Parmi les premières régions pour l’édition, la coopération internationale, la lecture de quotidiens, la production de musique, les résultats scolaires, les jumelages, la vie associative… Nous sommes en Bretagne plus qu’habitués à ces constats qui nous font plaisir, mais qui frisent parfois l’auto-congratulation. À tel point que nous avons été surpris de découvrir que la Bretagne est assez nettement en retard dans en matière de design, un domaine que tous les experts en développement reconnaissent désormais comme déterminant dans le développement économique et social des territoires, en particulier sur le plan régional.
S’il est bien établi que les entreprises qui investissent dans le design enregistrent des taux de croissance supérieurs aux autres – 22 % de croissance supplémentaire en moyenne au Danemark dans les années 2000 –, on admet aujourd’hui qu’il est aussi une des clés pour s’orienter vers un développement économique durable et centré sur l’homme. Le recours ou l’accès au design est donc devenu une question déterminante pour les pme. Plus encore que les multinationales, elles doivent miser sur la valeur ajoutée, dont le design est en passe de devenir un élément central, plutôt que sur les prix, pour survivre à la mondialisation. Des pays comme la Corée-du-Sud, le Brésil, l’Inde ou Taiwan, qui se battaient hier sur les coûts, misent désormais sur le design pour asseoir leur développement industriel. Au niveau de l’Union européenne, les acteurs ont obtenu que dans les prochains programmes de soutien à l’innovation, le design figure comme l’un des éléments clairement visés, à côté de la recherche et du développement. Le 1er octobre a d’ores et déjà été déclarée journée européenne du design.
Au plan régional, see, un réseau européen de onze agences régionales du design a été créé en 2009. Aux côtés des poids lourds que sont le pays de Galles, la Flandres, la Catalogne, mais aussi le Danemark et la Finlande, des acteurs émergents affichent clairement leur ambition de faire du design un des outils principaux de leur développement. C’est le cas des pays Baltes, de la Slovénie ou de la Croatie. En France, seule la région Rhône-Alpes est membre de ce réseau. Elle est d’ailleurs reconnue comme la plus dynamique en la matière, en partie en raison de sa concentration industrielle mais aussi grâce à un soutien public plus important qu’ailleurs. Le but de ce réseau auquel participent aussi l’Irlande, la Toscane ou la Silésie est de promouvoir la prise en compte du design dans les politiques régionales et nationales, afin de stimuler l’innovation, l’esprit d’entreprise, le développement durable, économique et social. Ce n’est pas un hasard si le projet a été lancé par le pays de Galles, qui abrite à l’Université de Cardiff, un centre national pour le “Design produit” qui emploie une cinquantaine de personnes et a déjà travaillé pour des milliers de pme et d’industriels, au Royaume-Uni et au-delà. En matière d’innovation, ce sont en effet de plus en plus les régions qui affichent des ambitions fortes, portées par un sentiment d’appartenance collective et des moyens politiques et financiers conséquents qui donnent la mesure des politiques de développement.
Le dossier que nous consacrons au design dans ce numéro montre que, malgré son retard, la Bretagne possède un réel potentiel en la matière. Elle a pour atouts sa culture artistique, sa propension à concilier modernité et emprunts à une culture populaire qui ne manque pas de richesses en matière d’artisanat et d’arts décoratifs. Son environnement maritime, son industrie agroalimentaire ou encore son tissu artisanal et de pme sont autant d’éléments qui la placent parmi les régions à fort potentiel. La prise de conscience de cet enjeu par les élus régionaux, le rôle moteur que s’est donné Produit en Bretagne ainsi que la mise en place d’un vrai réseau de professionnels ouvrent de nouveaux espoirs. On peut rêver à la création d’un cluster breton du design, comme celui qui existe déjà à Barcelone.
Yann Rivallain, rédacteur-en-chef
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