Ajouté le 1 juillet 2009 dans Culture, Disques et DVD, Musique, Portraits
Un guitariste chanteur emblématique de la sphère punk, un couple de sonneurs, un chanteur vannetais et une fille d’Eugénie Goadeg : il faut bien avouer a priori que cela tenait du cocktail immiscible. Seulement voilà, cette haute improbabilité s’est révélée fertile. Depuis quelques années, les Ramoneurs de menhirs enflamment les scènes, de Bretagne ou d’ailleurs.

Les Ramoneurs de Menhirs
Finalement, le chanteur punk ne serait-il pas un héritier lointain des chanteurs de kan ha diskan qui égrènent les aventures de déserteurs ou les amours contrariées, le biniou et la bombarde ne seraient-ils pas les armes sonores des derniers anarchistes de la planète ? Il faut remonter à 1986 pour assister aux prémices. Les Bérurier Noir invitent Éric Gorce et Jean Pierre Beauvais, sonneurs de la Kevrenn Alre à jouer sur “Vive le Feu”. Il faudra quand même attendre vingt ans pour que l’aventure se prolonge, à l’occasion de l’enregistrement de l’album Kerne Izel du couple Gorce-Bévillon, dans la série “Apprenez les danses bretonnes”. À leur tour, ils rendent l’invitation à Loran Béru qui ne se fait pas prier, d’autant plus que Louise Ebrel et Maurice “Momo” Jouanno se joignent à la fête. Ces deux morceaux, un kas a barh et une gavotte d’honneur, accrochent immédiatement l’oreille et Loran Béru propose aussitôt de monter un groupe, baptisé les Ramoneurs de menhirs.
Dañs an Diaoul sera le premier opus des Ramoneurs de menhirs et rencontrera un joli succès critique et public. Les choix sont radicaux : pas de gwerzioù, pas de morceaux lents, rien que du binaire pur et dur. Le public est à l’image du discours : les punks “pogotent” devant la scène, les danseurs de fest-noz font leur ronde plus loin et les enfants s’installent carrément sur scène là où les oreilles craignent le moins les décibels. Plusieurs générations se retrouvent, et ce sont les bardes qui fédèrent la tribu.
“La musique traditionnelle bretonne est très rock comme toutes les musiques tribales, révolutionnaires ou revendicatives. C’est une musique d’insoumission, qui a la rage”, affirme Loran, sans ambages. Il n’hésite pas à se définir comme un chaman et c’est sans doute pour cette raison que la technique reste volontairement limitée. À côté, le couple de sonneurs et les chanteurs maintiennent un lien permanent avec la tradition orale. Les thèmes sont choisis à dessein parmi les “tubes” passés à la postérité – le but n’est pas de fouiller à Dastum pour chercher l’originalité à tout crin. Les tempi des danses sont poussés jusqu’à une limite haute, mais s’efforcent de rester dansables.
Avec un personnage aussi radical que Loran Béru, fils de réfugiés grecs, il était bien évident que les textes ne s’apparenteraient pas à de quelconques bluettes cathodiques. Même les textes traditionnels sont sélectionnés parmi les plus provocateurs ou les plus drôles, quand ils ne sont pas carrément détournés. La couleur bretonne, valeur ajoutée de cette revendication, vient du fait que, selon Loran Béru, “le jacobinisme s’apparente à une forme de fascisme, notamment quand il a puissamment contribué à vouloir interdire une langue minoritaire, à vouloir éradiquer les différences. C’est pour cela que l’alliance du Bella Ciao, traditionnel partisan italien, et du Kan bale an arb de Glenmor devient clairement un hymne antifasciste en l’honneur de celui qui est tombé pour la liberté. Provocateur certes, mais pour Loran Béru, “l’État a montré de quoi il est capable en matière de désinformation dans de nombreux pays en ce qui concerne les terrorismes ou supposés tels”. On l’aura compris, pas de demi-mesure !
Avec plus de quatre-vingt concerts annuels, le temps manque forcément pour mettre en place les nouveaux projets. Malgré tout, les Ramoneurs de Menhirs ont un disque en cours de gestation, auquel il ne manque plus que deux morceaux et qui devrait sortir prochainement. Enfin, le 31 juillet prochain dans le cadre du Festival interceltique, une rencontre sera organisée entre des tribus Navajos de l’Arizona et des Bretons, avec la participation des Black Fire, musiciens amérindiens à la démarche finalement proche de celle des Ramoneurs. Pas moins de neuf dates au total pour ce projet qui devrait aboutir en 2010 à une création avec danseurs et musiciens bretons. Comme un témoignage de résistance des peuples minoritaires et de leur jeunesse face au rouleau compresseur occidental.?