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Ajouté le 29 avril 2010 dans Aktus web, Culture

Le masque et le web

Internet n’en finit pas de bouleverser les pratiques culturelles. Benjamin Lazare, comédien et metteur en scène en résidence pendant trois ans au Théâtre de Cornouaille, à Quimper, s’est intéressé aux formes de création envisageables avec ce nouveau média. “Au web, ce soir”, un spectacle créé à Quimper et qui sera donné en temps réel sur Internet en avril, constitue le premier volet d’une série expérimentale présentée comme une première mondiale.

Théâtre et télévision ne font guère fait bon ménage. Rébarbatives lorsqu’elles consistent à rediffuser une pièce en plan fixe sur petit écran, trop directives lorsqu’elles font appel à des caméras multiples guidées par un réalisateur, les captations télévisées font rarement justice au spectacle vivant. Internet n’échappe pas à la règle, à moins peut-être d’envisager ce média non plus comme un mode de diffusion, mais comme un support de création. C’est le pari de Benjamin Lazare, comédien, musicien et chanteur réputé dans le répertoire baroque et fondateur de la compagnie du Théâtre de l’Incrédule. Le 29 avril, il présentera un spectacle entièrement imaginé, créé et joué pour et avec Internet. “J’ai envie d’exploiter les possibilités spécifiques de création offertes par ce média. Il ne s’agit pas de diffuser sur Internet un spectacle joué de manière traditionnelle dans un théâtre, mais de le penser et le jouer en direct, à l’attention des internautes, sans forcément qu’il y ait de public local. L’objectif est aussi de travailler davantage dans l’immédiateté, à l’inverse des créations habituelles qui demandent plus de temps et de moyens.”

Contrairement aux habitudes, ce n’est pas la caméra, de type webcam, qui se déplacera dans l’espace pour créer les plans, ce sont les acteurs eux-mêmes qui les créeront en direct. Le metteur en scène qui explore actuellement ces différentes possibilités, évoque par exemple des surgissements rapides au premier plan, différentes manières d’obstruer manuellement la caméra ou de penser l’éclairage de manière spécifique. L’espace scénique, correspondant au cadre de la webcam, plus étroit que celui du champ de vision humain, sera lui aussi délimité au sol. Selon Benjamin Lazare, “il sera à cheval entre le théâtre et le premier cinéma. Il s’agit aussi de retranscrire l’ambiance et l’esthétique propre aux webcams”.

Un esprit Internet

Au-delà des aspects techniques de la mise en scène, le thème et la manière de conter l’histoire seront, eux aussi, tributaires du mode de diffusion. “Internet créé des interrogations sur la véracité des faits, des histoires absurdes et parfois fausses circulent en tout point du globe. J’ai donc eu envie que le spectateur s’interroge aussi sur l’histoire contée par l’héroïne, à la manière d’un récit-réalité, comme on en trouve beaucoup sur Internet. On doit ressentir un trouble, l’impression que ce personnage nous raconte vraiment son histoire. Tout doit se passer comme si on avait prêté à cette personne la scène du Théâtre de Cornouaille afin qu’elle nous raconte sa vie, car elle espère qu’il se passe quelque chose…”

Inspiré par ses échanges avec des spécialistes de la littérature orale, Benjamin Lazare a souhaité que ce premier volet puise son inspiration dans la matière bretonne, en faisant appel à une des variantes de la légende de sainte Ursule, la fille d’un roi de Domnonée, promise en mariage à un Breton émigré en Armorique, Conan Meriadec. “Ce sera un peu comme si les Bretons s’adressaient au monde entier à travers le théâtre, à la manière des festoù-noz retransmis en direct sur le web”, s’enthousiasme l’artiste, qui a déjà séduit le public finistérien avec deux spectacles, dont La, la, la opéra en chanson, dans lequel il a démontré son talent de metteur en scène, de chanteur et d’acteur. Il sera d’ailleurs à nouveau accompagné, pour cette nouvelle création, de Morgan et Geoffroy Jourdain, qui ont composé et dirigé la musique du dernier spectacle.

À la rencontre de nouveaux publics

Au-delà des nouveaux publics susceptibles d’être touchés par le biais d’Internet, Au web ce soir est aussi l’occasion de rassembler des acteurs de la vie culturelle locale. Côté technique, l’expérience de l’équipe d’an Tour-tan, par exemple, dirigée par Nicolas Gonidec et qui gère la diffusion des cybers fest-noz sur Internet, sera une nouvelle fois mise à contribution. Aux côtés de l’actrice principale et des musiciens, une vingtaine de membres du chœur de Quimper, composé d’amateurs de différentes mpt, participeront également au spectacle. Si l’expérience est concluante, d’autres rendez-vous entre le théâtre et le web seront proposés la saison prochaine.

Yann Rivallain

Renseignements : http://www.theatre-cornouaille.fr/

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