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Ajouté le 21 juillet 2009 dans Enquêtes, Interviews

La baisse des cours du pétrole et les agrocarburants

10-POUPEAU-SYLVAIN-JUDEAUX

Sylvain Judeaux. Photo : © Jean-Martial Poupeau

Chargé de mission à la Fédération régionale des Cuma, à Rennes, Sylvain Judeaux a suivi le développement de la fabrication d'huile végétale pure (HVP) dans la région. Il livre ici ses principales conclusions.

Pouvez-vous dresser un état des lieux de la fabrication d’HVP dans la région ?
En dehors de quelques équipements individuels dont nous n’avons pas connaissance, la dimension collec­tive est presque systématique pour produire de l’HVP en raison des inves­tissements élevés : équipements de stockage des graines, presse à huile, matériels de décantation et filtration, cuve de stockage de l’huile… On recense à ce jour neuf unités collec­tives de fabrication d’ HVP et autant de Cuma impliquées. Au total, elles réunissent environ cent cinquante agriculteurs et pressent mille tonnes de graines, du colza essentiellement, qui donnent environ 350 000 litres d’huile et 650 tonnes de tourteaux appelés “fermiers”. La plupart de ces projets ont vu le jour vers 2005-2006. Ils ont coïncidé avec la flambée des cours du pétrole, qui a poussé cer­tains producteurs à vouloir remplacer le gazole par de l’huile produite sur la ferme, en autoconsommation. Ces producteurs, pour la plupart éleveurs, ont aussi cherché à valoriser les tourteaux issus du pressage des grai­nes dans une logique de meilleure traçabilité et de substitution au soja importé.

Quelles sont les utilisations les plus fréquentes de l’huile et des tour­teaux ?
L’utilisation des tourteaux “fermiers” convient très bien à l’engraissement des bovins ainsi qu’à la production de lait, sous réserve d’en limiter l’incorporation dans les rations, car ils sont plus gras que les tourteaux importés. En ce qui concerne l’huile, certains l’utilisent dans des chau­dières, mais cela exige une certaine technicité. L’utilisation la plus fré­quente de l’huile est de servir de car­burant, comme la réglementation le permet, dans les moteurs des engins agricoles. Après décantation et filtra­tion de l’huile, celle-ci est mélangée au gazole dans les moteurs des trac­teurs, généralement à 30 % voire 50 %. À ce niveau, il n’y a aucun effet négatif sur les performances des tracteurs et l’état des moteurs, comme le prouvent de nombreuses expérimentations, menées notam­ment en Allemagne. Les premiers moteurs inventés par Rudolf Diesel fonctionnaient avec de l’huile de lin ou d’arachide et Peugeot dans les années 1920 testait déjà l’utilisation de l’huile végétale dans ses moteurs. Quelques agriculteurs, très minoritai­res, ont choisi d’aller plus loin dans cette logique de remplacement du gazole en équipant leurs tracteurs de kits de bicarburation. Ces dispositifs, qui permettent de faire marcher le moteur avec presque 100 % d’huile, consistent à doubler le circuit d’ali­mentation : un pour le gazole au démarrage et un pour l’HVP. Lorsque l’huile, beaucoup plus visqueuse que le gazole, a été suffisamment réchauf­fée, elle est injectée dans le moteur à la place du gazole. Mais le prix de cet équipement, qui varie générale­ment entre 1000 et 2000 euros, est un frein à son utilisation.

À l’heure de la baisse du prix du gazole, l’intérêt pour l’HVP se main-tient-il toujours ?
On constate effectivement que l’en­thousiasme du départ est quelque peu retombé. Avec un prix de revient compris entre 0,4 et 0,6 euro par litre, l’HVP n’est guère compétitive quand aujourd’hui, le gazole coûte environ 0,50 euro le litre. La plu­part des CUMA n’enregistrent d’ailleurs plus de nouveaux adhérents, mais elles parviennent quand même à maintenir les volumes pressés : peu d’agriculteurs se sont découragés, car pour la plupart, le plus important dans les HVP, ce n’est pas l’huile mais les tourteaux !

Interview réalisée par Jean-Martial Poupeau. © ArMen 2009.

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