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Ajouté le 8 janvier 2009 dans Editos

Edito ArMen n° 167

Un canal en quête d’unité

Il est en Bretagne un monde parralèle dont peut aisément ignorer l'existence, c'est celui des voies fluviales. C'est une expérience tout à fait étrange pour quiconque pensse bien connaître un territoire parcouru par un canal, de renverser la perspective et de le redécouvrir au fil de l'eau. Après quelques kilomètres, bien des repères disparaissent. Les villages qu’on devine, souvent sur les hauteurs, ne se succèdent plus au même rythme que dans l’autre monde, celui de la vitesse et des tracés rectilignes. On se croit arrivés “du côté de”, alors que la boucle effectuée par le cours d’eau nous a ramenés “très près” d’où nous étions...

Connus sans l’être, les cinq cent trente-huit kilomètres de voies navigables de Bretagne, constituées par le canal de Nantes à Brest, la liaison Manche-Océan, de Saint-Malo à Arzal et le Blavet, canalisé de Pontivy à Hennebont, font de la Bretagne une des régions les mieux desservies même si elles n’ont plus la vocation commerciale ou le gabarit des canaux de l’est ou du nord de la France par exemple. Achevées au xixe siècle, les voies fluviales ont périclité au début du xxe avec l’arrivée du chemin de fer et surtout le développement de la route. Elles sont désormais un véritable laboratoire pour la gestion de l’environnement, à commencer par l’eau, mais aussi pour le développement de nouvelles formes de tourisme durable.

Le dossier des canaux bretons est également passionnant, car il révèle les difficultés rencontrées par les collectivités locales à assumer de nouvelles compétences sans que le mille-feuille institutionnel français ne soit remis à plat. À la faveur d’une première décentralisation des voies fluviales, en 1989, l’État a transféré leur gestion à la région Bretagne, qui a alors délégué ces missions aux départements ou à des syndicats mixtes qui, pour réaliser leurs projets, font eux-mêmes partiellement appel aux services... de l’État. En 2004, ce dernier a proposé de transférer entièrement la propriété, la gestion, les moyens et les personnels concernés par les voies fluviales aux collectivités locales. En Bretagne, seule la région s’est portée candidate et, au vu des enjeux évoqués ci-dessus – notamment sa volonté de placer les voies fluviales au cœur du développement touristique –, elle a souhaité la création d’un établissement public formé par la région et les départements. Initialement prévue début 2008, la création de cet établissement n’est pas encore effective en raison des réticences des départements et des syndicats mixtes. On devine que les équipes en place – qui assument leur mission de manière souvent remarquable depuis une vingtaine d’années malgré des moyens limités – craignent de perdre une partie de leur autonomie, de leur efficacité ou de leur spécificité.

On peut le comprendre. Mais les échanges, lors du dernier colloque organisé à Pontivy sur les voies navigables bretonnes, en septembre montrent pourtant à quel point les réformes sont nécessaires : les voies d’eau bretonnes sont loin de parler d’une seule voix. Les responsables reconnaissent eux-mêmes que ce qui se passe de l’autre côté de la frontière départementale leur échappe souvent et qu’il faut de grands rendez-vous annuels pour se tenir informé et profiter des expériences menées à seulement quelques kilomètres en amont ou en aval. Sans le travail exemplaire d’associations fédératrices comme le Comité des canaux bretons, ou les Communes d’une rive à l’autre, on voit bien que l’ensemble manquerait de lisibilité sur le plan régional alors que l’enjeu est bien là.

Car au final ce qui nous fait rêver, c’est bien le fait que cette veine bleue relie toutes les Bretagnes, haute ou basse, des terres comme des mers, de Nantes à Brest La Région est sans aucun doute l’échelon le plus désigné pour redonner unité et vie aux voies navigables bretonnes et réaliser demain un autre grand rêve : réunifier un canal dont le déclin a été accéléré par la mise en eau du barrage de Guerlédan en 1930. Confrontés à un problème similaire, les Écossais y sont parvenus en construisant l’impressionnante Falkirk wheel, la roue de Falkirk, un ascenseur à bateaux inauguré en 2002, qui est devenue une attraction touristique majeure. Trop coûteux ? Sans ambition, pas de moyens ! répondraient à coup sûr nos cousins Écossais.

Yann Rivallain, rédacteur-en-chef

2 Commentaires pour “Edito ArMen n° 167”

  1. Excellent article. Bravo. L'ABPF (Association Bretonne de Plaisance Fluviale) , créée en 2006, a pour but principal de développer le tourisme fluvial sur le réseau breton. Chaque année plusieurs sorties collectives (et promotionnelles)sont organisées. Bien sûr tous nos adhérents (et même les promeneurs sur le halage !) attendent impatiemment la remise en navigation COMPLETE du canal DE Nantes A Brest

    • Rivallain dit :

      Merci pour votre commentaire sur le site et vos informations complémentaires. N'hésitez pas à nous tenir informés de vos activités, nous les relayerons sur le site ! A galon/Cordialement.

      Yann Rivallain, Rédacteur-en-chef.

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