Ajouté le 7 mai 2010 dans Aktus web, Economie, Reportages photo, Un monde à construire
Depuis deux ans, Janick Breton, créatrice de la marque B.O Carré, recycle d’anciennes voiles de bateau pour en faire des objets d’ameublement et de décoration intérieure. Elle vient tout juste d’installer son nouvel atelier à Quimper, qui lui sert aussi de lieu d’exposition.
Par Aurélie Thépaut
“J’ai appris la couture à l’âge de 14 ans, quand mes parents m’ont offert une machine à coudre. DepuisPrévisualiser les modifications, je ne me suis jamais arrêtée !”, explique Janick Breton. Petite-fille de couturière et fille d’un métallurgiste passionné de navigation, qui avait réalisé son propre bateau – un 8,50 mètres en acier –, Janick Breton a quelques antécédents qui expliquent son parcours. Née à Bourges, d’une mère originaire de Plouescat, elle vient vivre en Bretagne à l’âge de dix ans, à Saint-Brieuc, puis dans le sud Finistère. Avec son mari, originaire de Quimper, ils s’installent à Loctudy, où ils font construire une maison dont l’aménagement intérieur témoigne du goût prononcé de Janick pour la décoration. Après une licence de Lettres et différentes expériences, elle exerce le métier de vendeuse dans des magasins de décoration. “J’ai découvert des matériaux extraordinaires, raconte-telle avec enthousiasme. J’ai toujours aimé la matière, le toucher, la sculpture…”. Peu à peu, la jeune femme se lance dans l’ameublement. “Des copines achetaient du tissu et je leur faisais des objets. C’était toujours un défi et j’adore ça !” De la corbeille à pain au bac à fleur L’environnement maritime dans lequel elle vit inspire à Janick Breton l’idée d’utiliser d’anciennes voiles de bateau pour confectionner sacs, corbeilles, cahiers, porte-documents…
L’aventure de b.o Carré commence ainsi par de petits objets. Mais peu après la création de la marque, Janick souhaite prendre du recul par rapport à la vannerie, qui a déjà vu naître plusieurs marques bretonnes récupérant des voiles de bateau pour faire des sacs (Vent de voyage à Saint-Malo, 727 Sailbags à Lorient…). Elle prend donc un nouveau cap : celui de la décoration et de l’ameublement, toujours à partir de voiles de bateau. Car l’originalité de la marque est bien la récupération de voiles et le détournement de leur fonction originelle. Entre les mains de Janick Breton, les canapés du salon prennent un air de grand large et même la niche du chien est protégée d’éventuels embruns ! Peu à peu, suite à un showroom à Quimper, les commandes s’enchaînent : le xxie, café branché de Quimper, est le premier à demander à Janick de lui faire ses corbeilles à pain et ses bacs à fleurs. Puis L’Alhambra, à Bénodet, lui commande des tables de terrasse, des poufs, des coussins, des menus, des lampes, des corbeilles et des rideaux. Suit le Lunapark, un bar à jeux situé à Carnac, pour qui la créatrice réalise quarante chaises en voile de bateau. Ses dernières commandes provenaient d’une crêperie parisienne et du Breizh ar Mor, à Pouldreuzic. Janick Breton travaille également pour les particuliers. “Je fais tout à la demande et sur-mesure”, précise-t-elle. Par ses qualités, la matière offre de multiples perspectives de déclinaisons. Imperméable, résistante, lavable en machine, adaptée au sèche-linge… elle s’apprécie pour son côté pratique, d’autant plus que les chaises, canapés et coussins sont déhoussables. Du contemporain inspiré du littoral Pour obtenir sa matière première, Janick Breton passe de longues semaines à récupérer des voiles ici et là. “Je récupère d’anciennes voiles qui ont navigué”, expliquet- elle. Ensuite, elle coud elle-même les chiffres, dans du dacron neuf. La créatrice utilise quatre types de matière : le dacron, c’est-à-dire les voiles classiques de plaisanciers ; le mylar et le kevlar, qui sont des matières avec des fibres carbone, utilisées par les professionnels. “J’aime ces voiles, surtout pour faire des lampes”, précise Janick en présentant plusieurs modèles. Enfin, la voile de spi, plus dure à travailler à cause de son côté glissant, pour les stores ou les lampes. Janick Breton, désireuse d’intervenir sur du contemporain, n’hésite pas à unir son talent à d’autres créateurs. Ainsi, pour confectionner ses tables, elle coopère avec l’un de ses amis, qui travaille le plexiglas. Elle intègre ainsi une voile de bateau entre deux plaques de plexiglas. Elle étudie aussi le prototype d’une table renfermant une voile de kitesurf équipée de leds qui la rendent phosphorescente la nuit. La décoratrice a également en projet de travailler avec l’entreprise Le Drezen, au Guilvinec, pour créer des hamacs et des sièges à partir de vieux filets de pêche. “Les déchets des filets sont un véritable problème pour les ports”, justifie la spécialiste de la “récup”… qui, quant à elle, trouvera peut-être là un vrai trésor !
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