Ajouté le 19 mai 2009 dans Un monde à construire
Depuis une dizaine d’années, Radio Kerne rassemble la basse Cornouaille autour d’émissions entièrement réalisées en langue bretonne, mais aussi autour d’une programmation musicale remarquable qui permet de toucher également un public non bretonnant, en Bretagne et au-delà, grâce à Internet.

L'équipe Radio Kerne. Photo : X. Dubois/Armen
En matière de radio en langue bretonne, l’ouest de la péninsule peut paraître relativement bien loti, mieux qu’en matière de télévision en tout état de cause. On y entend souvent des programmes en breton sur les radios associatives et, à certaines heures, sur France Bleu Breizh Izel et dans une moindre mesure les radios du réseau chrétien rcf. Il n’y a cependant que deux radios “de pays”, qui ont le breton comme seule langue de diffusion : Arvorig FM pour le Léon et Radio Kerne pour la Cornouaille. Cette dernière est d’ailleurs née du combat mené par les milieux culturels bretons pour obtenir davantage d’émissions en langue bretonne sur France Bleu, dans les années 1990. Voyant que le dossier n’avançait pas, malgré les promesses de l’époque, quelques personnes s’étaient rassemblées autour d’un projet de radio en langue bretonne qui émettrait sur toute la Bretagne. Deux radios bilingues de pays existaient déjà à l’époque, Radio Bro Gwened et Radio Kreiz Breizh. “Nous avons eu beaucoup de mal à convaincre les Cornouaillais qui militaient auparavant pour le breton, se souvient Hubert Donval, un des administrateurs et piliers du projet avec Jacques Le Goff, l’actuel président. Nous pensions que pour l’avenir de la langue, la radio était un outil indispensable. Il s’agissait pour nous d’un média populaire et accessible qui pouvait faire beaucoup pour son usage social, mais eux étaient surtout focalisés sur l’enseignement.”
Autre difficulté, sur laquelle ont achoppé bien des projets de médias audiovisuels bretons depuis des années, l’impossibilité d’obtenir des fréquences de diffusion hertziennes sur une zone qui n’est ni locale ni “nationale”. Le projet est finalement repensé sur le modèle des radios de pays existantes, mais pour une diffusion en breton uniquement. Radio ar Seiz avel, le nom de code de la radio bretonne envisagée devient alors Radio Kerne. Elle n’abandonne pas pour autant ses ambitions de départ et adopte une ligne éditoriale plus jeune et sans doute moins proche des particularités culturelles ou linguistiques locales que ses consœurs. Au culot, les porteurs du projet, qui ne connaissent quasiment rien au monde de la radio, s’endettent pour acheter une table de mixage, produire les premiers programmes et convaincre les élus. “Jean-Yves Cozan nous a beaucoup soutenus, ainsi que le maire de Plonéis, Pierre Le Berre, qui a accepté d’héberger la station dans les anciens locaux de la mairie”, se souvient Hubert Donval. Après trois ans de préparation, Radio Kerne commence à émettre en mai 1998 avec un premier emploi en ces et de nombreux bénévoles, dont le futur animateur de France Bleu Breizh Izel, Manu Méhu. À noter que Radio Kerne a formé plusieurs animateurs qui officient aujourd’hui sur le service public. En diffusant une émission d’une heure par jour pendant un an, l’association parvient à convaincre les élus et à obtenir les premières subventions. “Nous sommes arrivés au bon moment, car la vague bretonne était très porteuse, analyse Hubert Donval. Nous avons pu embaucher deux personnes supplémentaires en emploi jeune, et un directeur, Ifig Flatrès.”
À partir de 2001, la programmation se stabilise au fur et à mesure que les animateurs trouvent leur marque, enrichissent leur carnet d’adresses et se familiarisent avec le terrain. “En plus de faire de la radio, de proposer des sujets originaux, nous devons à chaque fois trouver des interlocuteurs qui sont bretonnants et qui ont aussi des choses intéressantes à dire”, témoigne Lou Millour, qui anime notamment l’émission du matin Ne vimp ket gwerzhet. Il faut sans doute être bretonnant pour se rendre compte des efforts déployés par la petite équipe pour convaincre un tel, agriculteur retraité à Audierne, ou un tel, ambulancier à Quimper de se livrer, en breton, d’autant plus que les émissions sont souvent d’assez longue durée. Lorsqu’ils ne sont pas sous les écouteurs, les animateurs de Radio Kerne battent la Cornouaille pour enregistrer des témoignages lors d’événements comme la course pour la langue bretonne, un salon du livre ou brosser le portrait d’un musicien. De retour au studio, il faut encore monter les émissions, couper, éditer, insérer des morceaux de musique…
Après des années difficiles, la station aborde une période de relative stabilité financière. Elle s’est installée récemment dans des locaux neufs, adossés à la nouvelle salle des fêtes de Plonéis. 2009 a vu l’arrivée d’une cinquième personne, déléguée par l’association Brudañ ha skignañ, chargée par la région de fédérer les radios associatives en breton, pour participer à la réalisation d’un journal d’information commun de dix minutes, diffusé à 17 h 30 et 18 h 45. Conseillée par Mikael Baudu, ex-journaliste sur tv Breizh, l’équipe a également relooké la matinale de 7 h 30 à 9 h 30. Bien que le choix de départ ait été de viser un fonctionnement plus professionnel qu’associatif, l’année 2009 marque un tournant avec l’arrivée de deux créneaux d’émissions hebdomadaires produites par des associations et des bénévoles, le mardi et le jeudi, entre 19 h et 19 h 45. Chaque mardi soir, la programmation de ce créneau sera assurée à tour de rôle par les fédérations d’associations culturelles bretonnes des pays de Douarnenez, de Concarneau, de Quimper et du pays Bigouden. Le jeudi, une émission de musique traditionnelle et une émission consacrée au théâtre, elles aussi animées par des bénévoles, alterneront avec une émission de divertissement baptisée Enezenn ar garantez, sorte d’île de la tentation en breton. Les surnoms des animatrices, Dornata et Skogata, suffisent à eux seuls à faire frémir les futurs invités masculins !
À l’antenne, sur l’air disco « Hello Sunshine », les oreilles volantes de l’émission an Diskouarn o nijal, aujourd’hui animée avec talent par la journaliste Solenn Georgeault, s’apprêtent à atterrir au terme de trois quarts d’heure d’émission avec un invité qui a choisi tous les morceaux de musique diffusés. Ici, on prend le temps d’approfondir, les questions ne se succèdent pas en rafale, et une place demeure pour l’échange, sans pour autant tomber dans l’excès de décontraction qui caractérise parfois l’univers des radios associatives. Si beaucoup se branchent sur Radio Kerne pour y entendre du breton, d’autres déclarent l’écouter pour sa programmation musicale, même s’ils ne comprennent pas la langue. Mélomane, Gaël Helory s’est d’ailleurs fait un nom grâce à sa programmation variée, faisant la place à toutes les expressions musicales bretonnes, des plus traditionnelles aux plus contemporaines, aux musiques du monde, mais aussi à des genres plus spécifiques, avec pour fil conducteur un goût certain et une ouverture musicale saluée par tous.
Malgré l’énergie déployée par la petite équipe de professionnels, sa capacité de production est actuellement utilisée au maximum. Avec un budget plafonné à deux cent mille euros, seuil limite autorisé par le fond de soutien à l’expression radiophonique, Radio Kerne doit avant tout compter sur le renforcement de sa dimension associative et le travail en réseau, encouragé par la région Bretagne, à travers Brudañ ha skignañ, pour élargir son offre de programmes. Après dix ans d’existence, ce sont tout de même près de dix heures de programmes frais qui sont diffusés chaque jour sur Radio Kerne, grâce aux efforts conjugués des quatre stations. Un travail d’importance considérable pour la mémoire et la vie culturelle cornouaillaise, mais aussi et surtout pour le statut et l’usage social de la langue.
Chaque semaine des dizaines de bretonnants de tout milieu et de tout métier se croisent dans les studios de Radio Kerne, où règne une certaine complicité et où l’usage de la langue bretonne, en toute simplicité et avec plus de naturel qu’ailleurs, n’altère en rien la chaleur de l’accueil et des sourires - voire des fous rires - qui crèvent bien souvent l’antenne cornouaillaise.
Yann Rivallain
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bonjour,
je découvre votre radio plutôt sympa
je cherche le nom du groupe Hard breton qui est passé sur vos ondes mercredi à midi pile
j'ai trouvé ça super et je voudrais en savoir plus sur ce groupe
merci