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Ajouté le 8 juillet 2009 dans Dossiers, Histoire

Découvrir le patrimoine malouin

Erwan Chartier-Le Floc'h

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La salle de négoce, au fond le passage dérobé.

En Août 1944, les combats entre les forces alliées et les Allemands ont considérablement endommagé les bâtiments de la cité corsaire dont il ne reste plus qu’un seul hôtel particulier intact, situé rue d’Asfeld. Classé monument historique depuis 2000, il a été acquis par Olivier de la Rivière et son épouse, des passionnés d’histoire malouine qui se sont lancé dans sa restauration et qui en assurent les visites. Cet hôtel a été édifié au début du xviiie siècle par l’un des quatre plus puissants armateurs de Saint-Malo, François-Auguste Magon de la Lande. “Il était directeur de la Compagnie des Indes, note Olivier de la Rivière, c’est-à-dire qu’il en était le principal actionnaire. C’est également son père qui lance, en 1703, le trafic de l’argent avec le Pérou. Le souterrain de cet hôtel était d’ailleurs destiné à escamoter une partie des piastres d’argent au fisc royal… Magon de la Lande était quelqu’un de très riche qui a construit cet hôtel assez tard, alors qu’il était dans une position financière très confortable et pouvait donc financer un tel investissement.” Un certain aspect ostentatoire s’en ressent, dans la façade en pierres de taille, haute de treize mètres et, surtout, dans le petit jardin intérieur qui donnait sur les remparts et qu’Olivier de la Rivière est en train de recréer. “Dans une ville close où l’espace était compté, il était interdit d’avoir des jardins. Seuls deux hôtels particuliers en possédaient, c’est dire la puissance des Magon de la Lande !” Le bâtiment a été édifié sur huit niveaux, dont trois en sous-sol. Il compte cinquante-neuf pièces, douze escaliers et vingt-neuf cheminées et près d’une centaine de fenêtres extérieures ! L’intérieur traduit aussi son statut. On pénètre d’abord dans les pièces de réception, avec un plafond haut de cinq mètres. “L’hôtel était une résidence, mais aussi un lieu de travail où l’armateur recevait ses clients et ses capitaines en hiver. L’été, il était dans sa malouinière”, explique Olivier de la Rivière qui fait commencer la visite par une évocation de l’histoire de Saint-Malo à travers un certain nombre d’objets, comme des armes d’époque, une reproduction d’une lettre de marque ou des produits exotiques, tels que ceux que pouvait en ramener les corsaires malouins : épices, cacao, piastres… Les étages étaient occupés par les appartements familiaux. “Nous avons beaucoup réfléchi à l’agencement des pièces à l’époque. Nous avons acquis quelques meubles d’époque, mais les pièces de travail étaient relativement vides au xviiie siècle. Nous allons également refaire les boiseries et les peintures.” On peut également visiter un étroit escalier, dissimulé dans les boiseries. La visite se poursuit par les caves remarquablement conservées de l’hôtel et désormais mises en valeur par les propriétaires. Des réceptions y sont également données.

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Le hall d'entrée de la Ville Bague.

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Malouinière de la Ville Bague.

Les parquets et les poutres de l’hôtel d’Asfeld proviennent de la récupération de bois de navires d’époque. En le visitant, on marche donc sur les parties d’un pont de navire corsaire, ce qui est également le cas à la Ville-Bague, une magnifique malouinière située à Saint-Coulomb, à quelques kilomètres à l’est de Saint-Malo. Elle a été édifiée en 1715, par Guillaume Eon, un riche négociant, dont la famille était très bien implantée à Cadix. Lui aussi possédait un important hôtel particulier, près de la porte Saint-Vincent. À Saint-Coulomb, il s’est fait donc construire une malouinière, un nouveau type de résidence apparu vers 1710. Le style architectural classique est très marqué par l’influence de Garengeau, l’architecte militaire qui fortifie alors Saint-Malo. Relativement austères, les façades conservent en effet un aspect militaire qui rompt avec les manoirs bretons construits auparavant. Ces résidences d’été, construites pour échapper aux miasmes estivaux d’une ville close alors surpeuplée, étaient situées à moins de deux heures de cheval du port, afin que les armateurs puissent être rapidement informés de l’arrivée des navires. Après la Révolution, la Ville-Bague change régulièrement de propriétaires, qui parfois la louent à des célébrités. Au début des années 1970, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle y ont ainsi passé quelques étés. En 1975, elle est acquise par Jacques et Madeleine Chauveau qui entreprennent un long et patient travail de restauration. Collectionneurs et amateurs d’antiquités, ils en reconstituent tous les intérieurs. C’est désormais leur fille Marie-Hélène et Éric Lopez qui assurent les visites. D’autant que l’intérieur de ce bâtiment recèle une merveille, un papier peint panoramique, datant de 1810 et classé monument historique. “Il représente l’arrivée des Espagnols chez les Incas, explique Éric Lopez. Il a été confectionné à la manufacture Dufour et Leroy à Paris. Il fallait presque deux ans aux ouvriers de l’époque pour faire ce genre de pièce !” Le papier peint n’est pas le seul trésor que recèle la Ville-Bague. Les Chauveau ont également collectionné de nombreuses pièces de porcelaine de Chine du xviiie siècle, dont quelques pièces très rares. Ils ont reconstitué une salle à manger d’époque, un salon, un fumoir, diverses chambres avec des objets maritimes rares, comme des maquettes de navire ou des pièces d’ivoire. La malouinière se visite d’avril à octobre. D’autres malouinières sont également ouvertes au public.

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Vue sur le Fort National.

Enfin, pour compléter la visite de Saint-Malo, la visite d’un fort à la mer s’impose, comme celui du Petit-Bé, qu’Alain-Etienne Marcel restaure et anime. Le site est accessible à pied lors de la plupart des marées basses, sinon un petit bac permet d’y accéder. Il a refait la toiture, préservant la pente d’origine, très douce afin que les éventuels boulets ricochent. Des affûts de canons permettent de visualiser la position de l’artillerie sur la batterie. Elle comprenait des mortiers réglés sur l’intérieur du chenal. Alain-Etienne Marcel a également entrepris la restauration de la citerne et des quartiers d’habitation où pouvaient séjourner jusqu’à une centaine d’hommes. Il a ainsi monté des espaces d’exposition sur Vauban et son système de défense de Saint-Malo. On peut y admirer des maquettes des différents forts de ce littoral. Outre l’intérêt du site et les explications passionnées d’Alain-Etienne Marcel, le Petit-Bé offre une vue inédite et unique sur la ville close. On peut également visiter le Fort national. Quant à celui de la Conchée, plus au large, il est en cours de restauration, mais son accès demeure difficile.

Visite en images :

Photos : © Xavier Dubois / Armen

Renseignements : demeure de Corsaire, 5, rue d'Asfeld, 35400 Saint-Malo. Tél. 02 99 56 09 40. Malouinière de la Ville-Bague, 35350 Saint-Coulomb. Tél. 02 99 89 00 87 ou 06 99 40 18 79. Visites du Petit-Bé : 06.08.27.51.20.

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