Ajouté le 19 mai 2009 dans Aktus web, Art, Photographie, Portraits, Portraits photographes
Pour accéder au labo-photo, il faut traverser le garage, longer le cellier et le pressoir à cidre, puis franchir deux portes et le sas qui les sépare. C’est une pièce aveugle, tout en longueur, aux murs lambrissés. Gilbert le Gall y entre en chaussons. La température est douce et constante et le déshumidificateur fonctionne jour et nuit. Sur les étagères, minutieusement classées, s’alignent vingt ans d’archives dans lesquelles le photographe se repère les yeux fermés : des négatifs, protégés dans leur étui de papier cristal, des planches-contact rassemblées par sujet dans des boîtes de carton, des photos classées par thème. Point d’ordinateur ni d’imprimante, mais des bacs de développement et de fixation pour les tirages en noir et blanc.
Pendant des années, les photos que Gilbert Le Gall avait développées dans ce laboratoire, aménagé en 1980 dans sa maison de Plourhan, à deux pas de Saint-Quay-Portrieux, n’étaient pas sorties du cercle de la famille et des amis. Il apprenait la photo avec le soin méticuleux qu’il met à faire toute chose. “Le labo a été la meilleure école, témoigne cet autodidacte. Quand il faut se coltiner le tirage, on découvre les erreurs commises à la prise de vue.” Il éprouve le même plaisir
à façonner une image depuis sa conception jusqu’au laboratoire qu’à bâtir une maison des fondations à la toiture, à cuire son pain dans le four restauré de ses mains ou encore à faire lui-même le cidre qu’il se plaît à offrir. Il y a cent et une manières de promouvoir la culture bretonne. Après avoir tâté, sans succès, de
la musique, Gilbert Le Gall a choisi la photographie. Le hasard fit bien les choses quand l’association Dastum retint, en 1988, la petite commune de Kerpert pour lancer son exposition sur la clarinette en Bretagne. C’est là, au nord-est de la Cornouaille, tout près du Trégor, qu’est né Gilbert Le Gall, en 1946, puis qu’il y a grandi, dans un univers bretonnant. “J’ai appris le français à l’école,r aconte-t-il. Auparavant, je ne parlais que breton et, pendant longtemps, c’était presque tabou d’aborder ce sujet. Mais laculture et la musique bretonnes, c’est quelque chose que j’aidans le sang.”
À Kerpert, il allait côtoyer, et photographier pour la première fois, les sonneurs de Treujenn gaol(1). “On n’entre pas facilement dans le monde des musiciens ; l’appareil photo a été en quelque sorte l’instrument qui m’apermis de les approcher. En alliant le goût de la musique, de la photo et de la rencontre, j’ai pu m’investir à ma façon dans le milieu culturel et associatif.” Pas un festival digne de ce nom, de
Redon à Châteauneuf-du-Faou, en passant par Monterfil, Glomel ou Le Danouët ; pas un rendez-vous de musique, de chant, de danse traditionnelles où la silhouette de Gilbert Le Gall ne se glisse au pied du podium et, qu’à la première occasion, son Leica ou son Nikon ne viennent esquisser un duo complice avec bombarde, accordéon, biniou, clarinette… “Le vrai photographe est toujours aux aguets.J e ne peux pas être un consommateur, même en concert : mon plaisir passe par l’objectif.” Pour le portrait, son exercice favori, il choisit le Nikon et son 85 mm “qui détermine une bonne distance avec le sujet”. Pour les photos d’ambiance, sa préférence va au Leica et son 28 mm : “Il permet de trouver le contact avec les musiciens et les chanteurs tout en respectant ce qui se passe”.
Car la photo, selon Gilbert Le Gall, doit être respectueuse et mettre en valeur son sujet. Jamais une bouche édentée, un rictus, une expression ou une posture du corps
dévalorisante. “Certaines personnes sont réticentes à être photographiées. Je leur explique qu’elles n’ont peut-être pas trouvé quelqu’un pour faire une bonne photo, pour porter un autre regard sur elles. La photo, résume-t-il, renvoie à l’image que
l’on a de soi. Trouver le meilleur, c’est le travail du photographe.” Et l’on apprend, presque comme une évidence, que Gilbert Le Gall, le photographe amateur, a travaillé durant trente-deux ans dans l’action sociale, et qu’il aurait aimé associer ces deux manières d’approcher les hommes et les femmes. Pour les aider à découvrir le meilleur d’eux-mêmes.
Yvon Rochard
(1) Appellation bretonne de la clarinette, littéralement “trognon de choux”. La première édition du festival de la clarinette de Glomel s’est déroulée en 1989, un an après l’exposition de Dastum à Kerpert.
Dastum Bro Dreger a édité deux ouvrages illustrés par Gilbert Le Gall. Festival plinn du Danouët, est consacré à la trentième édition du concours de danse plinn qui se déroule chaque année dans cette commune des Côtes-d’Armor (lire ArMen n°166). Le livre est accompagné d’un cd. Bombarde et biniou, d’Ifig Castel.
Retrouver une sélection de huit pages de photographies de Gilbert Le Gall dans le numéro ArMen 168 :

NEWSLETTER GRATUITE