Ajouté le 1 janvier 2009 dans Editos
Il aura suffi d’une allusion du président de la République sur la schizophrénie des Nantais qui lui expliquaient que Nantes est la capitale de la Bretagne et “qu’ici on est en Pays-de-Loire” pour déchaîner un torrent de communiqués, d’articles de presse, d’analyses, de sondages et de discussions via Internet sur la manière d’enclencher – enfin ? – un vrai processus de réunification de la Bretagne. Fin novembre, avant de prononcer ces mots, sur un ton presque amusé, Nicolas Sarkozy avait marqué une pause dans son discours devant l’assemblée des maires de France et avait déclaré, feignant l’impatience et souriant à sa propre mise en scène : “Écoutez, je vais prendre un autre exemple, et la barbe si ” Si quoi ? Si quelqu’un venait lui reprocher d’aborder aussi franchement les incohérences notoires de l’organisation territoriale de la France ? De ce long discours, les Bretons ont surtout retenu l’allusion à la Bretagne. Si bien des militants de la première heure ainsi que des responsables politiques de tous bords ont dû être surpris de voir ainsi légitimer une revendication souvent balayée avec mépris par les responsables parisiens – on se souvient du ministre socialiste de l’Intérieur Chevènement évoquant les cinq mille “pèlerins” défilant dans les rues de Nantes, ou d’une Roselyne Bachelot considérant la question comme “folklorique” –, il y a eu en revanche peu de voix pour mettre en doute la sincérité de Nicolas Sarkozy sur la question des institutions. Il a en effet déjà fait ses preuves en proposant un statut de plus large autonomie à la Corse, refusé par la population à une très courte majorité lors du référendum de 2005 (50,98 %).
Une exigence démocratique
En Bretagne, certains évoquent déjà l’organisation d’une vaste convention d’élus, de responsables économiques et culturels pour demander la tenue d’un référendum. La méthode a été éprouvée ailleurs et fait écho aux propos tenus par le président du conseil général de Loire-Atlantique, Patrick Mareschal dans l’interview qu’il donne à Erwan Chartier-Le Floc'h dans ce numéro d’ArMen : “La création des Pays-de-la-Loire s’est faite sans concertation démocratique, je pense qu’il est souhaitable que nous fassions le contraire pour trancher ce problème. La réunification est une exigence démocratique.” Mais la “question nantaise” a fait oublier une autre partie du discours de Nicolas Sarkozy, toute aussi importante, y compris pour la réunification. Avec insistance et plusieurs exemples, il a mis en avant l’idée que la diversité était peut-être le seul moyen de régler enfin le problème posé par le trop grand nombre d’échelons territoriaux en France. En se demandant publiquement “s’il était absolument nécessaire que toutes les régions de France soient traitées de la même façon”, il a accompli un pas sémantique de géant. Suggérer que la France puisse proposer à des régions dont les populations estiment avoir des spécificités géographiques, culturelles ou économiques qui ne peuvent être prises en compte que par des institutions spécifiques et différenciées ouvre la porte à une vraie révolution institutionnelle. “En Alsace, un certain nombre d’amis me disent depuis longtemps que la région doit s’organiser différemment des autres”, a-t-il ajouté l’air approbateur. Faut-il rappeler que la modernisation des systèmes institutionnels espagnol et italien a d’abord été expérimentée dans quelques régions ou petites nations, avant de s’étendre aux autres, convaincues par l’efficacité économique et politique du système des autonomies ? Faut-il rappeler aussi que le fédéralisme allemand accorde des statuts et une autonomie plus poussés à des villes-États comme Brème ou des Länder comme la Bavière ? Faut-il enfin rappeler qu’au Royaume-Uni, davantage que le passage du Thatchérisme au Blairisme, la vraie révolution des mentalités, la croissance et l’espoir retrouvés par les étudiants ou les petits paysans d’Écosse, les entrepreneurs et acteurs culturels gallois ou encore la paix en Irlande du Nord sont venus précisément du fait que Londres a proposé des référendums qui ont abouti à la mise en place de régions autonomes, dotées de parlements et d’institutions différenciées ? En France, comme en Grande-Bretagne il y a quelques années, chacun sait que le national-conservatisme est synonyme de paralysie, à gauche comme à droite. À défaut de pouvoir compter sur l’alternance entre deux blocs quasiment interchangeables à force de “gouvernance marketing”, la révolution institutionnelle apparaît comme un des seuls espoirs de changement, un des véritables moyens de réconcilier les citoyens avec les pouvoirs. Ne pas saisir l’opportunité de la réunification pour demander l’expérimentation d’un statut spécial pour la Bretagne serait laisser passer une chance historique.
Yann Rivallain, rédacteur-en-chef
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Je suis né en Loire Inférieure, près de Nantes en 1948. Je me suis senti et reconnu appartenant à cette douce Bretagne qui fut mon berceau jusqu'aux années soixante. Puis jusqu'à aujourd'hui j'ai toujours évoqué mon appartenence à la BRETAGNE où sont nés mes ancètres.