés. On en trouve aussi sur les vases du littoral, les marais salés en arrière des dunes. Elle doit être récoltée jeune, dès le printemps, car l’été venu, elle devient ligneuse à l’intérieur. Elle doit son caractère charnu à sa faculté d’accumuler du sel dans ses tissus afin de continuer à s’approvisionner en eau, celle-ci se déplaçant selon les lois de l’osmose des milieux les moins concentrés - ici en sel - vers les milieux les plus concentrés. Sa saveur et son aspect lui ont valu le surnom de haricot de mer : elle peut d’ailleurs se cuisiner comme les haricots, sans oublier la traditionnelle préparation au vinaigre que beaucoup de paludiers proposent.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">La criste marine (<em>Crithmum maritimum</em>) est une autre plante charnue, riche en sel et se préparant de la même façon que la salicorne, même si elle ne peut être confondue avec cette dernière. C’est une ombellifère (famille de la carotte), ses fleurs étant portées en ombelles caractéristiques. Elle ne pousse que sur les falaises du littoral balayées par les embruns maritimes et jamais sur les vases salées. Enfin, elle n’a pas la forme d’un cierge à branches de la salicorne, mais est plutôt buissonnante (20 à 50 cm), chaque rameau étant ligneux et couché à la base, puis redressé et formé de divisions charnues. On peut la récolter toute l’année, la meilleure période étant le printemps. Crue, elle a une saveur différente de la salicorne rappelant la carotte et le citron. Hachée finement, elle relèvera agréablement les salades ou une mayonnaise. Si on veut la cuisiner comme un légume, on aura soin de ne pas l’utiliser en garniture unique : une purée de pommes de terre, du riz ou du quinoa l’adouciront, permettant de relever la saveur d’un poisson blanc (merlu, dorade…) ou d’un saumon. La criste marine possède aussi des fruits au goût de carotte épicée qui s’épanouissent en été. Ramassés secs en septembre ou octobre, ils pourront rehausser des fraises ou des poires au vin rouge. Faites cuire à faible ébullition pendant vingt minutes vos poires entières dans un mélange de vin rouge, miel, cassonade, vanille, graines de criste marine et épluchures des poires. Servez avec du fromage blanc, en laissant les graines dans le jus : dépaysement garanti !</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Revenons aux chénopodiacées qui donnent encore d’autres légumes charnus et au goût salé. Souvent en haut de falaise, la betterave maritime (<em>Beta maritima</em>) n’est pas difficile à reconnaître avec ses grandes feuilles en losanges, charnues, aux rebords crépus, d’un vert brillant très tendre au printemps. Sa racine est blanche, rougeâtre au sommet avec un parfum de betterave caractéristique. Préférez les moins fibreuses. Sa saveur est souvent sucrée à condition de la consommer peu après la cueillette, crue ou cuite. On préparera les feuilles comme celles des épinards, pourquoi pas à la crème. Elles accompagneront à merveille le poisson par leur goût légèrement acidulé et iodé. Cuites à l’anglaise quelques minutes, elles pourront être farcies comme des choux. Parmi les chénopodiacées, citons encore les différentes soudes (<em>Suaeda maritim</em>a et <em>S. vera</em>, <em>Salsola soda</em> et <em>S. kali</em>) qui s’utilisent crues ou cuites mais sont peu “rentables”, surtout celles du genre <em>Suaeda</em>. L’arroche hastée (<em>Atriplex hastata</em>) croît quant à elle sur les sables et galets de la laisse de haute mer, juste au-dessus des algues. Ses feuilles peuvent relever des salades ou être cuites comme celles de l’épinard dont elles rappellent la saveur. Toujours dans la même famille, le pourpier de mer (<em>Atriplex halimus</em>) est fréquent en haut de falaise. L’obione (<em>Obione portulacoides</em>), de forme buissonnante, pousse sur les vases salées et dans les marais salants. Ces deux plantes ont un feuillage argenté caractéristique. Leurs feuilles ont une saveur salée et peuvent être ajoutées crues dans les salades ou bien cuites. En Angleterre, on conservait les feuilles du pourpier dans du vinaigre.</p>
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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Herbes et épices du pays</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Les plantes sauvages comestibles du littoral breton ne renferment pas seulement du sel. Si les épices d'Asie, des Indes, d'Afrique ou d'Amérique du Sud sont convoitées et appréciées depuis des siècles, on sait moins qu'il existe des épices dans nos campagnes et notamment sur le littoral ! Le sedum âcre (<em>Sedum acre</em>), souvent cultivé dans les jardins sur de vieux murs, se rencontre aussi sur les falaises et les sables du littoral. Il a une belle couleur vert clair qui vire au rouge avec l’âge. Il est charnu, en forme de petit cierge strié et pousse en coussinets denses. En bouche, sa saveur nettement poivrée est imperceptible au départ. Elle “éclate” après quelques secondes, et lui vaut son surnom de “poivre des murailles” ou “poivre de mer”. Idéal pour accompagner un steak tartare ou pimenter un dessert au chocolat.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Dans un autre registre, citons l’immortelle des dunes (<em>Helichrysum stoechas</em>) : toute la plante et plus encore ses capitules dégagent au froissement une odeur caractéristique de curry. Haché fin, il donnera un goût de fumé aux sauces accompagnant moules, crustacés et poissons.</p>
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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>De singuliers “fruits de mer”</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">L’arbousier (<em>Arbutus unedo</em>), de la famille des bruyères et rhododendrons, est un arbuste typique du maquis méditerranéen. S’il est rare en Bretagne, on le trouve çà et là sur le littoral en Loire-Atlantique, en Morbihan ou dans les Côtes d’Armor, il mérite d’être mentionné en raison de ses fruits ronds orangés (rouges lorsqu’ils sont mûrs) de la taille d’une grosse bille, très parfumés et sucrés. Ils peuvent se récolter d’octobre à décembre à la même période où ses fleurs blanches en clochettes apparaissent. Crus, il faut se méfier des nombreuses concrétions que la pulpe contient. Cuits, ils feront d’excellentes confitures ou même des sorbets, sirops ou liqueurs. Beaucoup plus connu de tous est le prunellier (<em>Prunus spinosa</em>). Ce n’est pas un arbuste du littoral, puisqu’on le trouve partout à l’intérieur des terres. Il est cependant encore plus fréquent sur le littoral où l’écotype prostré est très remarquable : sur les falaises maritimes entre le cap Fréhel et Fort-La-Latte (Côtes d’Armor) ou celles de Pornic (Loire-Atlantique) où d’ailleurs, l’arbuste y est de hauteur restreinte, souvent pas plus d’un mètre, formant des fourrés impénétrables, “brossés” par les vents violents du large. Nous nous sommes tous piqués à ses branches acérées et avons essayé de déguster ses petites baies noires à la fin de l’été, toujours déçus par leur âpreté. L’arbre est pourtant bien connu des anciens et pas seulement pour ses prunelles. Ses rameaux étaient et sont encore utilisés par les connaisseurs lorsqu’ils se couvrent de nouvelles feuilles, en mars/avril, pour faire un délicieux vin d’épine, mélange de vin rouge, sucre et rameaux macérés. Et les prunelles, dont on dit qu’il faut attendre les premières gelées pour les récolter (avant, on peut les cuire), peuvent servir à faire des liqueurs ou des chutneys (1). Essayez, si vous avez fait une bonne cueillette, un sorbet à la prunelle. Il faut faire éclater les baies en les cuisant dans une casserole préalablement remplie avec un fond d’eau. On passe cette purée de prunelles. On en mélange 250 grammes avec 1 litre d’eau et 250 grammes de sucre, puis on met le tout à turbiner. On obtient ainsi un sorbet condimentaire qui relèvera délicieusement un bavarois aux poires et sa crème anglaise.</p>
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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Note : Frédéric Ville propose des stages culinaires dans la région nantaise. Renseignements : 06-50-74-84-77</p>
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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Les chutneys sont des préparations à base de fruits ou légumes cuits dans du vinaigre et épicés. Ils sont très courants en Grande-Bretagne et en Inde.</p>
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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Quelques recettes (mini encadrés disséminés dans l'article ou en fin ?)</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Steak tartare, pommes allumette, friture de criste marine et condiments des bords de mer</strong></p>
<div id="attachment_266" class="wp-caption aligncenter" style="width: 368px"><img class="size-full wp-image-266 colorbox-229" title="tartare" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/tartare.jpg" alt="tartare" width="358" height="534" /><p class="wp-caption-text">Le tartare de boeuf au poivre de mer.</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Préparation : <strong>0 h 45</strong><br />
Ingrédients pour 4 personnes :</p>
<ul>
<li>Viande de bœuf ou cheval :</li>
<li>300 g de paleron</li>
<li>300 g de plat de côte</li>
<li>4 cuillerées à soupe d’huile d’olive</li>
<li>24 gouttes de Tabasco</li>
<li>4 jaunes d’œufs</li>
<li>40 g d’échalote</li>
<li>40 g de Ketchup</li>
<li>24 brins de poivre de mer</li>
<li>Sel</li>
<li>200 g de criste marine</li>
<li>1 litre d’huile de palme ou tournesol</li>
<li>600 g de pommes de terre</li>
<li>40 g de salicorne au vinaigre</li>
</ul>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Préparation</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Laver et éplucher les pommes de terre. Les tailler en pommes allumettes. Laver la criste marine à l’eau diluée avec du vinaigre d’alcool à 1 %. Faire chauffer l’huile de palme et faire cuire d’abord les pommes allumettes puis la criste marine fraîche pendant quelques minutes (la criste marine doit être gris-vert et non marron).</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Couper très fin la viande au dernier moment. Mélanger avec l'échalote ciselée, l'huile d'olive, le Ketchup et le Tabasco. Assaisonner avec le poivre de mer haché et le sel. Dresser sur assiette le steak tartare avec son jaune d’œuf, les pommes allumettes, la criste marine et la salicorne au vinaigre.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Délice chocolat au poivre de mer et aux écorces d’orange confites, sabayon orange-passion parfumé au fenouil sauvage</strong></p>
<div id="attachment_262" class="wp-caption alignnone" style="width: 368px"><img class="size-full wp-image-262 colorbox-229" title="moelleux" src="http://www.armen.net/wp-content/uploads/2009/07/moelleux.jpg" alt="moelleux" width="358" height="534" /><p class="wp-caption-text">Moelleux au chocolat.</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Préparation : <strong>1 h 30</strong><br />
Ingrédients pour 4 personnes :</p>
<ul>
<li>150 g de chocolat noir</li>
<li>25 g de margarine</li>
<li>1 poignée de pétales de maïs soufflés</li>
<li>25 g de cassonade</li>
<li>50 g de beurre doux</li>
<li>10 cl de crème fleurette</li>
<li>24 brins de poivre de mer</li>
<li>1/2 zeste d’orange non traitée</li>
<li>2 blancs d’œufs</li>
<li>4 jaunes d’œufs</li>
<li>75 g de sucre et 15 cl d’eau</li>
<li>5 cl de jus d’orange pressé</li>
<li>5 cl de sirop de fenouil</li>
<li>5 belles feuilles de fenouil</li>
<li>2 fruits de la passion</li>
</ul>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Préparer un sirop de sucre avec l’eau et le sucre : faire bouillir quelques minutes. Râper une 1/2 orange. Couper les zestes en lamelles d’un centimètre de longueur. Hacher le poivre de mer d’une part et le fenouil de l’autre. Faire bouillir les écorces d'orange dans un tiers du sirop, le poivre de mer dans un autre tiers et les feuilles de fenouil dans le dernier tiers et laisser infuser dix minutes.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Réaliser un appareil à rose des sables en faisant fondre la margarine, 50 g de chocolat au micro-ondes et 10 g de cassonade. Une fois le mélange refroidi, ajouter les pétales de maïs et mouler au fond d’emporte-pièces ou de moules ronds (8 cm de diamètre environ) sur un centimètre à peine. Mettre au frais.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Réaliser une mousse au chocolat : dans une calotte préalablement passée au froid, battre les blancs en neige ferme. Faire également une crème fouettée. Faire fondre le beurre, 100 g de chocolat et 15 g de cassonade au micro-ondes. Une fois le mélange un peu refroidi, mélanger aux blancs d'œuf en neige et à la crème fouettée. Incorporer les écorces d’orange et le poivre de mer égouttés dans la mousse au chocolat. Mettre la mousse au chocolat dans les moules et remettre au frais 2 heures minimum. Au moment de servir, préparer un sabayon en mélangeant le jus d’orange pressé, la pulpe des fruits de la passion et le sirop de fenouil. Au dernier moment et hors du feu, ajouter tout en fouettant les jaunes d’œufs jusqu’à épaississement de la sauce. Servir chaud avec le délice. Décorer de brins de poivre de mer et de fenouil.</p>
<h2 class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Frédéric Ville</strong></h2>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Photo : Xavier Dubois /Armen</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">(*) A ce sujet, François de Beaulieu, secrétaire général de la SEPNB, nous a adressé un message après parution de cet article dans la revue pour nous expliquer que, selon lui, l 'auteur "avait fait abstraction de la fragilité des plantes du littoral et des précautions à prendre en matière  de cueillette, ne serait-ce que pour éviter de se mettre dans  l'illégalité".  Il est exact que dans le Finistère, à la différence des autres départements bretons, un arrêté préfectoral (du 21 juin  1995) interdit de ramasser plus de criste marine et de salicorne que ne peut en  tenir une main et protège totalement de la ceuillette l'immortelle des sables. Merci à M. De Beaulieu pour ces précisions.)</p>
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