Ajouté le 11 septembre 2009 dans Culture, Disques et DVD
Fest-noz artisanal
À l’exact opposé des festoù-noz de type “grande surface”, Tribuil se singularise en adoptant une attitude quasi-artisanale. Ici, pas de tête de gondole d’origine industrielle, rien que du fait main où tous les produits sont soigneusement élaborés. Le modeste trio du premier disque s’est étoffé avec l’arrivée du contrebassiste Yann Le Bozec, ce qui apporte une connotation jazzy. Cela n’entraîne pas de changement fondamental, mais la rythmique s’en trouve mieux assise. Au menu de ce bal, des danses de basse et haute Bretagne, menées tambour battant par un duo plutôt insolite dans le milieu : bombarde et trompette qui se répondent à la manière d’un couple de sonneurs. Il se dégage de ces sonorités une couleur nostalgique de kiosque à musique. Au fil du répertoire, le quatuor affiche l’aisance des routiers au métier longuement rôdé. Si la suite plinn comporte quelques maladresses, en revanche la suite de Loudéac ravira les danseurs : tempo idoine, fermeté des impulsions, style binaire bien marqué sur des arrangements discrets. Il est vrai qu’avec Patrick Lancien et Claude Le Baron aux manettes, nous avons affaire à des spécialistes de haut vol. Ce temps d’un bal aura atteint une ambition respectable, donner l’envie de rejoindre le parquet.
Michel Toutous
Tribuil, le temps d’un bal, cd Autoproduction, trib 02/1 Diffusion Coop Breizh db 12.
Ridée six temps et boule à facettes
Les Baragouineurs, dans ce troisième disque, poursuivent un virage amorcé lorsqu’ils ont chargé Nicolas Moreau des samples et des programmations. Cette fois, les références traditionnelles s’estompent de plus en plus pour donner place à un langage clairement disco. Finies les boucles à deux sous disponibles en magasin d’informatique, les programmations se jouent à présent sur un registre plus sophistiqué. Évidemment, l’humour reste le fil rouge des Baragouineurs dont le propos reste l’adaptation de danses de haute Bretagne sur des rythmes portés par des machines. On est certainement plus proche de Brice de Nice que de Raymond Devos, mais chacun appréciera en fonction de ses goûts en la matière. Claude Darmor et Gilles Evilaine restent avant tout des iconoclastes qui ne font pas dans la dentelle textuelle, les illustrations flashy de la jaquette en sont la première manifestation. Reste à trouver un Travolta des festoù-noz capable de danser la ridée six temps ou le rond Saint-Vincent sur la musique des Baragouineurs. On lui souhaite bonne chance, car il lui faudra aussi dénicher une Olivia Newton-John à la hauteur ! Et pour se reposer, ce charmant couple pourra s’enlacer au rythme du slow langoureux et sensuel, car chez les Baragouineurs on a des cœurs d’artichaut…
M.T.
Les Baragouineurs, Discoz, cd Coop Breizh, cd 1019- db 11.
Gwerzioù
Il aurait été sans nul doute regrettable que Gwerzioù ne bénéficie pas d’une diffusion commerciale. À l’origine, ce cd n’aurait en effet dû être diffusé que de façon confidentielle, dans le cadre du réseau du Théâtre de Cornouaille. Car ce fut avant tout un spectacle monté à l’automne dernier sur la scène nationale de Quimper. Dans la mesure où plus grande part de la substance d’une gwerz ne peut aujourd’hui qu’échapper à l’auditeur moyen, comment lui faire entendre quelques grandes pièces du répertoire ? C’est de cette interrogation qu’a germée l’idée de réunir en un même spectacle trois interprètes de renom et un traducteur non moins chevronné pour un spectacle original. À Annie Ebrel, à Nolùen Le Buhé et à Marthe Vassallo reviennent la tâche d’interpréter alternativement, a cappella, six grands textes ("ar Priñs yeuvank", "ar Sorserez", "an Aotrou Liskildri ha Fantik Pikard", "ar Breur hag ar c’hoar", "ar Jaouis, Renean ar Glas"). À André Markowicz, véritable passeur de parole, passionné de gwerzioù et instigateur du projet, celle de livrer la traduction de chacun de ces chants, ponctuellement, en prenant place entre deux couplets. La démarche, on le voit, peut dérouter. À ne la considérer qu’en son principe, on pourrait craindre le trop plein didactique. Il n’en est rien. Cette dimension ne nuit en tout cas jamais au poétique.
Armel Morgant
Nolùen Le Buhé, Annie Ebrel, Marthe Vassallo, André Markowicz : Gwerzioù, Théâtre de Cornouaille ccm 001/1, distribution Keltia Musique.
Régis Huiban, conteur musical
C’est à partir de deux thèmes de sa région que Régis Huiban a bâti sa nouvelle proposition artistique : l’assassinat de Loeiz Ar Ravaleu en 1732, crime jamais élucidé, et le “sonneur des halles”. Carrefour de plusieurs terroirs et lieu de rencontres picturales, ce pays du Faouët se voit ainsi décliné au travers du conte, du chant et de la musique instrumentale. Bien sûr l’accordéon, subtil et élégant, du maître d’ouvrage se taille la part du lion. Au fil de ses multiples expériences, Régis Huiban a su se construire une personnalité musicale où se mêlent la gavotte et le jazz avec une recherche permanente en matière harmonique et surtout, une faculté à composer de fort belles mélodies sans lesquelles il n’est guère de projet intéressant. Il dépasse la tradition, bien aidé par ses trois camarades de scène qui savent mettre en lumière la musique du soliste. La présence du chanteur-conteur-saxophoniste Gildas Le Buhé apporte une tonalité vannetaise fleurie ; cette alliance voix-quartet fait office de révélateur du projet. On ne dira jamais assez l’importance que revêt une voix bien stylée et bien timbrée dans ce genre de réalisation. Autre présence de poids, l’orchestre de Jazz de Bretagne mené par Didier Ropers. Le groupe de Régis Huiban se voit gonflé par un véritable big band, une belle idée installée avec à-propos. Et la gavotte Pourlet, jadis menée par ces fameux sonneurs des halles, devient un prétexte à des jeux harmoniques et mélodiques du plus bel effet.
M.T.
Régis Huiban, 1732, cd Coop Breizh, cd 1007- db 5x2.
Le beau chant de Mairéad Ni Mhaonaigh
Imeall, premier projet solo de Mairéad Ni Mhaonaigh, vient ponctuer une carrière en groupe riche de belles expériences, parmi lesquelles les délicieuses String Sisters ou Altan, groupe phare de la scène irlandaise. Avec Mairéad Ni Mhaonaigh, c’est tout le style caractéristique du chant gaélique qui se manifeste. Chaque syllabe est ourlée d’ornementations qu’aucune partition ne parviendra jamais à restituer. Elle se révèle une digne héritière ! Au fiddle, elle démontre aussi une grande aisance, avec un coup d’archet précis et nerveux, typique de son Donegal natal, comme en témoigne une suite de reels de bonne facture. Mais ce qui pourrait n’être qu’un disque irlandais de plus, prend une dimension plus personnelle. Mairéad Ni Mhaonaigh s’appuie sur son acquis de chanteuse traditionnelle pour venir à son tour apporter sa pierre à l’édifice. Ses compositions, chansons ou instrumentaux, prouvent à la fois son enracinement et un subtil talent de mélodiste. Quelques curiosités parsèment Imeall, entre autres le hardanger fiddle, violon norvégien à cordes sympathiques, joué par l’emblématique Annbjorg Lien, ou encore un andro irlandisant, destiné peut-être à un public breton qui lui préférera pourtant certainement le reste du disque.
M.T.
Mhairéad Ni Mhaonaigh, Imeall, cd Naiade moon 1.
Didier Squiban en sextet
Entre piano solo et symphonie, Didier Squiban vient à présent explorer le sextet, une formule sans doute plus proche de son univers d’origine. La démarche dévie également de ses récentes trajectoires, avec une orientation nettement plus jazzy. Pour autant, la référence au traditionnel reste prégnante, surtout dans l’écriture des thèmes, reflets de l’acquis accumulé au fil de diverses collaborations. C’est dans les variations que s’exprime l’inspiration du pianiste finistérien avec des procédés qui emprunte autant à Bach qu’à Keith Jarrett et des orchestrations qui ne sont pas sans rappeler Gil Evans. Cette nouvelle approche semble mieux correspondre à la personnalité musicale de Didier Squiban, que d’autres expériences plus “bretonnes” dans l’esprit et dans la lettre. Le propos de l’Estran ne se départit jamais d’une élégance un brin distante. Les instrumentistes qui accompagnent le pianiste savent le rejoindre sur les chemins qu’il trace, mais ne semblent pas toujours se livrer totalement. La surprise vient cependant du côté du percussionniste-vocaliste Jérôme Kérihuel qui apporte le grain de folie qui manque peut-être à une production bien léchée, comme toutes celles de Didier Squiban.
M.T.
Didier Squiban, l’estran, cd L’Oz Productions, L’OZ 55 Diffusion Coop Breizh db 5x2
Gwennyn : le deuxième
Son premier album sonnait comme une promesse, et forcément le second était attendu. Dans un genre où les révélations sont rares, Gwennyn tente de se frayer un chemin bordé de poésie et de musique actuelle. L’effort est louable, car une langue ne saurait s’inventer un avenir sans passer par de telles voies. De jolies mélodies accrocheuses qui se trament à la manière de la variété, un accompagnement électrique qui n’oublie pas quelques détours d’accordéon ou de cornemuse, des arrangements aux petits oignons signés Patrice Marzin, réalisateur omniprésent : ce nouveau disque avait a priori toutes les cartes en main pour jouer dans la cour des grands. Hélas, la séduction qu’on espérait n’opère pas et l’essai n’est pas transformé. La voix peine à se positionner, avec même quelques défauts de justesse aux extrémités de l’ambitus. On attendait des progrès dans l’ampleur et l’assurance, on retrouve un timbre trop souvent fluet. Quid des textes alors ? Là aussi, la déception affleure rapidement… Les paroles du premier album laissaient aussi espérer l’avènement d’une plume bretonne, avènement qui ne se confirmera pas pour cette fois. Si des textes comme Gololaï, dénonciation de la condition des femmes voilées, révèlent une plume sincère, d’autres en revanche ne parviennent pas à s’élever au-dessus d’un simple exercice quasiment scolaire ; la chanson Kenavo en est la parfaite illustration. Avec deux albums à son actif, Gwennyn restera maintenant à être jugée sur scène, car à l’écoute de ce petit dernier, on reste malheureusement sur notre faim.
M.T.
Gwennyn, Mammenn, cd Keltia musique, rscd 292 m 319.
Plantec : le son et l’image
C’est à Yaouank 2008 que Plantec a choisi d’effectuer la captation de ce dernier cd-dvd. Concert ou fest-noz, la problématique se pose d’emblée : une partie du public danse, l’autre, minoritaire, écoute et regarde. Effectivement, il y a autant de visuel que de sonore chez ce groupe qui attire une clientèle jeune à ses prestations. Le look et l’attitude scénique n’ont d’équivalent que sur des plateaux de rock’n roll ou de variétés. Les tenues vestimentaires, entre Mylène Farmer et Star wars, ne laissent planer aucun doute : la forme prend une importance inédite dans le milieu des festoù-noz. Glissement esthétique ou effet passager d’une mode ? Seule la postérité sera en mesure de juger. La musique est à l’image du reste. Si les paroles ou les rythmes ramènent à la danse bretonne, il n’en va pas de même pour tout. Récurrence des thèmes gothiques dans des textes qui évoquent la nuit ou la tempête, priorité accordée à la scansion par rapport à la mélodie, façonnage du son par des effets électroniques très présents. Bref, chez Plantec, on donne parfois plus volontiers dans l’ostentatoire que dans l’essentiel. Le jeu des instrumentistes en témoigne : la bombarde se transforme en hautbois, dans le timbre comme dans le phrasé, la flûte et le biniou, soutenus par la guitare, jouent les utilités, ni plus ni moins. Restent la harpe et les machines de M-Kanik : ils apportent le liant et l’ampleur sonore souhaitable dans un discours où la mélodie passe souvent au second plan. Le chant et le trip hop de Maël Lhopiteau n’évitent malheureusement pas les clichés et ne soutiennent pas la comparaison avec les stars hexagonales, voire internationales du genre. Le trip hop breton reste un terrain quasiment vierge, le mérite de Plantec est finalement d’y avoir semé quelques graines. Attendons les futures récoltes.
M.T.
Plantec, Live, cd-dvd Aztec Musique cm 2245 Diffusion Coop Breizh.
Chants légendaires chrétiens de haute Bretagne
La Dame blanche est un spectacle conçu par Pierre Guillard et Sylvain Girault, duo de chanteurs bien connus du pays nantais, enrichi pour l’occasion par la flûte de Erwan Hamon et le oud de Fabien Gillé. Le quartet a puisé son répertoire dans l’abondant légendaire chrétien de haute Bretagne. Il va de soi qu’avec un chanteur de l’envergure de Sylvain Girault, le banal n’est pas de mise. Les chansons ont été soigneusement choisies tant pour les textes que pour les mélodies à partir d’enquêtes ethnographiques de différentes époques. Le résultat est somptueux. Ce répertoire est magnifié par le quartet où les voix sont ponctuellement mises en valeur par des touches discrètes d’harmonisation, et fleure bon le folk anglais des années 1970. Un sommet, “l’enfant prodigue”, longue complainte de neuf minutes - il faut oser cette longueur - met en scène un père et un fils qui se répondent, avec de courts interludes instrumentaux, pour chanter de haute voix et de longue haleine. Le mythe est chrétien certes, mais plutôt universel par tout ce qu’il peut sous-tendre. Cette Dame blanche nous ramène tout simplement à la part d’humanité que contiennent la plupart des chansons populaires, qu’elles soient de haute Bretagne ou d’ailleurs. Alors quand cette part d’humanité est en plus servie par de tels interprètes…
M.T.
Girault-Guillard Quartet, la Dame Blanche, cd Autoproduction ggo 01. Diffusion Coop Breizh - db 10.
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