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Ajouté le 27 mars 2010 dans Histoire, Voyage

Galles et Bretagne à travers les âges

Héritier des Celtes brittoniques de l’Antiquité, Bretons et Gallois ont maintenu des liens distendus à travers les âges. Les relations se sont surtout développées à une période récente, notamment dans le cadre de l’interceltisme.

L'époque où les relations entre les deux pays semblent avoir été les plus suivies remonte à la fin de l’Antiquité. Au ive siècle, les Romains font appel à des combattants bretons pour défendre la Gaule. Certains semblent s’être installés en Armorique, péninsule qui accueille de nouveaux migrants durant les siècles suivants. Les sources sur cette période sont rares, aussi est-il difficile de savoir de quelles zones venaient ces immigrants, mais certains groupes ont pu être originaire de l’actuel pays de Galles. Les liens entre les royaumes bretons insulaires et armoricains semblent avoir longtemps perduré. Ils sont en partie alimentés par les religieux qui exercent leur ministère des deux côtés de la Manche. Ainsi, la plupart des “saints fondateurs” de la Bretagne sont gallois, ou ont été formés au pays de Galles. C’est le cas de Samson de Dol, de Brieuc, de Tugdual, de Paul-Aurélien, ainsi que d’autres “saints”, comme Gildas.

Au fur et à mesure de l’avancée des Anglo-Saxons durant le haut Moyen Âge, les liens se distendent. Les Bretons insulaires sont refoulés vers les finistères corniques et gallois. Les Bretons des deux côtés de la Manche renouent lors de la conquête normande de l’Angleterre, à laquelle participent de nombreux combattants venus de la péninsule armoricaine. Au xiie siècle, un clerc d’origine bretonne, Geoffroy de Monmouth, recueille plusieurs textes et légendes galloises. Ceux-ci l’inspirent lorsqu’il écrit une Vie de Merlin et, surtout, l’Historia regnum Britanniae, l’Histoire des rois de Bretagne, l’un des “best-sellers” de l’époque. Dans les années 1400, le duc de Bretagne envoie quelques troupes pour soutenir l’insurrection du prince gallois Owen Glendour, mais ce geste semble surtout dicté par les bonnes relations qu’il entretient alors avec le roi de France, ravi de mettre ainsi en difficulté son homologue anglais. En 1474, c’est un autre prince d’origine galloise que loge le duc François ii dans son château de Suscinio : Henri Tudor, qui deviendra ensuite roi d’Angleterre, au terme de la guerre des Deux-Roses.

Du xvie au xixe siècle, les relations entre la Bretagne et le pays de Galles sont soumises aux aléas de la politique internationale et des relations entre la France et la Grande-Bretagne, régulièrement en guerre entre 1688 et 1815. Le souvenir d’une commune origine semble s’être perdu, même si le linguiste Grégoire de Rostrenen, en préface de son dictionnaire paru en 1732, estime que, parmi les quatorze langues européennes, figure “la Celtique, qui après la révolution de plus de quatre mille ans s’est conservée jusqu’à nous chez les Armoricains et chez les Gallois, autrement dit Cymbres, Walles, ou Wallons, dans la partie occidentale de la Grande-Bretagne”. On sait aussi que l’épisode d’une fraternisation entre soldats gallois et bretons, lors de la bataille de Saint-Cast, en 1758, est une pure invention de La Villemarqué.

L’auteur du Barzaz Breiz est cependant l’un des artisans de la renaissance des relations interceltiques. En 1838, il fait partie d’une délégation bretonne à l’Eisteddfod d’Abergaverny (lire ArMen n°125). Profondément marqué par ce voyage, La Villemarqué créé une organisation bardique, la Breuriez Breiz, inspirée par le Gorsedd gallois, dont elle n’aura cependant jamais la popularité. En 1867, c’est une sorte d’“Eisteddfod breton” qu’il organise à Saint-Brieuc. Mais le congrès celtique international est un échec : peu de Gallois ont traversé la Manche pour y participer (l’érudite galloise lady Hall a cependant délégué son harpiste, Thomas Gruffydd) et les débats sont surtout centrés sur les divergences entre bretonistes et romanistes et sur la querelle concernant l’authenticité du Barzaz Breiz qui débute à ce moment-là. De même, les projets de colonie britto-galloises en Patagonie, promus par l’écrivain Charles de Gaulle, auteur d’un vibrant Appel aux Celtes, en 1865, n’auront aucun aboutissement (lire ArMen n°137).

Les protestants gallois

Au xixe siècle, les liens ont aussi repris pour des raisons religieuses. Pour les protestants gallois, il était difficile d’imaginer que ces “frères bretons”, parlant une langue similaire, continuent d’être dans l’erreur catholique. Dès 1818, un journal méthodiste, le Golewad Cymru, présente la Bretagne et exprime la tristesse que les neuf cent mille bas Bretons continuent de subir “le joug de fer du papisme”. C’est grâce au pasteur Thomas Price, que le grammairien Le Gonidec obtient des financements pour publier une bible en breton en 1827. En 1834, la société biblique continentale choisit un pasteur gallois, John Jenkins pour prêcher aux bas Bretons dans leur langue. Il s’installe à Morlaix et parvient à fonder de petites communautés dans le Trégor. Jenkins est également à l’origine de toute une littérature en langue bretonne (textes bibliques, sermons, méthodes de lecture…) La Cornouaille reçoit la visite d’autres pasteurs gallois : James Williams, puis William Jenkins Jones. Né en 1852, ce dernier apprend rapidement le breton, langue dans laquelle il rédige un livre de cantiques. Ses talents missionnaires sont à l’origine de conversions en pays Bigouden. En 1910, il part d’ailleurs récolter des fonds au pays de Galles pour construire un temple à Lesconil. Construit dans un style architectural gallois, ce dernier a été inauguré en 1912 et demeure en activité. À noter que la “concurrence” n’est pas restée inactive. À la fin du xixe siècle, Rome envoie le père Trébaol, un prêtre léonard, en mission au pays de Galles, où il animera une petite communauté catholique.

L’Eisteddfod de Cardiff, en 1899, marque la naissance des relations interceltiques modernes. Une importante délégation bretonne s’y rend, comprenant notamment François Vallée, Yves Berthou, Jean Le Fustec et François Vallée qui sont très impressionnés par le faste des cérémonies néodruidiques galloises. Un an plus tard, ils fonderont le Gorsed de petite Bretagne, qui existe toujours. À cette même occasion, il est décidé d’organiser régulièrement des congrès celtiques. À l’époque, le dynamisme du combat culturel des Gallois pour sauver leur langue impressionne les Bretons. Mais, après la Première Guerre mondiale, l’exemple gallois s’estompe et c’est désormais l’Irlande et son insurrection de 1916 qui inspirent l’Emsav. Des contacts ont lieu dans les années 1920 entre le parti autonomiste breton et les nationalistes gallois dont le leader, Saunders Lewis, fait d’ailleurs preuve d’un certain scepticisme envers la notion d’interceltisme lorsqu’il écrit, en 1929 : “Nous nous lierons non comme Celtes – c’est un mot qui n’a pas pour moi beaucoup de sens – mais comme Européens. Nous tâcherons de construire une Europe qui ne sera plus un conglomérat d’États souverains, méfiants les uns des autres, mais qui sera encore une fois une unité spirituelle, riche de sa diversité même.”

En 1939, Saunders Lewis et les nationalistes gallois décident de soutenir le gouvernement britannique contre l’Allemagne nazie. Les nationalistes bretons font le choix inverse, avec les conséquences que l’on sait. Un engagement qui se traduit, à la Libération, par un certain nombre de poursuites judiciaires contre des militants bretons. Une campagne en leur faveur est cependant menée au pays de Galles et, en 1947, une commission galloise vient enquêter sur d’éventuels “excès” de la justice française contre le mouvement breton. Le pays de Galles continue d’influencer l’Emsav dans la période récente. En 1984, l’organisation Stourm ar Brezhoneg, qui milite notamment pour le bilinguisme routier et se fait remarquer par des barbouillages de panneaux, a été créée directement sur le modèle de Cymdeithas yr Iaith Gymraeg, la “Société de la langue galloise”. De même, la création d’une télévision galloise dans les années 1980 ou la dévolution obtenue à la fin des années 1990, sont régulièrement utilisées comme arguments de comparaison.

Erwan Chartier-Le Floc’h

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