Ajouté le 14 février 2010 dans Culture, Disques et DVD
Coiffées de leurs toukenn du Trégor-Goëlo, parées de leurs costumes étonnants, les musiciennes des Raggalendo détonnent sur une scène bretonne qu’elles chamboulent allègrement. Michel Toutous nous dresse le portrait de ce véritable phénomène musical.
| Ce quatuor de jeunes femmes originaires de la région de Lanvollon est l’une des sensations de la scène bretonne de ces dernières années. Quatre véritables cousines alimentées des mêmes souvenirs d’enfance, de la même grand-mère, bref de quoi se constituer déjà un joli patrimoine ! Avec elles, c’est la valse… des étiquettes : rap, hip-hop, chanson française ou musique traditionnelle ? De quoi s’arracher les cheveux pour ceux qui rangent leurs disques dans les bacs des magasins de musique. |
La voix de grand-mère
C’est en entendant parler sa grand-mère lorsqu’elle rentrait au pays qu’Aude Le Moigne, alias mc Rose, eut l’idée de mettre en musique ses expressions venues tout droit de la langue bretonne. Poésie intuitive ou maladresse, qu’importe, puisque les mots trouvent immédiatement une saveur originale. En fait, le hip-hop s’avère l’écrin idéal pour mettre ces textes au goût de beurre salé. Il est vrai que ces tournures idiomatiques portent en elles une sorte de rythmique interne, finalement très proche du hip-hop, et qui ne demandait qu’à être mise en musique. Le savoir-faire d’Aude Le Moigne, par ailleurs guitariste très sollicitée dans les milieux de la variété (elle accompagne notamment Patricia Kaas), a fait le reste, ce qui a donné lieu à deux disques et un nombre conséquent de concerts, surtout en Bretagne. Le bouche-à-oreille, les clips “faits maison” visibles sur Internet, quelques coups de main notoires (Nolwenn Korbell et Iwan B., entre autres) et l’affaire était dans le sac.
D’aucuns pourraient trouver dans cette démarche une forme de mépris à l’égard de cette façon de parler, entre langue bretonne et français mal maîtrisé. mc Rose lève très vite le doute : “Nous ne sommes pas bretonnantes, mais nous prenons toutes les quatre des cours de breton”. Voilà qui est clair et sans la moindre ambiguïté ! “J’ai baigné très tôt dans la musique bretonne, car mon père jouait du biniou et la bombarde dans un groupe de fest-noz, poursuit Aude Le Moigne. Ma mère pratique l’accordéon diatonique. Je n’ai pas eu à apprendre.” A l’image des rappeurs marseillais d’iam, les Raggalendo utilisent leur accent pour en extraire la musicalité, voire la poésie. “D’ailleurs, rap signifie “rythm and poetry”, ce qui cadre bien avec ce qu’on fait”, assure mc Rose, qui avoue également admirer le travail des Black Fire, Indiens d’Amérique au rock revendicatif.
Femmes, mais pas féministes
Lorsqu’on interroge mc Rose sur la féminité des Raggalendo, elle affirme tout de go : “Nous sommes des femmes, le revendiquons, mais nous ne sommes pas féministes. Nous voulons surtout donner un point de vue de femmes.” Don’t act ! L’un des clips, tourné dans le pays du Goëlo, avec des figurants locaux, l’illustre avec à propos et humour : ce sont des hommes en caleçons, enduits d’huile, qui jouent les chippendales… Une manière comme une autre de retourner les clichés du rap ou du hip-hop qui ne sont pas toujours tendres avec la gent féminine. Il suffit de regarder les clips de ntm ou de 50 Cent pour se rendre à cette évidence : les femmes n’y sont pas à la fête !
Une harpiste-sonneuse de cornemuse, Dorothée Pinsard, rejoint régulièrement le groupe en concert ou au disque et de là, s’est tramé le projet d’un mini-bagad exclusivement féminin pour accompagner Raggalendo, à l’occasion.
L’esthétique Raggalendo
Aude Le Moigne n’hésite pas à faire le parallèle entre l’uniforme jogging-casquette du rappeur de banlieue avec la tenue des Raggalendo sur scène. Elle ne considère pas la toukenn ou le tablier comme un déguisement. “Nous voulons sortir ces habits du placard et surtout pas pour entrer dans une forme de vulgarité”, affirme mc Rose. Là encore, le processus est créatif car à côté de la coiffe de grand-mère authentique ou du châle du xixe siècle, nos quatre goélettes portent des costumes différents chaque année, créés par Eva Montfort, alias mc Trouille, par ailleurs bassiste du groupe. Elle les conceptualise, puis les fait coudre par des amis de Bréhec, ce qui procure une touche de “Breizh pop art”. Et mc Rose de résumer : “comme si hier s’habillait en demain”. Autres éléments du décor, la guitare Kemper, qu’on croirait tout droit sortie des faïenceries cornouaillaises, ainsi que des panneaux peints qui représentent un vaisselier ou un lit clos, sans oublier le “cublier” (contraction de cubi et de tablier) ou le “cubiniou”.
Mais l’écriture reste sans doute le vecteur privilégié de mc Rose et ses cousines. Si le premier disque faisait la part belle au regard qu’elles portaient sur la grand-mère, le second est plus centré sur elles-mêmes, comme en témoigne la chanson “la Honte”, d’un prime abord humoristique, mais qui n’en porte pas moins son petit poids d’humanité. L’écologie fait également partie des préoccupations de Raggalendo, mais sans que le message soit appuyé à la manière des politiciens. “Nous n’avons de leçons à donner à personne, explique mc Rose. Simplement, la nature nous tient à cœur. Nous donnons du plaisir, mais il reste les coups de gueule !” Par exemple, voir les sacs plastique joncher les plages l’horripile.
Solidarité
Nos quatre jeunes musiciennes ne sauraient se contenter d’un seul projet. Chacune d’entre elles participe à d’autres expériences, musicales ou autres. Mimi Hendrix est mathématicienne, mc Trouille est une bassiste recherchée et dj Ricane aide à domicile. Cette dernière est aussi la cheville ouvrière d’une association qui vient en aide à un village du Burkina-Faso. Elle fournit du matériel scolaire pour trois cents enfants et a participé à la création d’un petit dispensaire. “Nous, petits Européens, pouvons contribuer à aider ce village. Et nous organisons un ou deux concerts par an dont le produit va directement vers ce village, ainsi que quelques droits d’auteur.” Comme quoi, ces jeunes femmes, toutes orphelines de père, savent que sans solidarité, il n’est pas de monde vivable.
Michel Toutous
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raggalendo j'adore. Génial.
Merci pour votre concert d'enfer à Bars en Trans Rennes décembre 2010.
Beaucoup d'humour et de créativité musicale et scénique. Quatre belles bretonnes modernes et pleines de vie. Chapeau bas et coiffe dressée;
BOnjour,
Je voudrais acquérir les album des Raggalendo.
Pouvez vous me dire qui contacter?
Hier soir, à la fête, La coiffe en érection,
Ma mère, c'était le strech, c'était à Cesson.