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Ajouté le 20 juillet 2009 dans Enquêtes, Environnement

Agrocarburants : un atout pour la Bretagne ?

De nombreux projets de production d’agrocarburants ont vu le jour ces dernières années en Bretagne. Portés par la volonté de réduire notre dépendance au pétrole, mais aussi de créer des emplois et de donner plus d’autonomie au secteur agricole, ils se veulent aussi plus respectueux de l’environnement.

Bus au Diester de la Ville de Quimper. ©Lionel Flageur/Quimper Communauté.

Bus roulant au Diester de la ville de Quimper. ©Lionel Flageul/Quimper Communauté.

La disparition inéluctable des ressources pétrolières, annoncée pour le milieu du siècle, ainsi que la flambée des cours du pétrole et la volonté de lutter contre l’effet de serre ont contribué ces cinq dernières années à un essor consi­dérable de la production française de carburants d’origine agricole, les agrocarburants, encore appelés bio­carburants. En septembre 2004, le gouvernement Raffarin a donné son aval à un plan visant à tripler leur production en trois ans, à travers la création de quatre nouvelles usines. En mars 2007, l’Union européenne a décidé de porter à 10 % la part d’incorporation des agrocarburants dans les carburants fossiles d’ici à 2020. La France, qui s’est voulue plus ambitieuse, a fixé cet objectif à 2015 (5,75 % en 2008 et 7 % en 2010). Enfin, en décembre 2008, l’adoption du paquet “énergie-cli­mat” par l’ensemble des pays de l’Union européenne, dont la France, a confirmé l’impulsion donnée aux énergies renouvelables et donc indirectement, aux agrocarburants. Ces derniers, qui sont produits à partir de plantes, sont considérés comme des énergies renouvela­ bles. Contrairement au pétrole, ils sont a priori neutres vis-à-vis du réchauffement climatique, car lors de leur cycle végétatif, les plantes séquestrent le gaz carbonique de l’atmosphère dans leurs tissus, puis le restituent lorsque l’on brûle les carburants qu’elles ont permis de produire. Selon les conclusions de l’étude “EcoBilan” commandée en 2002 par l’Ademe (1) au cabinet PricewaterhouseCoopers, l’utilisa­tion des agrocarburants contribue à diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 75 à 85 % selon les filières par rapport à l’utilisa­tion d’essence et de gazole. Même si on lui a reproché depuis son caractère partisan – le “lobby céréa­lier” s’en est servi comme caution scientifique pour vanter les mérites des agrocarburants industriels –, cette étude a néanmoins impulsé la construction de nombreuses usines de biocarburants.

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Usine Diester Industrie de Montoire de Bretagne. © DR

La première génération
À ce jour, les agrocarburants dis­ponibles sont tous issus de grai­nes de plantes cultivées : on les qualifie d’agrocarburants de pre­mière génération. On peut les pro­duire soit à partir de céréales (blé, maïs…), de betterave ou de graines d’oléagineux. On utilise leur ami­don ou leur saccharose, que l’on transforme en carburants par un processus de réactions chimiques. Le carburant obtenu, de l’éthanol, vient alors compléter ou rempla­cer l’essence dans les moteurs à essence. L’éthanol connaît depuis quelques années un grand succès au Brésil – où près de sept millions de voitures (modèles “flexfuel”) rou­lent déjà avec un mélange éthanol-essence obtenu à partir de canne à sucre –, mais aussi aux usa, où l’on utilise le maïs. En France, même si des constructeurs tels que Ford, Peugeot, Citroën ou Renault en fabriquent, rares sont les automo­bilistes qui ont été séduits par les voitures “flex-fuel”. La faute à une production d’éthanol très limitée et à un réseau de distribution encore balbutiant : aujourd’hui, malgré les promesses des distributeurs de carburant – mille cinq cents pom­pes devaient être installées à la fin 2008 –, à peine plus de trois cents pompes, dont quatorze seulement dans toute la Bretagne, distribuent de l’éthanol, en fait un mélange de 85 % d’éthanol et 15 % d’essence sans plomb appelé e85. Et la mise en vente depuis le printemps 2009 d’un nouveau carburant, le e10, mélange de 10 % d’éthanol et 90 % d’essence sans plomb, ne devrait sans doute pas changer la donne. En réalité, la France a donné la préférence à l’utilisation de grai­nes d’oléagineux, colza et tourne­sol essentiellement. Celles-ci sont transformées en carburants soit par réaction d’alcool méthylique sur de l’huile (filière biodiesel ou Diester, nom commercial du carburant obtenu), soit par pressage à froid des graines (filière Huile végétale pure (hvp)). hvp et Diester sont utilisables uniquement dans des moteurs Diesel, en mélange. Ces deux filières sont très présentes en Bretagne, la production de diester en particulier, qui connaissait un essor spectaculaire depuis la mise en service en octobre 2007 de l’usine Diester Industries à Montoir de Bretagne, sur le terminal agroali­mentaire du port de Nantes-Saint-Nazaire. D’une capacité de deux cent cinquante mille tonnes de diester par an, cette usine est l’une des quatre plus grosses unités de fabrication industrielle de diester en France. Quarante-cinq millions d’euros ont été investis sur le site et trente-deux emplois directs créés. Sa construction repose sur d’impor­tantes synergies industrielles entre Diester Industrie et deux autres partenaires, Cargill Atlantique et Total. “Livrée au moyen de pipeline par Cargill, dont l’usine jouxte celle de Diester Industrie, l’huile de colza semi-raffinée subit une réaction chimique appelée transestérification en présence d’un alcool, le métha­nol. On obtient alors deux produits, l’ester méthylique, plus connu sous le nom de biodiesel ou diester, et de la glycérine. Diester Atlantique compte profiter de sa proximité avec la raffinerie Total de Donges, reliée aussi à l’usine par pipeline pour lui vendre l’essentiel de son diester, pour incorporation dans le gazole. Quant à la glycérine, elle sera utilisée en Bretagne dans des secteurs divers, allant de l’alimenta­tion animale aux produits cosméti­ques ou d’hygiène”, explique Fabien Kay, chargé de communication à Proléa, l’entité représentant la filière française des huiles et protéines végétales. Pour les agriculteurs, ces installa­tions, qui nécessiteront six cent mille tonnes de colza, soit l’équiva­lent de la production de deux cent mille hectares, devraient constituer un débouché “naturel” pour le colza produit en Bretagne – où les sur­faces de cet oléagineux ont atteint quarante et un mille hectares en 2008 –, mais aussi dans tout le grand Ouest. Le pôle agrocarburants de Montoir­de-Bretagne va aussi permettre à la région, via les tourteaux produits par Cargill, de réduire sa dépen­dance au soja importé, du Brésil notamment, même si on ne peut pas exclure le recours à des achats de graines étrangères en cas de volumes insuffisants ou de cours plus faibles, et ce d’autant plus que cette implantation portuaire faci­litera les importations. Le diester produit à Montoir-de-Bretagne va également contribuer à satisfaire l’obligation fixée par les pouvoirs publics d’incorporer des carburants d’origine renouvelable. D’ores et déjà, plusieurs collectivités utili­sent du diester pour leur flotte de véhicules. C’est le cas de Quimper Métropole qui fait circuler, depuis janvier 2006, vingt bus standards, quatre bus articulés et six véhi­cules de transport de personnes à mobilité réduite au diester, au taux d’incorporation de 30 %. “Depuis janvier 2008, une flotte de quarante véhicules de services de la ville de Quimper et de l’agglomération fonctionne également au diester”, indique Caroline Jacquier, char­gée de communication à Quimper Métropole.

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Jean-Noel Le Quintrec, tranvase les graines de colza.

La société Triballat, à Noyal-sur-Vilaine, qui produit et distribue une gamme très diversifiée de fro­mages aoc, produits laitiers frais et spécialités végétales a aussi adopté cet agrocarburant. Depuis 2006, elle fait rouler sa flotte de camions citernes, frigorifiques et véhicules utilitaires et particuliers avec un mélange de 30 % de diester et 70 % de gazole livré directement par Total depuis la raffinerie de Donges. “Très impliqués dans le monde agricole, nous avons choisi d’utiliser un carburant d’origine végétale, qui plus est produit dans la région, plutôt que du pétrole. Et comme la production de diester génère aussi d’importantes quan­tités de tourteaux de colza, elle permet de réduire les achats de tourteaux de soja importés, qui présentent un risque élevé de conta­mination par des organismes géné­tiquement modifiés (ogm), ce que nous bannissons pour nos produits. Par ailleurs, avec le diester, nous avons pu réduire immédiatement nos rejets de gaz à effet de serre, déclare Jean-Marc Levêque, respon­sable développement durable chez Triballat. Ce choix a été beaucoup apprécié par nos différents partenai­res et en particulier, les agriculteurs. Son seul inconvénient est que par rapport au gazole pur, l’utilisation de diester se traduit par un léger surcoût. Nous essayons néanmoins de le compenser en sensibilisant nos chauffeurs à la conduite éco­nomique.”

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La presse mobile à huile de la Cuma 56.

L’huile végétale pure

Quant à la production d’hvp, très dynamique dans la région (lire l’in­terview), elle se fait avec des moyens très différents. Contrairement à l’éthanol et au diester, qui font appel à des procédés complexes et hautement industrialisés, la fabri­cation d’hvp s’apparente davantage à de l’artisanat. Elle vise à donner davantage d’autonomie énergétique et de traçabilité aux exploitations. En effet, dans cette filière, les agri­culteurs produisent eux-mêmes de l’huile et des tourteaux à partir de graines d’oléagineux issues de leur récolte et au moyen de presses, sou­vent achetées collectivement. Après décantation et filtration, l’huile obtenue sert de carburant dans les engins agricoles (tracteurs, mois-sonneuses-batteuses…) en com­plément ou en remplacement du gazole, comme la réglementation le prévoit. Les tourteaux, coproduits du pressage, représentent entre 65 % à 70 % du poids des graines, ils permettent aussi de s’affranchir de l’utilisation de tourteaux de soja importés dans l’alimentation ani­male. C’est un atout important pour toutes les filières d’élevage qui veulent garantir une alimentation exempte d’ogm, de plus en plus difficile à obtenir avec des produits importés. Parmi les nombreuses initiatives de production d’hvp qui ont vu le jour ces dernières années dans la région, on peut citer celle menée par la Cuma (2) Terre d’énergie dans le Morbihan, sous l’impulsion notamment de son président, Jean Noël Le Quintrec, agriculteur à Bignan : “Mon grand-père réservait toujours une parcelle d’avoine pour nourrir ses chevaux, se souvient le producteur breton. Aujourd’hui, je fais un peu la même chose : pour faire tourner mes tracteurs, j’utilise du colza produit sur la ferme.” Créée en 2005, la Cuma s’est équipée de deux presses mobiles à barreaux, fixées sur des remor­ques déplaçables de ferme en ferme. Cent quarante tonnes de graines de colza ont été pressées en 2007 par trente adhérents, morbihannais pour l’essentiel. En dehors d’une utilisation alimentaire – pour assai­sonner la salade ! – l’huile est uti­lisée en mélange avec du gazole dans les moteurs de tracteurs et autres engins agricoles, comme les moissonneuses-batteuses. “Selon les types de travaux, mes deux tracteurs tournent avec un mélange de 50 % voire 80 % d’huile de colza sans aucune modification particulière”, précise Jean Noël Le Quintrec, qui cultive quatre à cinq hectares de colza tous les ans. Les tourteaux servent aussi à la nourriture du bétail, vaches laitières surtout, en remplacement du soja. Un grou­pement d’intérêt économique (“Huiles et tourteaux”) a d’ailleurs été créé pour faciliter les ventes de tourteaux entre les adhérents. “Notre credo de départ est autono­mie, écologie et économie. Nous ambitionnons de faire de l’huile végétale un outil de développement et d’échange local. Certes, depuis un an, on sent que le souffle des débuts est un peu retombé et nous n’enregistrons plus de nouveaux adhérents. La mauvaise récolte de colza en 2007 et les cours très élevés du maïs ont fait baisser les embla­vements de l’oléagineux en 2008, et les quantités pressées ont diminué. De plus, le gazole n’est pas encore assez cher pour rendre la produc­tion d’hvp compétitive.

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Mais sur le long terme, nous sommes sûrs d’être gagnants”, rappelle le prési­dent de Terre d’énergie. On retrouve aussi cette logique de développement local à la Cuma Ménergol, qui a mis en route en février 2007 une huilerie collective à Saint-Gouéno, dans les Côtes-d’Armor, alimentée par le colza pro­duit dans un rayon de vingt kilomè­tres par cinquante-cinq agriculteurs. “La production locale d’huile et de tourteaux permet de se réapproprier la valeur ajoutée au lieu de la laisser filer vers d’autres intermédiaires”, explique Pierre-Marie Launay, agriculteur à Merdrignac et président de la Cuma. Si les tourteaux produits sont souvent autoconsommés par les adhérents, l’huile, en revanche,est essentiellement vendue à des coopératives régionales pour une utilisation en alimentation animale : la faute à un prix du gazole redevenu plus compétitif, ce qui limite l’intérêt de l’huile en tant que carburant. “C’est une solu­tion par défaut, reconnaît Pierre-Maire Launay. Notre vocation est de produire de l’huile-carburant pour les agriculteurs et peut-être, si la réglementation évolue, pour les particuliers. Dans ce cas, l’huilerie serait véritablement un outil de développement local.”À Guérande, en Loire-Atlantique, la Cuma Océane a mis en route en septembre 2007 une unité fixe de pressage d’huile végétale installée dans ses propres bâtiments. Douze agriculteurs adhérents lui apportent leur récolte de colza, complétée par des achats à une coopérative locale en cas de volumes insuffisants. Quatre-vingt-treize tonnes ont été pressées en 2007 et cent soixante en 2008. “Pour l’essentiel, les adhé­rents recherchent une meilleure tra­çabilité et plus d’autonomie dans leur exploitation”, indique Joël Yviquel, président de la Cuma et agriculteur à Guérande, qui consa­cre quatre hectares à la culture du colza tous les ans. “L’huile obtenue est incorporée après deux filtrations au gazole dans les trois tracteurs de la Cuma, tandis que les tourteaux servent à l’alimentation des vaches laitières et allaitantes.” Le souci de l’environnement est très présent chez les douze agri­culteurs engagés (cinq bio et sept conventionnels). Tous produi­sent leur colza selon les tenants de l’agriculture “durable” : “Après plusieurs expérimentations réussies, nous avons décidé de cultiver le colza comme nos collègues bio, sans aucun intrant chimique. Les désherbants, par exemple, sont remplacés par un ou deux passages de bineuse à l’automne”, se félicite Joël Yviquel.

Deux filières opposées
De nombreuses différences oppo­sent agrocarburants industriels et hvp. Tous deux relèvent d’une logi­que et d’une vision de l’agriculture radicalement différente. Les agri­culteurs qui les produisent ont en général des profils et des attentes souvent opposées. D’un côté, ceux qui vendent des graines de céréales ou d’oléagineux pour les agrocarburants industriels attendent une rémunération qui va fluctuer selon les prix du mar­ché et les rendements obtenus. De l’autre, en revanche, les producteurs d’huile végétale ne sont pas dans une logique de vente, mais d’auto­consommation. Ils escomptent une baisse de leurs charges, à travers les économies de carburant et de tour­teaux réalisées. Autre différence notable : si les tourteaux et drêches (produits issus de la fermentation des céréales utilisées pour la fabri­cation d’éthanol) obtenus lors de la fabrication des agrocarburants industriels peuvent aussi, dans cer­taines conditions, se substituer aux tourteaux de soja importés, rien ne permet de dire si l’utilisateur final, l’éleveur, les obtiendra à un prix plus faible. L’essentiel de la valeur ajoutée de ces coproduits risque en effet d’être captée par les fournis­seurs de l’agriculture (industriels de l’alimentation animale, coopé­ratives, négociants…) et non les producteurs eux-mêmes. Par ailleurs, si l’efficacité énergé­tique de ces deux filières est bien meilleure que le gazole – le rapport entre l’énergie produite et l’énergie nécessaire à sa fabrication est de 0,9 pour ce dernier –, le bilan de l’hvp apparaît encore plus favorable que celui du diester, avec un ratio de 4 à 5 contre 2,9 à 3,7. Ces écarts s’expliquent par la différence de consommation énergétique pour la transformation et le transport : en effet, l’hvp utilise de la matière pre­mière produite localement, avec très peu de frais de transport et recourt à des procédés peu gourmands en énergie. Pourtant, malgré cette effi­cacité avérée, force est de constater que la production d’hvp n’a pas la faveur des pouvoirs publics. L’État, dans un réflexe qu’on peut qualifier de “jacobin”, a toujours préféré la création d’usines industrielles, plus valorisantes pour lui et davantage médiatisées, qu’un essaimage moins spectaculaire d’initiatives locales. Ainsi, tout en multipliant, à la demande des industriels, les agré­ments de construction de nouvelles usines, l’État a continué à nier l’exis­tence juridique des huiles végétales pures, traînant des pieds pour trans­crire en droit national la directive européenne de 2003 autorisant leur utilisation comme carburant. Les partisans des hvp, comme la société Valenergol, dans le Lot-et-Garonne, ont dû mener de longues batailles juridiques pour faire reconnaître le caractère supranational du droit européen, en vain. Condamnée en 1998 à une lourde amende pour non-paiement de la Taxe intérieure sur les produits pétroliers (tipp) au motif qu’elle vendait de l’huile de tournesol comme carburant à des automobilistes, Valenergol a même envisagé, après plusieurs années de procédures infructueuses avec l’État français, de saisir la Cour de justice européenne. Sous la pression de certains parlementaires, la trans­cription dans la loi française de la directive européenne autorisant les hvp a eu lieu en décembre 2006, donnant, sous des conditions bien précises, une certaine légitimité à l’hvp. Le Code général des douanes, compétent en la matière, autorise depuis l’utilisation de l’hvp en tant que carburant, sans paiement de la tipp, dans les engins agricoles automoteurs – à l’exclusion des véhicules d’exploitation – dans les bateaux de pêche et, dans le cadre d’un protocole expérimental, dans la flotte de véhicules captifs des col­lectivités locales (camions-poubel­les, véhicules d’assainissement…). Même si elle constitue une avancée, cette disposition est jugée insuffi­sante par les utilisateurs de l’hvp qui militent pour qu’à l’instar de l’Allemagne, la vente d’huile végé­tale aux automobilistes soit légale. Dans ces conditions, d’aucuns ima­ginent même la création de mil­liers d’huileries locales, permettant de satisfaire à la fois l’intérêt des consommateurs et celui du monde agricole tout en créant des emplois de proximité et en réduisant l’effet de serre beaucoup plus avantageuse­ment que le diester et l’éthanol.

Quel avenir ?
Avec la baisse actuelle des cours du pétrole, l’avantage compétitif dont pouvaient bénéficier les agrocarbu­rants s’est nettement réduit. La ren­tabilité des filières industrielles est menacée, d’autant plus que les tour­teaux eux aussi se vendent moins cher, conséquence de la crise éco­nomique. D’ailleurs, dans plusieurs pays, des projets de construction de nouvelles usines ont d’ores et déjà été abandonnés. La disparition de l’avantage fiscal dont bénéficient jusqu’à présent les agrocarburants industriels (la réduction de la tipp est de 15 euros par hectolitre pour le diester et 21 pour l’éthanol pour 2009), programmée pour 2012 par les parlementaires, pourrait aussi remettre en question leur avenir.À moyen terme, une autre menace pèse sur la filière diester. Jusqu’à pré­sent, les oléagineux servant à la pro­duction de diester étaient produits essentiellement sur des terres mises en jachère, une obligation créée par la réforme de la Pac en 1992. À titre de mesure d’accompagnement, l’Union européenne avait autorisé la mise en culture de ces terres sous réserve que la production ne soit pas destinée à l’alimentation, mais à d’autres usages comme les agrocar­burants. C’est ainsi que s’est déve­loppée la “jachère industrielle”, plus rentable que la jachère “nue” pour les agriculteurs et surtout pour les industriels qui ont saisi cette oppor­tunité pour développer leurs usines. Avec la décision de l’Union euro­péenne de mettre fin à l’obligation de jachère en novembre 2008, le développement des agrocarburants est sérieusement compromis. Dans la mesure où ils pourront cultiver toutes leurs terres, les agriculteurs vont désormais mettre en concur­rence le colza et le tournesol avec d’autres cultures de vente comme le blé, le maïs, l’orge, le pois… Rien ne permet d’affirmer que les oléagineux continueront à se déve­lopper et que la filière industrielle disposera des volumes nécessaires à l’approvisionnement de ses usines. Pour certains, l’avenir se trouve plutôt dans les biocarburants de seconde génération, qui sont pro­duits à partir d’un large éventail de biomasse comme les plan­tes entières (sorgho, miscanthus, luzerne…),  les résidus forestiers, les déchets verts urbains… Offrant une bien meilleure productivité et entrant moins en concurrence avec les cultures alimentaires que ceux de première génération, ce nouveau type de carburant fait l’objet de plu­ sieurs projets de recherche, comme Futurol. Ce projet, mis en œuvre en Champagne et qui associe des organismes de recherche comme l’Inra, des industriels et organis­mes financiers comme Téreos, ou le Crédit Agricole, vise à mettre au point leur fabrication à grande échelle. Mais, de l’avis général, cette échéance n’interviendra guère avant 2015-2020.

Des vents contraires
L’enthousiasme suscité par les carburants d’origine agricole il y a quelques années est retombé. Aujourd’hui, ils suscitent toujours des débats enflammés et font l’objet de critiques parfois très virulentes : on les a accusés notamment d’être à l’origine de la flambée des cours de certaines matières premières alimentaires (blé, maïs…), de la déforestation dans les pays tropicaux (comme en Indonésie avec le palmier à huile) voire de la faim dans le monde. Certains opposants parlent de “nécrocarburants” à leur encontre, d’autres comme Jean Ziegler, le rapporteur des Nations-Unies, les ont même qualifiés en octobre 2007 de “crime contre l’humanité”. En France, la polémique porte surtout sur leur bilan énergétique et leur contribution à la réduction de l’effet de serre qui ne serait pas aussi favorable qu’annoncé, d’après les écologistes. Pour faire taire ces critiques, Sofiprotéol, l’établissement financier de Proléa, a fait réviser en 2007 l’étude EcoBilan de 2002 par le cabinet PricewaterhouseCoopers. Ce dernier a confirmé que le rendement énergétique du diester de colza était trois à quatre fois plus élevé que celui du gazole. Dans une démarche de progrès, la filière cherche néanmoins à améliorer son efficacité énergétique, consciente qu’il existe d’importantes marges de progrès pour que le colza soit cultivé moins intensivement, avec moins d’engrais azotés et de pesticides. Ces débats ont quelque peu évolué depuis la crise financière et économique. Les cours des matières premières se sont effondrés tandis que la production d’agrocarburants a continué son expansion. Le lien de causalité si reproché est donc a priori écarté. Par ailleurs, des pays comme le Brésil – le deuxième producteur mondial d’éthanol – se sont engagés à limiter leur expansion pour protéger la forêt amazonienne. Certains n’hésitent pas non plus à dénoncer l’acharnement dont sont victimes les agrocarburants : « on fait l’amalgame entre l’éthanol dont “l’éco-bilan” est mauvais et le biodiesel, qui a prouvé son efficacité énergétique”, regrette Jean-Marc Levêque de Triballat. Quant aux producteurs d’HVP, ils ne se sentent pas du tout concernés par ces accusations, portées essentiellement à l’encontre des agrocarburants industriels : les oléagineux ne sont cultivés sur leurs fermes que sur une surface limitée et stable, et ils ne bouleversent pas l’équilibre des marchés dans la mesure où la production est autoconsommée. Même s’ils prennent acte de ces nuances, les détracteurs des agrocarburants n’en démordent pas : les carburants d’origine agricole restent pour eux une « mauvaise solution » à de vrais problèmes, ceux de la disparition inéluctable du pétrole et du réchauffement climatique, et ne constituent qu’une réponse très partielle et insatisfaisante à ces enjeux notamment en raison de la concurrence exercée sur des cultures alimentaires. Pour la Confédération Paysanne, qui demande la suspension de la mise en œuvre des programmes actuels sur les agrocarburants, « la réduction des gaz à effet de serre passe avant tout par une remise en cause des systèmes et pratiques agricoles ». Le syndicat reconnaît toutefois l’intérêt de l’huile végétale pure produite en circuit court, seul agrocarburant à même de “générer des revenus pour les paysans et d’améliorer l’autonomie énergétique et alimentaire des exploitations”. Pour les plus alternatifs, le véritable enjeu est celui de la diminution des besoins énergétiques de la société : “la meilleure des énergies renouvelables, c’est encore celle qu’on ne consomme pas”, martèlent à l’envie de nombreux agriculteurs producteurs d’hvp.

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Champs de colza devant le Menez Hom.

Jean-Martial Poupeau
1) Agence de l’environnement et de la maîtrise des énergies (2) Organismes génétiquement modifiés (3) Coopératives d’utilisation de matériel agricole (4)Taxe intérieure sur les produits pétroliers (5) Centre technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains

2 Commentaires pour “Agrocarburants : un atout pour la Bretagne ?”

  1. Coopérative Agricole Universelle dit :

    Nous souhaitons collaborer dans différente domaine et surtout celui des biocarburants avec vous

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