Ajouté le 15 juillet 2009 dans A suivre

Traversé d'un champs de laminaires à marée basse. (©A.Thépault)
Depuis trente ans, les habitants de Molène rendent hommage aux anciens goémoniers de Trielen et profitent d’une grande marée pour relier les deux îles à pied. Outre une balade étonnante sur l’estran, c’est l’occasion de partager un repas convivial.
28 septembre, coefficient 112, basse mer : le ciel est clair, la lune n’est pas encore couchée. Il fait beau et frais. Ce matin, une bonne partie de ceux qui embarquent sur le Armand Collin est constituée de randonneurs. Un homme, cheveux grisonnants, a déjà ses bâtons en mains et explique qu’il vaut même mieux en avoir deux : “Il n’y a aucun danger… mais ça glisse ! Après l’accostage sur Molène, les marcheurs se dirigent vers le quai Charcot, où un canot à moteur les attend pour les emmener à Trielen par petits groupes. Avant d’embarquer, un bâton leur est remis, sur lequel l’édition et la date de la marche ont été gravées. Arrivés à Trielen, il reste une bonne heure avant le départ pour parcourir l’île et notamment son loch – un lac d’eau saumâtre de cent mètres de diamètre –, abritant du gibier d’eau et dominé par un cordon de galets mis en place par la houle du sud-ouest. Selon l’amplitude des marées, l’eau s’infiltre à travers les pierres de cette digue naturelle.
Une île cultivée
Les quelques bâtisses en ruines indiquent que l’île était jadis habitée. Les fouilles archéologiques effectuées y ont révélé de nombreux monuments Néolithique et des traces d'habitations antiques. Comme Béniguet, au Moyen Âge, l'île appartenait aux comtes de Léon, puis à l'abbaye de Saint-Mathieu. Les moines la cultivèrent et la vendirent à un seigneur de Ploumoguer. Ce dernier envoya ses laboureurs entretenir les champs à tour de rôle. Mais, étant donné la taille de l’île (850 sur 250 mètres) et les difficultés de la vie, le peuplement n’a jamais dépassé la cinquantaine d’habitants. De 1949 à 1955, trois paysans du Conquet s’y sont établis pour cultiver l’orge, la pomme de terre et élever du bétail, en témoignent aujourd'hui les ruines de la ferme et ses bâtiments, mais aussi les murets en galets qui délimitaient les parcelles cultivées. Comme sur toutes les petites îles qui entourent Molène, on y fabriquait aussi de la soude à partir du goémon. Les pains de soude étaient revendus aux goémoniers du Conquet.
Puis, elle est utilisée avec l'île de Balanec comme centre de rééducation par le père Albert Laurent. Les conditions de vie sont très dures et le projet est un échec. Le centre est fermé en 1957. Devenue la propriété du conseil général du Finistère le 7 février 1972, l’île de Trielen est depuis gérée par la sepnb, dans le cadre de la réserve naturelle de la mer d'Iroise.
Au bistrot ou à l’église ?
C’est pour rendre hommage aux derniers goémoniers de Trielen que la marche a été instituée, le 10 août 1979. François Le Guen, alors président de l’Amicale molénaise, avait souhaité renouveler la marche que faisait son père, goémonier à Trielen par nécessité. “Les gens qui travaillaient là-bas traversaient en marchant, parfois tout seuls, pour venir boire un coup au bistrot ou pour aller jusqu’à l’épicerie et ramener une bouteille de vin”, explique René Masson, président de l’Amicale molénaise de 1988 à 2008. Selon une autre version, les habitants de Trielen se rendaient à Molène pour effectuer leurs devoirs religieux.
Vers 11 h 30, la centaine de marcheurs se rassemble près du drapeau de l’Amicale. À 12 heures, le départ est donné : tous suivent le guide. Première étape : l’île aux Chrétiens. On l’atteint après s’être déjà mouillé jusqu’à mi-cuisses. Après une heure de marche sur un champ d’algues et de cailloux, le groupe de marcheurs atteint l’île Molène, sous les acclamations d’un petit comité d’accueil. Après la traditionnelle photo de groupe, en route pour la salle polyvalente où attendent les diplômes sportifs, le ragoût de saucisse fumée et le flan aux algues. La conclusion d’une belle journée, chargée de souvenirs historiques.
Aurélie Thépaut
La marche Trielen-Molène aura lieu, cette année, le samedi 22 août. Le nombre de participants est limité à cent pour des raisons de sécurité et de transport. S'adresser à l'Amicale molénaise, Penn an Ero, à Molène. Tél. 02 98 07 38 60. E-mail: arskreo@laposte.net
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Bonjour,
Merci pour cet article sympathique et intéressant!
Intéressé par l'histoire de l'île de Trielen, je me demande si l'auteur (ou d'autres visiteurs) ont des références d'ouvrages à indiquer au delà du livre de Vital Rougerie (L'archipel molénais). Je m'interroge notamment sur la période avant 1945, qui a du voir la construction de la plus grande partie des bâtiments et murs (j'ai du mal à imaginer une cinquantaine d'habitants sur cette île, quand Quéménés, plus grande, n'en a jamais compté plus de 40...).
Merci d'avance!
Julien