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Ajouté le 2 juillet 2009 dans Culture, Disques et DVD

Nouveautés disques été 2009

L’after des Red Cardell

Red-cardell-louise-+-Guiche

photo : © Vonnic Bulteau

Le Banquet de cristal, précédent album des Red Cardell, fut l’occasion d’une mémorable rencontre entre musiciens d’horizons disparates. Les belles fêtes ne sauraient se concevoir sans un after digne de ce nom ; c’est donc à ce chantier que se sont attelés Jean-Pierre Riou, Jean-Mich Moal et Manu Masko avec cette Fête au village. Comme dans tous les afters, tout le monde n’est pas resté, certains invités avaient leurs activités à mener de leur côté. N’empêche, ceux qui ont participé à ce retour de noces ont encore bien donné de leur voix et de leurs instruments. Noces rock’n’roll bien sûr, avec l’énergie ô combien communicative du trio breton, mais chaque invité apporte sa gamelle et la fait aussitôt partager aux autres convives. Un p’tit goût d’accordéon et de guinguette pour Gérard Blanchard, une saveur de pachpi endiablé pour la rock-diva Louise Ebrel avec les frères Guichen, un zeste de bombarde ici, une bonne dose de voix et de violons ukrainiens là, d’autres voix, d’autres guitares et le concert - il s’agit d’enregistrements publics - ne laisse aucun répit à l’auditeur. Bref, cela ne déroge en rien aux bonnes habitudes des Red Cardell qui n’oublient pas toutefois de resservir les morceaux qui ont fait un succès non démenti depuis plus de quinze ans. Ils restent les mêmes tout en se renouvelant, ce qui n’est pas le moindre des exploits.

Michel Toutous

Red Cardell, la Fête au village, CD Keltia Musique M319 KMCD510

Cap Caval, l’année des champions

Il était tout naturel que le bagad Cap Caval, après l’année de tous les succès, en live l’essentiel au public. O lo lé ! reprend les concerts de 2008 qui les ont vus sacrés champions de Bretagne des bagadoù, ainsi que le medley qui les mena au titre de grade de world champion des pipe-bands. On ne bâtit pas un tel palmarès par hasard et c’est bien ce qui ressort de ce cd/dvd. Chaque pupitre est parfaitement en place avec des bombardes brillantes et précises, des cornemuses à la sonorité sans égal en Bretagne (ah, les superbes bourdons de Cap Caval !), des caisses claires fines et limpides et des percussions originales. Voilà les ingrédients d’une recette victorieuse à laquelle il faut ajouter la patte d’un jeune chef, Tangi Sicard, qui a su puiser aux meilleures sources chantées. Les partitions sont extrêmement bien adaptées à la danse, avec notamment une excellente dañs fisel qui restitue fort bien la nervosité du pas. La qualité et la quantité de l’effectif autorisent de nombreuses combinaisons instrumentales qui viennent sans cesse remodeler le son de l’ensemble, avec des arrangements parfois complexes, mais qui ne tirent jamais vers le mauvais goût. La différence de Cap Caval avec ses collègues de première catégorie réside surtout dans l’utilisation des percussions menées de main de maître par “Dom” Molard. Un mur de grosses caisses, des tambours et divers instruments exotiques, parfois utilisés de manière mélodique ornent les thèmes avec élégance. La partie écossaise illustre le niveau d’excellence atteint par le pipe-band Cap Caval. Le genre est certes moins inventif que ce qui se pratique dans les bagadoù. On y affiche nettement moins de fantaisie, mais les sonneurs bigoudens se tirent avec les honneurs d’un exercice où ils restent les meilleurs en Bretagne. Le dvd donne à voir, outre ces concours bretons et écossais, des extraits d’Ijin, fameux concert où des invités comme Yann-Gireg Le Bars (guitare), Julien Le Mentec (basse) ou Farid Aït Siameur enrichissent une palette déjà bien fournie. Cap Caval, au travers de ces diverses déclinaisons, témoigne de la haute exigence technique et artistique d’une formation aussi jeune qu’enthousiaste.

M.T.

Bagad Cap Caval, O lo lé, CD + DVD, Cap Caval, BCC 005, distribution Coop Breizh DB3.

La viole celtique de Jordi Savall

À la vérité, on n’attendait pas vraiment Jordi Savall, grand spécialiste catalan de la musique baroque, sur le terrain des musiques celtiques. C’est pourtant le thème qu’il a retenu pour son dernier opus, The Celtic Viol. C'est un séjour à Kilkenny, il y a une trentaine d’années, qui a initialement attiré son attention sur ces musiques. Il a plus tard brièvement collaboré avec Carlos Nuñez. Le fait que certaines mélodies d’Irlande et d’Écosse - puisque ce sont là les deux seuls pays auxquels il a emprunté pour composer son programme -, présentent à ses yeux une parenté évidente avec son répertoire habituel, a sans doute été une motivation supplémentaire pour ses recherches. Naturellement, ce ne sera pas pour l’amateur du genre une mine de découvertes. Tout réside donc dans l’approche. Jordi Savall s’applique à retrouver l’esprit des pièces signées Niel Gow, James MacPherson ou encore Carolan. Cela donne l’un des enregistrements les plus originaux et les plus beaux qu’il nous ait été donné d’entendre ces derniers temps, même si l’on n’y trouve pas la touche “celtique” à laquelle on est habitué. Sans nul doute, c’est aussi le tout premier enregistrement où ces musiques sont interprétées d’un bout à l’autre sur des “dessus de viole”, qui sont autant de copies d’instruments du xviiie siècle.

A.M.

Jordi Savall, The Celtic Viol, AliaVox AVSA 9865.

Un bagad sexagénaire

Le bagad Bro Kemperle fête ses soixante ans en 2009. C'est donc un des plus anciens bagad en activité. C’est dans un répertoire élaboré dans le cadre du championnat national des bagadoù que le bagad a puisé la matière de Da bep lec’h, des enregistrements réalisés de 2003 à 2008 tant au Quartz de Brest qu’au stade du Moustoir, à Lorient. On sait que depuis quelques années, les bagadoù utilisent de plus en plus les enregistrements en concours pour donner corps à leurs disques. Si la première épreuve impose à chaque concurrent un programme inspiré par un terroir musical breton donné, la seconde laisse libre cours à l’imagination de chacun pour s’exprimer. Ceci explique l'alternance de suites reprenant des thèmes du pays de Loudéac et du pays Pourlet avec d’autres, où s’entrecroisent pièces traditionnelles et compositions nouvelles. Pour ce qui est des suites libres, on notera une “route des peintres” où Gauguin tient le beau rôle (on n’est pas loin de Pont-Aven). Tantôt novateurs, tantôt défenseurs de la tradition, les musiciens du bagad restent fidèles aux principes qui ont toujours été ceux de l’ensemble, grâce à des partitions signées de divers arrangeurs qui tous ont joliment, et surtout sans surcharges, su mettre en valeur les mélodies.

A.M.

Bagad Bro Kemperle, Da bep lec’h, VOC 1252, contact@bagadbrokemperle.com

Lamour du son

Difficile d'aborder un disque de Pascal Lamour du strict point de vue musical, car il reflète une démarche intellectuelle faisant appel à plusieurs domaines. Celui qui n’a jamais fait mystère de son adhésion au “druidisme” contemporain se définit d'ailleurs à travers le néologisme d'électro-shaman ! Il fait donc appel à des techniques de son innovantes et dit se servir d’une table de mixage comme d’un instrument à part entière. De tout cela se dégage la volonté évidente de faire faire un pas en avant à la musique bretonne. On retrouve ici ce creuset où se retrouvent les instruments de la tradition, quelques voix de l’ancienne et de la nouvelle génération, comme celles de Louise Ebrel, de Nolwenn Korbell, dont on appréciera la façon d’aborder le blues et celles, de Jo Le Sergent et de Marcel Jaffré. Des musiciens de bagad, de Locoal-Mendon précisément, André Le Meut en tête, apportent eux aussi leur contribution. Pascal Lamour n’est pas le premier à se lancer dans une aventure aussi ambitieuse. Pour ceux qui la découvrent, cette “musique contemporaine qui est la musique traditionnelle de demain”, peut s’avérer déroutante, voire déconcertante. Pour mieux l'appréhender, on trouve sur le dvd un documentaire en trois temps où le musicien explique sa démarche, propose un clip du morceau “Kornig en diaul”, ainsi que sa prestation au Celtica de Nantes de 2006.

A.M.

Pascal Lamour, Avais-je rêvé ? BNC Productions CD 1018, distribution Coop Breizh.

Bernez Tangi, un poète “roc'h and roll”

bernez

Photo: © Olwenn Manac'h

Assez peu connu du grand public, Bernez Tangi poursuit depuis de nombreuses années un chemin singulier de poète-chanteur en évitant soigneusement les sentiers balisés. Totalement en marge des expressions artistiques habituelles, il attire l’attention par la qualité de ses textes, toujours écrits en langue bretonne. Talent aux multiples facettes, il est un des rares poètes bretons à avoir été traduit en de nombreuses langues. Cet “Oiseau de Feu”, Lapous an tan, son deuxième disque, vient rendre compte de son insoumission perpétuelle, hautement revendiquée. “Me zo kurun ha kazarc’h/ ‘vit trec’h an dispac’h”, (je suis tonnerre et grêle/ pour le triomphe de la révolution) : les mots sont jetés, avec une rythmique interne puissante, que le diseur-chanteur appuie d’une voix rauque, de celles qui ont vécu les tourments de l’existence précaire du jongleur de rimes. La femme est également l’objet des célébrations du poète, femme de chair dans des vers à l’érotisme incandescent. Si la priorité est volontiers accordée au texte, la musique n’en est pas pour autant négligée dans le propos de Bernez Tangi. Un groupe rock-blues des plus efficaces l’entoure et ajoute de l’électricité aux textes. De solides routiers du métier, Ben Créac’h (basse), Roger Bleuzen (guitare) et Abalip (batterie) se montrent très à l’aise dans ce rôle, avec quelques autres invités. Le plaisir de réentendre la fameuse “Gwerz Maro George Jackson”, qui nous ramène au temps de Storlok - Bernez Tangi était de ce voyage rock initiatique des années 1970 - s’ajoute à celui de retrouver un poète majeur de la Bretagne d’aujourd’hui. Ce plaisir eut d’ailleurs été plus grand encore avec des mélodies un peu plus riches, fut-ce au prix de laisser ce travail de composition à des mains plus expertes.

M.T.

Bernez Tangi, Lapous an tan, CD Tarv-Ruz tr 02, distribution Coop Breizh. DB 10.

Des jeunes coiffes qui décoiffent

Elles commencent à se tailler de jolis succès ces quatre jeunes femmes du pays de Goélo. Leurs clips iconoclastes sont très en vue sur les sites Internet ad hoc et leur premier album Rapedondaine et beurre salé les a pratiquement propulsées au rang de phénomène. Raggalendo explore un terrain encore en friches en Bretagne : le hip-hop couleur locale. Rien que ça ! Elles s’amusent des petits travers de la vie de nos grands-mères, des mesquineries de chemins creux, et manient avec une verve étonnante ces tournures typiques que prend la langue française quand elle est la traduction littérale du breton. Aude Le Moigne, alias mc Rose, la guitariste chef de meute, trousse des textes pleins d’humour, mais qui ne respirent pas la bécassinade méprisante. Cette franche rigolade n’exclut pas une certaine dose de tendresse, voire de philosophie comme en témoignent ces diverses déclinaisons de la honte vécue : de véritables tranches de vie qui s’additionnent sur un tempo échevelé. Nos charmantes goélettes manifestent également des préoccupations plus politiques, notamment lorsqu’elles évoquent l’état écologique de notre terre de Bretagne, salie par les sacs plastiques indestructibles. Le message passe d’autant mieux que Nolwenn Korbell vient les aider à le transmettre. Parmi les collaborations extérieures, un binioù, un bagad ou une harpiste (Dorothée Pinsard, excellente) ou encore le Breizh-rappeur Iwan b. apportent, chacun avec ses atouts, un supplément de personnalité musicale tout à fait bienvenu. Bref, on s’amuse beaucoup à l’écoute de ces pétillantes demoiselles, dont on apprend au détour d’une chanson qu’elles habitent chez leurs mères respectives, sauf mc Trouille qui, elle, habite chez sa fille… Avis aux coureurs de coiffes et de jupons.

Ragalendo-defile

photo : dr

Raggalendo, le Fricot, CD autoproduction CDRAG 02. Distribution Coop Breizh.

Un duo délicat

Arnaud Ciapolino et Roland Conq ont derrière eux un long parcours autour de la musique traditionnelle, entre bagad, folk celtique, fest-noz et autres fanfares. Le duo flûte-traversière-guitare qu’ils ont formé il y a sept ans sort son premier album enregistré en public. Un répertoire élargi où se croisent gavottes pourlet et strathpey écossais, valses irlandaises et reels du Cap Breton qui leur donne l’occasion de démontrer une profonde connaissance de ces styles musicaux variés. Certes, la formule instrumentale reste forcément dans un registre intimiste, il n’empêche que les deux musiciens affichent une grande complicité et des moments de virtuosité, ce qui donne un élan permanent au disque. Comme deux artisans consciencieux, les compères savent s’effacer devant le matériau traditionnel, et les phrasés tout en délicatesse, les microvariations mélodiques à la manière des sonneurs prouvent que l’esbroufe, arbre qui cache trop souvent la forêt, n’appartient pas à leur langage. Une modestie tout à l’honneur d’Arnaud Ciapolino et Roland Conq.

M.T.

Arnaud Ciapolino et Roland Conq, En concert, CD autoproduction, CDUTTN 01 distribution Coop Breizh DB 9.

original

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