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Ajouté le 9 juillet 2009 dans Art, Photographie, Portraits, Portraits photographes

Le photographe Jean Hervoche

Photographe des mondes extrê­mes, des paysages immenses, âpres ou désertiques, de la Bretagne aux pays nordiques, en passant par les pays celtiques, Jean Hervoche quête avec exigence l’essence des choses, des paysages et des hom­mes sous d’autres latitudes.

Jean Hervoche

Jean Hervoche

ll n’a fréquenté aucune école, mais a fait son miel des conseils de Robert Doisneau, Claude Dityvon, Lucien Clergue, Hans Sylvester, Jean-Lou Sieff, Fulvio Roiter… C’était à Rennes, au début des années 1970, à l’occasion du mois de la photographie organisé chaque automne par le club qu’il fréquentait assidû­ment. Ces maîtres de la photographie animaient de courts stages et avaient vite remarqué le travail de Jean Hervoche. Sa première exposition personnelle, à l’Imagerie de Lannion, en 1978, révélait au public un style épuré, une technique classique au service d’une image chargée d’émotion, justifiant les commentaires élogieux des prestigieux aînés. Quelques années plus tard, en 1983, il publie, avec le soutien de la Ville de Rennes, un premier album : Bretagne. Espaces et Solitude. Le titre en dit long sur le regard qu’il porte sur le pays dans lequel il se dit “ancré”, celui qu’il connaît depuis sa naissance à Donges, près de Saint-Nazaire, son enfance et son adolescence à Quimper, puis son installation à la périphérie de Rennes, et dont il souligne “l’extrême sensibilité des couleurs”, la fugacité des lumières qui, d’un instant à l’autre, transfigurent un paysage. “J’aime, dit-il, ce qui est fugitif. J’aime rendre défini­tif quelque chose qui ne l’est pas.” L’estran breton, sans cesse remodelé par la mer et le ciel, ne pouvait que le fasciner et le guider toujours plus vers le nord, là ou les couleurs s’estompent, ou la présence humaine s’efface pour céder la place à une nature épurée, essentielle. On s’étonne alors de découvrir un album sur la Semaine sainte en Andalousie, des reportages sur le Carnaval de Venise, sur les pêches traditionnelles au Portugal ou sur les populations du Tchad. Et de constater que passée la Loire, le paysage semble s’ef­facer au profit du portrait. “En réalité, avoue-t-il, le mode de vie que j’aime, c’est celui du Sud, mais mon univers photographique, c’est celui du Nord.”Après la Bretagne, il y eut donc l’Irlande, l’Écosse, puis l’Islande et, aujourd’hui, les îles Lofoten, au large de la côte norvégienne. “La grandeur de certains sites d’Islande ramène aux origines du monde, a-t-il écrit sur son site internet. Les lumières fugitives de ces terres lointaines me fascinent. Elles font parfois entrevoir en quelques instants d’équilibres définitifs et fragiles leur subtile et poignante beauté.” Jamais sa vision du monde en noir et blanc n’avait autant coïncidé avec la réalité. Car Jean Hervoche photogra­phie exclusivement en noir et blanc. “Si le peintre, explique-t-il, a une liberté absolue, le photographe est prisonnier de la reproduction du réel, et je considère que la marge de créativité est plus grande avec le noir et blanc.” Il se garde de mépriser la couleur, mais ajoute : “Pour le type de photos que je fais, sa lisibilité est trop rapide.”À l’exigence du noir et blanc, il ajoute fréquemment celle du format carré qui, dit-il, l’oblige à chercher ce qu’il y a d’essentiel et qui, lorsqu’il y parvient, fait la force de l’image. Il compose ses photographies à la prise de vue et ne les recadre pas. Reste à les sélectionner : une phase qu’il redoute, bien qu’avec le temps et l’âge, confie-t-il – et malgré le numérique qu’il a adopté sans état d’âme – il devient de plus en plus économe. “C’est difficile de décrypter ses propres photos parce que leur contenu affectif est considérable. J’ai besoin de regards extérieurs, celui de mon épouse et de l’une de mes filles.” Elles lui apporteront une nouvelle fois leur concours pour les deux livres qu’il projette de réaliser prochainement. L’un sera consacré à la Bretagne, le second aux îles du nord de l’Europe. Deux nouvelles pierres dans le parcours d’un artiste de 73 ans, qui devra toutefois attendre que les éditeurs sortent de la prudence où les a enfermés la crise.

Yvon Rochard/ArMen n°171, juillet-août 2009 ©

Photos : ©Jean Hervoche - Reproduction interdite.

Bibliographie sélective des albums de Jean Hervoche sur la Bretagne et les pays celtiques : Bretagne, paysages – album, Bibliothèque de Rennes Métropole, 2007. Bretagne. Espaces et Solitude – album, J. Picollec, Ville de Rennes, 1983. Un donjon et l’Océan, la Bretagne de Chateaubriand – album, éditions Artus, 1995. Bretagne, entre vents et amers – album, éditions Apogée, 1996. Îles – album, éditions Terre de Brume, 1999. Écosse, Highlands & Islands (collectif) – album, éditions Artus, 1998. Écosse, le pays derrière les noms – album, éditions Terre de Brume, 2001. Irlande, voyage intimiste – album, éditions Terre de Brume, 2003.

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