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Ajouté le 8 juillet 2009 dans Dossiers, Histoire

Saint-Malo, au vent de l’histoire

Erwan Chartier-Le Floch

Fondée dans l’Antiquité, ville épiscopale, nid de corsaires et de négociants, Saint-Malo a hérité d’un patrimoine unique qui en fait aujourd’hui une destination prisée. Partagée entre tourisme de masse, activités portuaires et grands événements culturels, elle cherche à présent un développement en lien avec son arrière-pays. Dans la rubrique Dossiers ArMen de ce site, retrouvez aussi, et en intégralité, l'interview exclusive du maire de Saint-Malo, Réné Couanau, et partez à la découverte de quelques joyaux du patrimoine malouin.

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Le sillon.

En Bretagne rares sont les cités qui peuvent se prévaloir d’un passé aussi ancien et prestigieux que celui de Saint-Malo. Le fait est incontestable même si, depuis fort longtemps, les Malouins ont parfois eu tendance à instrumentaliser leur histoire, voire à l’exagérer. Les premières traces d’activités portuaires remontent à l’époque gauloise, le promontoire d’Alet étant sans doute occupé par les Coriosolites. Après la conquête romaine, c’est Corseul qui devient d’abord la capitale du territoire, jusqu’à la fin du iiie siècle de notre ère, lorsque cette agglomération subit de lourdes dégradations et est abandonnée. Le pouvoir administratif et militaire est alors transféré à Alet qui devient une petite agglomération gallo-romaine, protégée par une muraille dont on peut encore voir quelques tronçons (lire ArMen n°86). Saint-Malo fait donc partie de la dizaine de villes bretonnes au passé romain. Elle est aussi l’une des sept cités à abriter le sanctuaire d’un des saints fondateurs de la Bretagne. C’est en effet sur le rocher d’Aaron, face à Alet, que Malo, Malou ou Mac Law, un ecclésiastique gallois, aurait choisi de s’installer au haut Moyen Âge.

Saint-Malo de l’Isle

Alors qu’Alet a longtemps détenu la primauté sur Saint-Malo, le “rocher” n’était pas inhabité pour autant. Il existait un sanctuaire, régenté par des chanoines. Après l’an mille, la montée du niveau marin crée une vaste zone d’échouage bien protégée par l’île qui se forme à l’emplacement de l’actuelle ville close. Il est probable que des marins et des commerçants commencent déjà à s’y installer à partir du xie siècle. Un phénomène de transfert urbain que va accélérer un nouvel évêque, Jean de Châtillon, arrivé en 1143. Cet intellectuel énergique revendique ses droits sur le rocher d’Aaron et “lance” véritablement Saint-Malo, où il fait bâtir la nouvelle cathédrale Saint-Vincent et une première enceinte. Ses travaux attirent de nouveaux habitants et Alet est peu à peu délaissée. Surnommé Jean de la Grille, il sera d’ailleurs enterré dans la cathédrale dont le clocher domine toujours la ville close. Dès cette époque, peut-être, des molosses sont lâchés la nuit sur la grève pour assurer la protection de la cité. Ces dogues malouins sont devenus l’un des symboles de la ville et ont été abattus et interdits, en 1770, après avoir dévoré un militaire.

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Le Fort National

Alors qu’en d’autres lieux, les évêques ont eu à composer avec des comtes ou de puissants féodaux, à Saint-Malo, ce sont eux qui développent réellement la ville aux xiie et xiiie siècles. Saint-Malo est alors l’un des neuf évêchés bretons, chef-lieu d’un diocèse qui s’étend très au sud, jusqu’à l’intérieur de la péninsule, puisque Dinan, Bécherel, Montfort, mais également Ploërmel et Josselin appartiennent à son ressort. Les relations sont souvent tendues entre les évêques et les ducs de Bretagne. Les premiers entendent défendre leurs privilèges et leur indépendance, les seconds travaillent à l’unification de la Bretagne et craignent qu’un port de cette importance leur échappe. À la fin du xive siècle, le duc Jean iv édifie la tour Solidor, sur un ancien bastion romain d’Alet. La nouvelle forteresse est un défi aux Malouins qui, de 1395 à 1415, se sont placés sous l’autorité du roi de France. Mais ce dernier les abandonne et la ville revient dans le giron des ducs de Bretagne qui édifient le puissant château abritant aujourd’hui l’hôtel de ville. Une citadelle autant destinée à défendre la ville d’un assaut extérieur qu’à surveiller ses habitants frondeurs. Ces relations conflictuelles expliquent sans doute l’attitude des Malouins lors du siège de 1488 par l’armée française. Après quelques coups de canon sur les murailles, ils obligent la garnison ducale à se rendre. Saint-Malo tombe aux mains des Français qui s’emparent d’un trésor de huit cent mille livres, une perte financière énorme qui accélère la fin de l’indépendance bretonne. Devenue reine, Anne de Bretagne a semble-t-il gardé une certaine rancœur vis-à-vis des Malouins, faisant procéder au renforcement du château, auquel elle ajoute une forte tour tournée vers la ville. Mécontent, l’évêque excommunie les ouvriers. En réponse, Anne fait graver sur la tour : “Quic’en groigne / Ainsi sera / Tel est mon bon plaisir”, formule qui a donné son nom à l’édifice.

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Les remparts.

La république des mers

Au xvie siècle, la cité poursuit son développement. Dès les années 1500, Bretons et Malouins fréquentent les bancs de Terre-Neuve d’où ils ramènent en abondance de la morue, revendue ensuite dans toute l’Europe. La grande pêche va durer jusqu’au début du xxe siècle. Des bases sont installées à Terre-Neuve, avant que d’autres explorateurs ne poussent plus à l’ouest. C’est ainsi un Malouin, Jacques Cartier qui “découvre” en 1534 un pays que les indigènes nomment kanata, “l’endroit où je vis”, en langue amérindienne. Il mènera deux autres expéditions au Canada, reconnaissant l’estuaire du Saint-Laurent et ouvrant la voie à la colonisation du Québec.

En 1588, la Bretagne bascule dans la guerre civile, dite de la Ligue, qui oppose les catholiques ultras, les ligueurs et leur chef le duc de Mercœur, aux “royaux”, partisans d’Henri de Navarre. Les pouvoirs et les institutions s’effondrent. En 1590, les Malouins prennent le château, exécutent le gouverneur et chassent la garnison royale. Une “république” est instaurée, dirigée par un sénat présidé par Picot de la Gicquelais. Les Malouins s’érigent donc en cité-État indépendante, à l’instar d’autres ports européens de l’époque, dont des villes hanséatiques comme Brème et Hambourg ou la puissante Venise. La ville des dogues se rêve en cité des Doges, mais l’épisode ne dure guère. Dès 1594, les bourgeois de Saint-Malo rentrent dans le rang en faisant leur soumission à Henri iv qui s’est converti au catholicisme. Malgré son caractère éphémère, cette “république” malouine a profondément marqué la mémoire collective. De nos jours encore, seul le drapeau malouin flotte d’ailleurs sur le donjon du château - la mairie -, en souvenir de la république.

Depuis le xvie siècle, Saint-Malo ne cesse de développer sa flotte marchande. Elle s’impose comme l’un des ports internationaux du royaume et s’insère dans les nouveaux flux mondiaux ouverts par les grandes découvertes. Avec des choix judicieux et une réelle audace, la bourgeoisie malouine pose les bases de l’expansion extraordinaire que va connaître la cité au xviie siècle. Une richesse qui vient de la mer bien sûr, mais également de l’arrière-pays qui fournit des marins et des produits manufacturés, dont les toiles bretonnes, de lin ou de chanvre, réputées internationalement. Outre la pêche à Terre-Neuve, les Malouins se lancent dans le commerce toilier, notamment vers l’Espagne et ses riches colonies américaines. Les échanges sont aussi importants avec l’Europe du nord, l’Angleterre et la Flandres. Toute une économie se met alors en place en Bretagne. Le lin est ainsi cultivé dans certaines régions, comme le littoral trégorrois. Il est ensuite conditionné et acheminé vers la “manufacture” des toiles Bretagne, entre Loudéac, Quintin et Pontivy. Comme les “canevas” de Vitré et les “noyales” du pays rennais, ces toiles centre bretonnes sont ensuite acheminées vers Saint-Malo et embarquées vers la péninsule Ibérique et les colonies américaines où l’on s’arrache les “bretonas” et autres “quintines” pour confectionner d’agréables vêtements. Les Malouins exportent également de nombreux produits de luxe français et développent leurs réseaux internationaux et leurs maisons de commerce à Cadix, le grand port andalou d’où ils ramènent vins, bois précieux et produits manufacturés. Vers 1650, les témoignages évoquent des convois réguliers, formés de vaisseaux puissamment armés qui vont commercer avec Cadix. Ces navires rapportent également de lourds coffres renfermant les monnaies et les lingots espagnols. De véritables “flottes de l’argent” guettées à leur retour par les armateurs… et les agents du fisc... (A SUIVRE)

Retrouvez la suite de l'article, le temps des Corsaires, dans le numéro 171 d'ArMen disponible en ligne ou dans notre boutique.

original

Armen N171

  • Les dix ans du Festival du Bout du Monde
  • Les agrocarburants, anges ou démons ?
  • Portfolio : Jean Hervoche
  • Micheau-Vernez, le peintre
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  • L’épopée de Saint-Malo

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