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Ajouté le 1 mai 2009 dans Art, Portraits, Portraits photographes

Bernard Galéron, un regard dans le regard

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Chaos du Huelgoat. photo ©Bernard Galeron

Mer d’Irlande, 24 mars 2003 : pour sa première traversée, le Pont-Aven, le dernier et le plus prestigieux navire de la Brittany Ferries, a embarqué de nombreuses personnalités, mais surtout des artistes, peintres, plasticiens ou encore photographes qui ont participé à la décoration du bâtiment. Si Bernard Galeron est du voyage, c’est qu’il a réalisé un travail photographique approfondi sur la construction du navire, qui l’a mené jusqu’en Allemagne sur le chantier Meyer à Papenburg. Les magnifiques tirages qui habillent les couloirs du bateau, qu’on retrouve dans un livre illustré avec Yvon Le Corre, en disent long sur son talent. En noir et blanc pour l’essentiel, sans artifices ni fioritures, il joue sur les matériaux, le gigantisme, le geste et la géométrie pour révéler la noblesse des bâtisseurs de navires.

Est-ce parce qu’il a baigné pendant toute son enfance dans la lumière du Pays basque, où ses parents originaires de l’Hôpital Camfrout ont été mutés dans les années 1960, qu’il a développé le goût des des tons doux ? De Bayonne où il est né, il a gardé un accent qui ne lui pose aucun problème, bien au contraire. Gardé par une nourrice qui lui parlait en basque, attaché à ce pays et aujourd’hui marié à une italienne, il est un fervent défenseur de l’ouverture et préfère les demi-tons aux postures tranchées, qu’il s’agisse d’identité ou de photographie. Dès l’âge de douze ans, il installe son premier agrandisseur dans le grenier familial. Le bac en poche, il suit une formation de photographie et obtient son cap à l’etpas de Lyon. “J’étais assez bon en portrait noir et blanc, mais comme nous tous, je souhaitais devenir photographe de mode ou de publicité.” Je suis monté à Paris avec une grande malle bleue et je me suis logé chez des copains avant de trouver un job d’assistant dans un studio de photos de mode, puis de travailler dans la publicité”, raconte-t-il simplement. C’est la presse magazine qui va — en deux temps — orienter sa carrière, mais aussi ses choix artistiques. Par relation, il effectue un reportage pour le magazine Vieilles Maisons françaises. “Je me suis trouvé du jour au lendemain avec une voiture de location et une liste de châteaux à photographier dans l’Orne. Vingt ans plus tard, je travaille toujours pour eux et je leur dois d’avoir pu rester photographe indépendant.” En collaborant tout aussi étroitement avec le magazine Côté Ouest, il a appris à “suggérer plutôt que montrer”, lorsqu’il s’agit mettre en valeur un lieu, un intérieur ou un art de vivre. Ses clichés de gastronomie, d’architecture ou de décoration révèlent une très bonne maîtrise de la lumière.

Outre les travaux de commandes, il expose son travail personnel et a publié une dizaine d’ouvrages sur la Bretagne. Jouant pleinement son rôle de coauteur, Bernard Galéron n’hésite pas à parler fort pour se faire entendre et défendre son métier et ses choix face aux éditeurs, comme celui, pour le très bel ouvrage récemment paru sur la Bretagne des cafés d’Annaïg Baillard, de ne pas photographier les cafés remplis clients, mais plutôt de choisir le moment, la lumière et surtout le détail qui permet d’en tirer la quintessence. “Lorsque j’ai travaillé sur les monts d’Arrée, je voulais mettre en valeur les gens d’ici, actifs, jeunes et moins jeunes, qui sont dans leur temps, vivent et travaillent aujourd’hui, ajoute-t-il. C’est la même chose aujourd’hui pour les gens de mer, je travaille toujours sur une Bretagne qui avance. Je ne serai jamais le photographe du passé ou des vielles dames en coiffe !”

En portrait comme en paysage, la recherche d’une certaine unité tonale, des demi-teintes et des lumières douces le rapproche d’un Thersiquel : “C’est aussi le résultat de ma formation au noir et blanc, je n’essaye pas de faire des images qui “envoient”, je cherche une certaine douceur, un regard dans le regard.” Aux appareils reflex 24x36, qui obligent à mettre le sujet en joue, il préfère le moyen format avec visée en poitrine, moins intrusif. Même s’il n’est jamais autant dans son élément que lorsqu’il faut photographie les paysages et visages de Bretagne : “Contrairement à ce qu’on dit souvent, après avoir sillonné toute la France, je remarque que les Bretons se laissent facilement photographier, ils ont envie de montrer ce qu’ils font, ce qu’ils sont et c’est très précieux pour un photographe.”

Yann Rivallain

Retrouver cet article ainsi que huit pages de photographies magnifiques de Bernard Galéron dans le numéro suivant d'ArMen :

original

Armen N167

  • La pluie, une malédiction bretonne
  • La nouvelle mode bretonne
  • Le Laténium de Neuchâtel
  • Photographie : Bernard Galéron
  • Le premier Piper breton
  • Guingamp, une ville d’équilibre
  • Un autre Finistère

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