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Ajouté le 6 novembre 2009 dans A suivre, Aktus web, Entreprises, Un monde à construire

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Staff au pays du spectacle

À Nantes, un projet associatif né dans les années 1980 pour former des jeunes non qualifiés aux métiers du spectacle est devenu, en une vingtaine d’années, un organisme reconnu par les professionnels dans toute la Bretagne et au-delà.

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Photo Marc Josse

Zone industrielle de Carquefou. La rue des Petites-industries aligne ateliers, entrepôts, hangars. Électricité, soudure, menuiserie, serrurerie, verrerie : en journée, tous les corps de métiers se bousculent avec fébrilité au cœur de cette véritable ruche artisano-commerciale. Si le n° 7 ne porte aucun signe distinctif, une surprise de taille attend pourtant le visiteur non averti qui franchit le sas de la mystérieuse enseigne Staff. Sommes-nous dans les coulisses d’une salle de théâtre ? Dans la réserve d’un plateau de tournage ? Imaginez un atelier de 800 à 900 m², dont chaque mur et l’ensemble des surfaces ont été repeints de noir. Des dizaines, peut-être des centaines de projecteurs accrochés aux perches ; des câbles, des prises, des guindes ordonnés sur des barres comme autant de rampes et praticables ; des flight cases le long des murs qui paraissent attendre les trucks d’une tournée triomphale.

À l’école du spectacle

Il s’agit effectivement d’un plateau, mais dédié à la formation de futurs techniciens du spectacle. Comme tant de réalisations innovantes, celle-ci est née, sinon du hasard, du moins d’un concours de circonstances, qu’une personne pivot, saura faire basculer de la bricole au projet. Nous sommes en 1983. Le chômage connaît une ascension dramatique dans l’Hexagone et tous les acteurs sociaux ont pointé que les jeunes en étaient les principales victimes. Les premières missions locales viennent d’être créées. Celle de Nantes imagine de confier à l’association Léo Lagrange l’organisation d’un stage, vaguement tourné vers les métiers du spectacle. Un groupe est constitué. Des responsables d’entreprises liées au secteur sont sollicités pour apporter une sorte de caution et, tant qu’à faire, intervenir. Mais dans quel but, sur quel programme, où et avec quels moyens ? Yves Guérin, le directeur de Staff, en rigole encore. L’association cherchait un coordinateur. Il n’avait pas de connaissance particulière et se destinait davantage à l’animation touristique, voire au métier d’éducateur. Recruté, il lui faut tout construire, rechercher des formateurs, mobiliser du matériel, trouver un local. Pour le lieu, ce sera le château de la Pervenchère, à Sucé, propriété de la ville de Nantes, le temps d’un dépannage, puis celui de la Bégraissière, à Saint-Herblain. Pour ce qui est du contenu, il faut tout inventer. Il y a bien des livres techniques, mais tout est en anglais et les jeunes concernés ne sont pas les rescapés d’une scolarité exemplaire. Qu’à cela ne tienne, les professionnels sollicités écriront les premiers contenus de cette formation destinée à former des aides techniques, aussi bien en lumière qu’en son.

Une structure adaptée

Pour ce qui est du “matos”, le sonorisateur du groupe Tri Yann, Jean-Paul Marchandeau, débarque un beau matin au volant du camion du groupe en pleine ascension et met son contenu à disposition des jeunes. Le coup d’envoi est donné ! Quinze jeunes gens vont essuyer les plâtres et effectuer des stages pratiques qu’il faut rechercher un peu partout. Tout est bon pour ces pionniers, du festival du folklore de Gannat, qui deviendra le festival des cultures du monde, aux Francofolies de La Rochelle, en passant par le festival d’Anjou animé par Jean-Claude Brialy et le festival interceltique de Lorient. Yves Guérin aborde alors son premier tour de France de superviseur : ici, le jeune techno ne sait où dormir, là on ne l’attendait pas vraiment, ailleurs c’est l’exploitation éhontée ; et puis il y a des stages fabuleux qui serviront de tremplin et de référence pour les années à venir, afin de réduire les galères. Le résultat est là : la première année, treize jeunes sur quinze décrochent un cdi ! Le succès de la première expérience de ce genre dans l’Hexagone plaide pour une reconduction de la formation. “L’idée a rapidement mûri qu’il fallait créer une structure adaptée à ces métiers, en réunissant les professionnels du spectacle de la région nantaise et les institutions”, se souvient Yves Guérin. C’est ainsi que naît Arts, qui s’installe cette fois à Saint-Sébastien, toujours dans le sillage de Léo Lagrange. Pour dépasser les divergences de vues entre la ville de Nantes, passée à droite en 1983 et les communes environnantes, principalement de gauche, Yves Guérin parie sur la mobilisation des professionnels nantais, essentiellement des prestataires de services, qui ont bien perçu l’intérêt de pouvoir compter sur des jeunes ayant reçu une qualification adaptée à la profession. Les pouvoirs publics s’engagent finalement à leur tour. La Région accepte de financer les premiers achats de matériel, et demande en juste contrepartie qu’on apporte les preuves de résultats tangibles ; autrement dit, que les jeunes formés trouvent du “boulot”. On exige aussi de l’association qu’elle accueille des publics réputés difficiles, ayant connu l’échec scolaire, ou en voie de marginalisation. On récupère ici et là du matériel qui servira à la formation. Le contenu et le déroulement des séquences se précisent, tandis que l’on table aussi sur la fidélisation d’un noyau de formateurs, qui continuent par ailleurs à exercer leur métier. Mais le temps est venu d’envisager la création d’un instrument professionnel.

Photo Marc Josse

Photo Marc Josse

Organisme de formation à part entière, Staff voit le jour en 1986. Les responsables de plusieurs entreprises prestataires de service pour le spectacle, mais aussi de structures bien implantées, parfois prestigieuses, comme le Théâtre Graslin, ont en effet convaincu Yves Guérin de poursuivre l’aventure sur une autre échelle. L’agrégation des professionnels, en tant que formateurs, mais aussi passeurs vers les réseaux, devient un axe essentiel de l’activité. Toute initiative de terrain, toute création, auxquelles Staff peut être associé, permettent l’application d’un enseignement théorique, particulièrement en mathématiques et en physique (électricité, optique, etc.). Ainsi la proposition de créer un kiosque à musique mobile, à l’usage des communes qui en sont dépourvues : formateurs et stagiaires vont travailler sous la conduite d’un acousticien de renom, Émile Leipp. Puis, une collaboration se tisse avec l’école d’architecture de Nantes qui planche cette année-là sur des hypothèses scénographiques. Alerté, un carrossier propose son concours et un brevet est déposé. Un prototype voit le jour et sera racheté par la mairie de Saint-Nazaire. Les stagiaires continuent à se disperser chaque été sur les grands rendez-vous théâtraux et musicaux, particulièrement en Bretagne : fêtes de Cornouaille, Interceltique de Lorient, festival du Théâtre de poche d’Hédée, Brest 2004. Des structures illustres comme l’Opéra de Nantes ou des entreprises de service parmi les mieux implantées comme Melpomen et mes. À Nantes, Multiscénique à Saint-Georges de Montaigu, Spectaculaires, à Rennes, Siwa à Châtelaudren, Arthur Music à Guidel, se tournent vers Staff.

Une véritable filière professionnelle

En 1989, la structure devient le premier organisme habilité à délivrer un titre homologué d’agent technique du spectacle. L’année suivante, s’ouvre, pour une session, une antenne à Morlaix, qui prend appui sur le centre Afpa local. Yves Guérin et son équipe de techniciens-formateurs sont conscients d’abonder les rangs des intermittents du spectacle, sorte de statut précaire qui, pendant quelques années, ne fut pas sans avantages. Mais le vent tourne et le régime d’assurance-chômage va serrer les boulons et le cordon de la bourse, entraînant les mouvements de 2005, au point de contraindre des organisateurs à annuler des manifestations parmi les plus prestigieuses, d’autres étant fortement perturbées. Un secteur offre cependant des emplois plus stables, ce sont les collectivités gestionnaires de théâtres ou de scènes musicales. Pour y accéder, il faut passer des concours, qui requièrent des diplômes. Les responsables de Staff, forts de l’expérience de l’homologation, élaborent aujourd’hui un dossier complexe qui devrait leur permettre de délivrer une certification, équivalente à des diplômes comme le bep ou le bac professionnel. En vingt-deux ans, le centre a formé plus de sept cents jeunes gens, filles et garçons. Plus de 80 % ont trouvé du travail dans la planète spectacle ou en périphérie. Aujourd’hui, on peut trouver les techniciens, formés en région nantaise, aux six coins de l’Hexagone, et bien au-delà. Didier Oble, l’attentif président de Staff, qui en a suivi l’aventure à des titres divers, l’affirme fièrement : “Dans le réseau des “technos”, il existe un esprit Staff. Des anciens ont pris du galon ici ou là et nous renvoient l’ascenseur en recrutant nos stagiaires ou en leur proposant des terrains d’application.”

Dans la vaste salle aux murs noirs, sous l’œil vigilant du formateur, filles et garçons s’affairent autour de montages qui paraissent bien compliqués au béotien. Si le centre de formation a fait ses preuves, il se trouve parfois sur la corde raide. Sachant les difficultés rencontrées par les jeunes accueillis, Yves Guérin et ses collaborateurs ont toujours refusé que les stagiaires participent aux frais de la formation. En 2008, Didier Oble a bien cru qu’il signerait la fin de l’odyssée : les comptes étaient dans le rouge. “Nous avions eu la sagesse de protéger une petite réserve. Une nouvelle année négative, on arrêtait, mais proprement”, témoigne-t-il. Un récent bilan l’a convaincu de poursuivre et Staff devrait diversifier son activité en proposant son expertise aux collectivités devant installer et gérer des lieux d’animation. Le bruit court que la région et la ville de Nantes sont attentives à la bonne santé de Staff, tant l’existence de l’outil s’est révélée précieuse.

Jean-Pierre Nedeleg

Contact : Staff, 7, rue des Petites-industries, 44477 Carquefou. Tél. 02 40 25 28 36. Mail. contact@staff.asso.fr

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