Ajouté le 27 août 2009 dans A suivre, Aktus web, Diaspora, Un monde à construire
Mouezh Breizh e Korsika fait partie des associations bretonnes les plus récemment créées hors du pays. Fondée par deux Bretons solidement ancrés en terre corse, elle a l’ambition de permettre aux Bretons de Corse de se rencontrer de manière conviviale autant que de contribuer au rapprochement de deux peuples portés l’un vers l’autre, malgré de bien réelles différences.
L’un vit depuis trente ans à Bastia, parle breton, corse et français et a gagné récemment un concours de poésie en langue corse. L’autre est directeur d’édition et commercial d’U-Corsu, l’entreprise qui publie l’annuaire Corse à Cervione depuis une dizaine d’années. Autant dire que Richard Le Baler et Erwan Anger n’ont pas fondé Mouezh Breizh e Korsika le temps d’un échange Erasmus ou pour noyer une quelconque nostalgie, comme c’est parfois le cas des associations bretonnes les plus éphémères.
Marié à une Corse dont la famille s’exprime en corse au quotidien, Erwan Anger a appris la langue, mais aussi la culture et la société corse par immersion. “Les Corses prêtent volontiers certaines qualités aux Bretons, dont la loyauté et la droiture, ainsi que le caractère travailleur, explique-t-il. Souvent, cela leur permet de s’intégrer plus facilement dans un environnement où les non-dits et les apparences peuvent dérouter. Certains amis Corses s’amusent d’ailleurs de voir que je suis encore au même poste, après dix ans. Ils me disent malicieusement “ah, c’est bien, tu as duré !”, raconte le quadragénaire déterminé, dont l’accent un brin traînant et le teint halé des insulaires dissimulent au premier abord des origines morbihannaises. Car, derrière ses lunettes noires, se cache un regard azur qui s’embue pourtant rapidement lorsqu’il évoque la Bretagne. Il y a aussi ce prénom auquel l’association doit en partie son existence. “Par mon travail, je rencontre énormément de gens et avec mon prénom, je suis vite repéré. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas moins de deux mille Bretons en Corse, sans compter leurs enfants. En avril 2007, après plusieurs heures passées à parler de la Bretagne, entre six heures et minuit, nous avons, avec Richard, décidé de créer une association afin de regrouper nos compatriotes. Notre objectif principal est de passer de bons moments autour de nos valeurs, en invitant nos hôtes et les habitants de notre terre d’accueil à les partager.”
Nous comptons aujourd’hui cent vingt “familles membres”, le terme le plus juste, car selon Erwan Anger, 80 % des Bretons de Corse ont fondé des familles mixtes. De son beau-père, Joseph Fabri, de Cerviones, il tient d’ailleurs un dicton qui veut que “dans chaque village de Corse, il y a au moins une Bretonne. Si tu ne la trouves pas au village, alors elle habite déjà au Campu Santu (cimetière), mais elle a fait souche !”
Convilialité et solidarité
Dans une île où on affiche assez volontiers ses sympathies envers la Bretagne, la naissance de l’association n’est pas passée inaperçue : une heure d’antenne en direct à l’antenne sur Frequenza Mora, la radio de service public locale, une double page dans Corse-Matin en mai 2008… Les relations des uns et des autres ont fait le reste : un hôtel de Bastia est ainsi prêté à l’association pour organiser une première soirée en novembre. “Avec quatre-vingt-dix réservations, nous étions déjà satisfaits, affirme le président de Mouezh Breizh e Korsika. À la cent soixantième personne, on a dû fermer les portes ! Il y avait encore une cinquantaine de personnes dehors dans la rue qui écoutaient Guy Castel, un de nos membres, sonner de la cornemuse. On a servi mille deux cents crêpes !” En mars 2008, c’est l’université de Corte qui met son restaurant universitaire à disposition de l’association, suivi par l’iufm d’Ajaccio en novembre. Une fois encore, il y a davantage de candidats que de place pour danser, boire du cidre ou encore chanter le “Bro gozh ma zadoù” ! En juin dernier, c’est sur une plage de Linguizzetta que les membres de Mouezh Breizh e Korsika se sont retrouvés pour une journée festive à la paillote le Tropica, qui avait hissé les drapeaux des nations celtes pour l’occasion. Au programme : concours de palets, brochettes, crêpes et danse avec le soutien de musiciens locaux. Ce type de manifestations permet aussi de constater les différences et spécificités culturelles des uns et des autres, comme lorsqu’un groupe d’hommes est venu interpeller Erwan Angers, au milieu d’un fest-noz, pour s’étonner de voir autant d’hommes danser à cette heure : “Vous les Bretons, vous n’avez aucun complexe, ici, aucun homme ne danserait à cette heure de la soirée !”
Bien qu’ils tiennent avant tout à garder le caractère convivial, apolitique et “bon vivant” de l’association, les fondateurs ne s’interdisent pas d’explorer d’autres voies. Ils l’ont d’ailleurs déjà montré en créant une caisse permettant d’aider les adhérents en cas de “coups durs”. Une première collecte a par exemple permis de récolter des fonds pour la veuve d’un des membres qui venait de disparaître, montrant ainsi que la solidarité entre Bretons demeure une réalité. L’association, plutôt implantée au nord de l’île de beauté, s’est dotée de quatre vice-présidents – un par “micro-région” –, pour organiser des soirées, des veillées, des lectures, y compris en langue bretonne, car selon Erwan Angers, 20 % de ses membres sont bretonnants de langue maternelle ou ont appris la langue. “Nous avons pour objectif d’organiser deux événements annuels dans chaque région, soit huit manifestations ainsi qu’un grand week-end breton qui sera organisé à date fixe, en juin ou en août. Nous aimerions qu’il serve aussi de vitrine pour les produits bretons, qu’il permette de faire venir en Corse des musiciens connus en Bretagne. L’association compte faire appel à la région Bretagne pour l’aider à organiser cet événement, d’autant que deux municipalités ont déjà proposé des lieux pour l’accueillir. “Nous souhaiterions aussi travailler avec des entreprises bretonnes pour développer les liens, car les produits bretons sont très peu représentés en Corse, en raison de la structure particulière du commerce de détail. Je gère deux mille cinq cents comptes clients et les membres de l’association, issus à 80 % de familles mixtes, ont des réseaux également très étendus, par leur métiers et leurs profils très divers. Nous pensons qu’il y a de réelles opportunités à saisir pour l’économie des deux pays.”
La leçon corse
À écouter Erwan Anger évoquer la société corse dans toute sa complexité, à des miles nautiques des jugements lapidaires trop souvent portés sur cette île, on comprend l’intérêt de se rassembler pour échanger, ouvrir les portes et les esprits à ce qui rapproche et sépare les Corses et les Bretons. “Ce sont des sociétés radicalement différentes, explique-il. Cependant, nous sommes deux populations dont le caractère fait que nous résistons, de manière quasiment instinctive, par des réactions souvent spontanées. Sur le fond, la structure sociale et familiale est en revanche très semblable, la solidarité familiale n’est pas un vain mot et le dialogue intergénérationnel demeure. Les Corses sont un peuple de paysans de montagne, qui pratiquaient une agriculture de subsistance, de manière autonome jusqu’à peu, comme les paysans bretons. Cela leur a donné des valeurs communes, transmises de manière similaire.” Même si certains Corses considèrent avec humour que “la seule chose qui sépare les deux pays, c’est la France”, un Breton de Corse ne peut cependant manquer de remarquer les différences qui séparent les deux communautés. Erwan Anger note par exemple une différence importante dans la manière qu’ont les deux peuples de vivre leur culture au présent. Pour lui, au-delà des changements matériels (communication, internet, etc.), les Corses ont davantage su garder présentes les manières de penser et “d’être” héritées des anciens, contrairement aux Bretons et aux Basques “qui ont parfois mal géré leur héritage au nom de la modernité, sacrifiant leur langue et bien d’autres choses”.
Selon lui, il y a aussi de bonnes leçons à tirer de la Corse. “Quand il y a vingt ans, je voyais l’évolution du bâti et l’urbanisation d’endroits comme Carnac, je trouvais cela normal… Aujourd’hui, je considère que la lutte menée contre l’urbanisation du littoral corse a eu des résultats très positifs, quoiqu’on pense des moyens utilisés. Le littoral est propre, l’urbanisation est concentrée et adaptée à l’île, même dans les endroits les plus touristiques comme Porto Vecchio. Si on avait laissé faire comme ailleurs, cette île aurait perdu sa principale richesse…” Au-delà des liens humains qu’elle entend forger, le travail de l’association permettra peut-être de tordre le coup à certains clichés. Pour Erwan Anger, qui rappelle que la Corse est aussi une terre d’accueil pour bien d’autres communautés, “le peuple corse est par nature très altruiste, très ouvert à l’autre, à la différence”. Une opinion qui détonne dans le contexte français et promet à la Voix de la Bretagne en Corse de surprendre et de se faire entendre, en deçà du cap Corse.
Yann Rivallain
Renseignements : association Mouezh Breizh e Korsika, lieu-dit U Monasteru, 20221 Cervione. www.breizh-korsika.com. Erwan Anger. Tél. 06 12 43 69 29. erwan@breizh-korsika.com.
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bravo pour votre article
et au rapprochement de nos 2 pays
signé
un breton exilé ds le sud ouest
ps:souhaiterais dans un futur proche faire partie de l'association car je compte venir vivre en corse dans quelques mois